La transhumance donc, avec tous ces petits bonhommes accoutrés d’une bien drôle de manière, avec leurs cuissards seyants, colorés pour mettre en valeur leurs attributs virils. On peut les apercevoir un peu partout, soigneusement alignés le long des routes, Yves et Bruno souvent à leur tête. J’eus une pensée pour eux ce week-end, tandis que j’entraînais ma progéniture, pour en faire un Amstrong de l’an 2020, sur un petit bout de la piste cyclable longeant l’Isère. Un plaisir simple non sans rappeler ce petit "je ne sais quoi" qui nous fait encore de grimper avec enthousiasme aux Vouillants. Une constante du fond de Lacuvette qui en ferait presque son charme, comme le décrit si subtilement ce cycliste.
Poussés par cet instinct irrationnel et dépourvus de toute pensée objective, on se retrouva donc aux Vouillants. Accompagné de Sylvain et Martin, nous étions fermement décidés à en découdre, bravant le va et vient des camions déchargeant leur lot d’ordures que l’eco-citoyen ne sait plus contenir. En ce moite mardi soir, telle la meute affamée et irraisonnée, nous nous lancions à l’assaut de nos projets respectifs. Même Sylvain, ravalait mécaniquement sa corde, prêt pour l’essai suivant, la bave au coin de la lèvre et les yeux injectés de sang, parer à mutiler le 7b+ de Pan total.
Les cris de bête de Martin résonnèrent dans tout le cirque du mur de l’angoisse, faisant fuir les quelques oiseaux égarés ici, dans ces grands murs austères. Mais les prises de la contrition humaine, 8a n’ont pas cédé.
Elles ont encore résisté à cet acharnement comme l’on en voit peu, contraignant psychologiquement Martin à rajouter 2 nouveaux essais infructueux à son compteur maintenant à 3 chiffres. La section médiane, précédée par le pas de bloc du départ exigeant et le repos mentalement éprouvant, aura de nouveau eut raison de lui... Je complétais cette débauche, me lançant à corps perdu par 2 fois dans le dernier croisé de Force et attrape, 7c. Toute ma haine et ma rage ne suffirent pas à contenir cette porte de grange. Je me vis a chaque fois pivoter trop rapidement pour pouvoir me saisir de cette dernière pince, décidément, bien loin à droite…et s’ouvrant sur les derniers micro silex tranchants et le petit mono sur lesquels il ne faut pourtant pas mollir, pour enfin jeter sur le relais.Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas…un peu plus tard, on décida avec GrandLudo de prendre l’air et de monter gouter à la quiétude de Crossey 3, comme pour contempler Lacuvette, vue de haut. Le bruit de la route en contrebas et la ritournelle du terrain de trial proche avaient un air de rocade sud, à Espace Comboire. On se sentit finalement peu dépaysé. Dans ce climat de confiance, GrandLudo, en pleine reprise, fit du volume dans le long et très beau Festina lente, 7b varié, globalement à vue, si l’on excepte le petit traquenard dans lequel il tomba, tout là haut, le relais sous les yeux et les avant bras durs comme du béton. Je réglais son compte à la longue dalle de Ravage prolongé, 7c+, où un certain niveau de collante me permit d’oser charger 2 pieds à plat avec un mono et une inverse foireuse jusqu’à pouvoir se redresser sur la marche suivante, avant de se lancer dans un dernier mouvement pseudo dynamique et bloquer un bi foireux à la ceinture pour se saisir à la volée de l’ultime pince plate de la voie. Passée la première partie éprouvante et malcommode en 7a+, la suite (25m quand même) se mérite…et mérite amplement le détour …à tel point qu’on rêverait d’ouvrir d’autres lignes un peu plus à droite !!
Et puis finalement arriva ce samedi. Malgré le déluge torrentiel de la veille, je balayais tous les doutes d’un simple revers de main et convenais d’un motivant 7h30 au parking de la DJ. En bel Adonis, Luca notre défunt second PBMaster,
On notera quand même le subterfuge, cette petite mousse calée sur le genoux, qui fera rire le cuvettard, lui qui se fait un honneur à grimper en short dans les colos, offrant sa chair à vif aux picots acérés et se refusant à toute lolotte, signe d’un manque de force. Non loin de là,
Il semblerait que dans cette contrée reculée, le grimpeur en soit encore à l’âge de pierre, maniant non sans mal une espèce de perche préhistorique en bois durci par la flamme du feu sacré et bénie des mains pures du dieu François…
alors qu’à mille lieux de là, une civilisation cuvettarde est en train de changer la face du monde avec l’invention de cette merveille des temps nouveaux,
La plus belle falaise du monde, c’est surement celle là, celle où, lorsque à peine la séance terminée, on se demande déjà quand il sera possible de revenir, encore et toujours. Celle pour qui l’on n’a plus besoin de s’imaginer ailleurs, simplement ‘’ici et maintenant’’ comme je l’entendais hier, de la bouche d’un certain
les skieurs ont rangé leur lourd fardeau pour retrouver le chemin des falaises. Encore grégaires et peu sûrs d’eux, ils forment un long cortège pour la procession de la nymphose, une longue file indienne jusqu’à trouver l’endroit idéal pour que…de la petite larve répugnante, s’envole une douce sylphide.
Jean-Yves suivit en exterminant la longue suite de prises surnaturelles du très conti Nuit de Nonosse, 7a+,
avant que je ne vienne à bout de l’oublié 2eme longueur aérienne d’Air Afrique, 7c+ perdu tout là haut, sur les petites croutes croustillantes qui surplombent de près de 40m les belles bennes bleues du dépôt d'ordures Lely.
Alors ça fait quel effet un premier 8b ?
Allez, on est entre nous, tu peux le dire que ça vaut pas un 8b du fin fond de Lacuvette ?