lundi 22 septembre 2008

Une derniere goutte

Acte deux, après les confidences de François, hommage à la seconde roue du carrosse, la deuxième boule de la paire, le deuxième géniteur protecteur et bienveillant, l'autre maitre à penser de LaCuvette. L’ensemble de son œuvre a, depuis longtemps, dépassé les frontières du pays Cuvettard. Et son récent tour du monde ne l'a finalement pas conduit ailleurs...qu'ici.
Il éprouve même encore plus de plaisir à retrouver ses sources, ses racines, ses premiers amours, comme ces lieux paisibles et confidentiels que sont Voreppe, Roger Cageot et Narbonne ou ces secteurs plus renommés, reconnus, fréquentés, voir parfois décriés comme le Mur de l’Angoisse aux Vouillants, La DJ et les sites Vertacos de Presles.
Tribune libre, bien qu'un peu orientée par l’esprit tortueux et les questions perverses de LaCuvette, à Ludo Pin, pour peut-être comprendre, réfléchir, s’interroger, applaudir, réagir, critiquer, s’enrichir... mais aussi et surtout, pour partager cette même passion pour nos falaises fragiles, celles pour qui l’on se doit tous d’être des gardiens responsables et engagés.
Pourquoi équipes-tu ?
Pour le plaisir de la découverte et de la création. Et cela durera tant que je ne connaîtrais ni handicap, ni manque de temps libre, ni déménagement dans un plat pays, ni tout simplement le fait que ça ne m'intéresse plus : va savoir de quoi l'avenir sera fait…
Pour qui équipes-tu ?
Pour moi essentiellement, et tant mieux s'il y a des gens qui apprécient mes voies et en profitent. Pour eux, il m’est même arrivé d’améliorer un pas morpho, dans une voie bricolée par ailleurs, que les plus petits que moi ne pouvaient pas faire: ça a payé, la voie est devenue une classique. Je ne suis donc peut-être pas totalement égoïste…
Qu’est ce que tu équipes ?
J'équipe tout ce qui traîne et qui ne fout pas la merde. Mais surtout sur les sites qui me plaisent. Tout m'intéresse: le court, le long, le naturel, le bidouillé,…que se soit du "dur" ou du "facile", même si je préfère que ce soit suffisamment dur pour mon niveau et que je passe du temps à essayer de la faire. En général, vu les sites, ce n'est pas du "trop facile’’ !
Et...qu’est ce que tu n’équiperais pas ?
J'essaie désormais de ne pas équiper la "voie de trop", celle qui rend le site surexploité et illisible. Je l'ai déjà fait par le passé et j'en ai même déséquipé certaines…. Ce critère étant tout relatif: certains considèrent que l'on a atteint la voie de trop bien avant moi…
Tes voies sont-elles "reconnaissables" ?
Certains te diront que mes voies se caractérisent par des "bi taillés"… ils n'ont pas totalement tort car je ne rechigne pas à bricoler "quand il faut", et j'aime cette préhension !! Mais ils oublient que j'ai équipé plus de voies TOTALEMENT naturelles dont on parle beaucoup moins. C'est comme à la télé: c'est le côté obscur qui fascine les gens… Sinon j'aime le travail "bien fait", ce qui est bien sûr subjectif, j'essaie de '’livrer" mes voies aussi propres que possible.
Je regrette aussi toutes les bouses que j'ai bricolées de façon inconsidérée et sans expérience, et il y en a pas mal ! Mais il faut bien que jeunesse se passe, alors…
Puisque tu t’aventures sur ce terrain glissant, quelles règles te donnes-tu ?
Comme je te l’ai déjà dit, j'équipe pour moi, mais je fais attention à respecter les utilisateurs et les autres équipeurs du site…ça c'est la théorie, en pratique la compulsion me fait parfois dépasser les bornes…. Ce plaisir égoïste profite néanmoins à beaucoup de monde, et c'est en contre partie de mon labeur, qui peut être grand pour certaines voies, que je dispose d'une certaine liberté d'action : engagement, bidouille, nom de la voie….
Pour l’équipement à proprement parlé, une voie bien équipée: c'est quand on ne s'en aperçoit pas… Mal équipée: c'est quand on risque des chutes vraiment dangereuses ou que l'itinéraire a été forcé mais que tout le monde grimpe en dehors de la ligne, ça n'a plus d'intérêt.
Concernant le rééquipement, l'idée est de respecter l'équipement d'origine en rectifiant les choses qui ne sont plus tolérées dans un site sportif, comme des points inclippables ou un chute dangereuse.
Je n'ai déséquipé que des voies à moi, celles de trop, ou des voies devenues dangereuses du fait de blocs instables…
J’ai aussi rebouché des prises que j'avais taillées et qui finalement n'étaient pas indispensables et que je n'avais donc pas utilisées, et cela avant les premières répétitions. Pour "Devil's tong" (ndlr, 8b+) à Tina Dalle et toute la polémique qui va avec: je ne sais pas s'il fallait reboucher les prises taillées ou non. Je laisse Erwan seul avec sa conscience, même si je lui avais donné mon "autorisation" pour les reboucher, ce qui est sûr c'est que je n'aurais pas dû les tailler ! Mea culpa…

Hérésie 8b+, Pierrot Beach

Justement, tailler, un mal pour un bien ?
C'est une arme à double tranchant: tu peux réussir à créer des voies classes à des endroits où ça ne serait pas possible de grimper autrement, et ça augmente le potentiel de grimpe. Mais tu peux aussi faire des bouses ou massacrer un projet qui aurait pu faire sans tailler. Alors, à mon sens, il n'y pas de réponse. Chacun voit avec sa conscience et les coutumes locales ou les contraintes géographiques : plus ou moins de sites, environnement…
Et toutes ces connexions, prolongations et variantes, progrès ou dérive ?
C'est comme pour la taille, il y a un revers de la médaille : d'un côté tu augmentes le potentiel, et c'est cool quand tu as tout fait dans ton niveau ou qu'il y a peu de caillou. D'un autre côté tu prends le risque de rendre le site illisible ou de lui faire perdre du cachet de part la densification des points comme au Mas d'Oris…. Dans presque tous les sites on pourrait rajouter un point entre chaque voie et faire des connexions dans tous les sens, mais force est de constater que ça ne ressemble plus à rien et que ça ne plaît globalement pas. Alors il vaut mieux s'abstenir parfois, même si ça nous coûte de faire taire notre boulimie…
Ces règles s’appliquent-elles à tous ?
La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres… Après chacun fait ce qu'il veut mais si tu te mets tout le monde à dos, c'est que tu t'égares… L'essentiel c'est le respect et la concertation. Concernant la cuvette, les critiques et les franc tireurs devraient venir s'exprimer aux réunions du comité départementale Isère de la FFME (CD 38), qui est très actif et très ouvert, ce qui est rare, et donc une chance dont il faut profiter !
Equiper c'est une question de feeling. Mais ce qui est normal pour tout grimpeur responsable, et il n'y en a pas tant, c'est d'avoir conscience du travail effectué par les équipeurs, mais aussi par les médiateurs comme Arnaud Becker au CD 38, et de le respecter. Cela induit respecter les riverains, les accès, les interdits… Arrêter de dire de la merde sur n'importe qui pour n'importe quoi… Respecter aussi les autres grimpeurs en arrêtant de gueuler parce qu'on rate sa voie, brosser les prises,…etc…
Il n’y a pas d’éthique unique alors ?
Je reprendrais les propos d'un grimpeur américain, Matt Segal , que j'ai lu dans Climbing: "la pratique va du tout noir : équiper du haut en taillant les prises, au tout blanc : grimper à vue, en solo, pieds nus, sans magnésie: zéro impact. Entre les deux, on est tous gris". Chacun fait ce qu'il veut tant qu'il ne dépasse pas le cadre d'un certain consensus local, qui est à définir et à faire évoluer avec le temps.
Ni de grande famille de l’escalade ?
Il n’y a pas de grande famille dans la grimpe, plutôt de "tribus" évoluant en général sur les mêmes sites. Les équipeurs étant peu nombreux ils se connaissent souvent tous. Il peut y avoir entre potes quelques bons vieux "tirage de bourre" pour essayer de gratter un max de lignes ou un sain esprit de partage: ça dépend de la tribu…
Les grimpeurs sont une frange de la population comme une autre: il y en a avec qui tu peux t'entendre et d'autres qui te casseront les couilles. Il y en a qui respecteront les "règles et usages" et d'autres qui feront n'importe quoi au point de conduire à des interdictions de site. Ca c'est très décevant en tant qu'équipeur, quand tu a trimé sur un site qui se voit interdire parce que trois couillons sont passer par le mauvais accès - plus court évidement…(ndlr : comme le secteur de la Piscine, respectez l'accès par la gauche, plus long mais toléré !)

La dernière croisade 8a+, DJ Face


Ca se modifie une voie d’un autre pour l’éthique ?
J'espère que ça n'arrivera jamais sans une concertation et un accord préalable. Si on me demande de changer un truc foireux, je le fais en général moi-même car j'aime bien maîtriser le résultat.
Il y a néanmoins cette anecdote sur Seb R. qui a taillé un mono infâme à côté d'une prise taillée, éternellement mouillée pour pouvoir faire une de mes voies à Roger Cageot. Il me l'a dit après coup en me jurant qu'il reboucherait son mono. Personnellement j'avais fais la voie avec la prise mouillée, ça faisait donc quelque part partie de la difficulté, mais comme c'était son délire de la faire avec sa prise perso et face au fait accompli je l'avais exceptionnellement absous. Le problème c'est que le mono, horrible au demeurant, y est toujours, et ça la fout mal pour un membre du tout nouveau C.A.T (ndlr : Comité Anti-Taille…). On a le droit d'évoluer bien sûr, mais je ne peux m'empêcher de rigoler…
C'est un super pote et tout ça ne va pas bien loin, mais il faut se méfier de ce genre de dérive: ce n'est pas parce que des voies sont toutes bricolées, comme à Roger Cageot, qu'on peut les retailler à sa guise quand on y arrive pas.
Et c'est pareil pour moi à Tina Dalle: je n'aurais pas du tailler dans Devil's Tong, même si pour ma défense la voie n'avait jamais été faite et que mon intervention en a fait un 8b+ "classique"
Egaré humanum est… Elle est de François celle-là…
Ca te plait ces rallonges qui trainent dans tes voies ?
Ca m'oblige à monter les enlever, mais comme ce sont des voies à moi ça me fait plaisir de les refaire…Cela étant, je les enlève aussi dans les autres voies, sauf si c'est l'équipeur qui les a mises. A mon avis, si tu veux mettre une chasse d'eau pour faire une voie, il n'y a pas de problème tant que tu l'enlèves après coup, je l'ai fait plein de fois. Le problème d'une chasse d'eau à demeure, c'est qu'on modifie l'équipement, c'est comme rajouter un point finalement. Et donc personne ne peut essayer la voie comme elle a été équipée. Les mono-neurones de service me diront "t'as qu'à pas les clipper!", mais comment savoir dans un essai à vue s'il s'agit de rallonges mises en place par l'équipeur sur des points mal placés et donc inclippables ou des 'biscuits" pour ceux qui se chient?
Faut-il conserver des voies ou des falaises en l’état pour l’histoire ?
Si on parle de grandes voies c'est l'éternel débat terrain d'aventure/réequipement, et à mon avis les deux peuvent cohabiter: c'est juste une question de concertation.
Pour les couennes sportives il est important de garder les cotations, pour qu'elles puissent servir de références et éviter l'inflation, et l'engagement, qui a tendance à disparaître. Il serait dommage que toutes les voies se ressemblent désormais, c'est comme pour la bio diversité !
En revanche la vétusté de l'équipement me paraît trop risquée au regard du nombre croissant de pratiquants dont beaucoup n'ont pas de recul là-dessus, même si le témoignage historique est intéressant, on ne va pas envoyer des inconscients au casse-pipe…

Les chaleurs de Corinne 7a, St Egrève

Revenons à du plus concret, qu’est qu’une voie majeure ?
Dur à dire, il y a tant de raisons différentes qui peuvent faire une voie majeure: la beauté ou l'originalité des mouvements, la situation géographique comme l’isolement, le gaz, la qualité du rocher et des prises, l'homogénéité tout autant que le côté bloc aléatoire,... C'est encore mieux quand c'est naturel, mais il y a des voies bidouillées majeures aussi.
Une belle ligne c'est avant tout un profil et des couleurs: le top étant Biographie ou La Chiquette du Grâal par exemple. Plus près de chez nous: les dalles des Lames, plus "Je grimpe…" bien sûr, Fading Light à Voreppe, Envoyez les Violons à Espace (ndlr : et ben oui…au moins une...), La dernière croisade ou Chat noir, chat blanc à la DJ, Home sweet home et La fin justifie les moyens à Pierrot Beach…
Puisqu’on y vient, y’a-t-il une falaise idéale ?
Objectivement, de part la qualité et la quantité des voies de tout niveau, je dirais que Céüse, Buoux, le Tarn, le Verdon ou les Calanques sont "presque" parfaites : presque, car il y a toujours à redire comme par exemple la sur-fréquentation, la patine, la marche d'approche,... Alors la falaise idéale pour moi, c'est là où je me sens bien. Disons qu'avec la DJ je ne suis jamais déçu…(ndlr…nous non plus !!)
Et il y en a plein de voies idéales, mais personnellement j'aime les trucs assez complexes et techniques, comme Endymion à Russan, tout autant que les grandes envolées de rési/conti type Rodellar ou Monsant. De toute façon les meilleurs souvenirs de voies restent liés au moment : un méga combat, une super journée passée en présence de ta copine ou de tes potes, un voyage, un dernier essai à la tombée de la nuit…
De quoi es-tu le plus fier ?
J'essaie de ne plus être trop fier, mais il y a sûrement de la fierté là dedans… Néanmoins ce qui me satisfait le plus c'est d'avoir développé des secteurs entiers par moi-même comme La Grande Arche à la DJ, Ludo's beach à Comboire et la partie de droite du Mur de l'Angoisse.
Qu’est ce que tu ressens en grimpant tes voies ?
Ce que j'adore c'est découvrir les méthodes, comparer ce qui est possible à ce que j'avais imaginé en équipant. Toucher les premières prises avant qu'elles n'aient de la magnésie, découvrir un territoire inconnu… Bref, ça reste souvent meilleur que faire une répétition, mais pas toujours: je préfère parfois faire une voie majeure que je n'ai pas équipée qu'une bouse à moi… même si je trouve toujours un intérêt à faire cette dernière, ne serait-ce parce que je l'ai équipée, et qu'en général ça rime avec pas mal de labeur…
Ce n'est pas essentiel de faire la FA, si il y a des gars plus forts pour les faire plus vite, il n'y a pas de problème (ndlr : mais ça n’arrive…jamais !!)

De Profundis 8b, La bastille

C’est important les cotations ?
Très important. Une cotation juste te permet de bien choisir ta voie, pour un à vue comme pour un chantier. Sous coté c'est le traquenard, surcoté c'est décevant. Et pour ceux, nombreux, qui comme moi grimpent pour le challenge c'est important de savoir ce que tu as réussi quand tu es à ton max. Au delà de ça si je me mets un gros combat pour faire une voie bien plus facile que mon niveau max, je suis content quand même: ça me plaît toujours, même si ce n'est "que du 7" par exemple.
Une belle croix, ça peut être autant à vue qu'après travail, mais ça doit être à l'arrache complet ! Tout le plaisir du zéro_marge.com…
Et le nom de tes voies ?
Essentiel, même si j'ai conscience que la plupart du temps mes noms ne parlent qu'à moi…mais comme j'équipe pour moi…. Je ne saurai d'ailleurs expliquer pourquoi : cela fait peut-être partie du plaisir de la création? J'ai toute une liste d'avance, mais au dernier moment je trouve le plus souvent un truc nouveau en rapport avec mon vécu du moment. Ce que tout le monde est à même de comprendre ce sont les jeux de mots gratuits, et ça tombe bien j'adore ça, comme François qui m'en a suggéré plein, notamment les plus "hardcore" dont j'ai fait toute une thématique à Russan : Vice de pute, Orifice prodigue, Gros sexe non désiré,… ou encore "Message sublime anal" à Voreppe et "Sodomissile fixe" à Fontaine.
Il y a aussi beaucoup de noms de livres, de chansons, ou de films qui m'ont marqués ou tout simplement qui "sonnent" bien, parfois retravaillés par quelque subtil jeu de mots….
Equiper est-ce aussi une quête de reconnaissance ?
Pour moi c'est avant tout une démarche personnelle, mais quand la reconnaissance te rattrape il est difficile d'y être insensible… Certains équipeurs sont mégalos, mais il y en a de très discrets qui abattent un boulot de titan sans la ramener.
J'imagine que certains équipeurs aiment être cités par besoin de reconnaissance. Personnellement ça m'est indifférent. Quand je lis un topo, dans un premier temps je ne regarde jamais le nom de l’équipeur : seule la voie m'intéresse. Par la suite, si c'est, par exemple, sur nul ou top majeur, il m'arrive de vouloir savoir.
Sinon, quand on critique mes voies, si c’est constructif et que ça me permet de m'améliorer j'apprécie. Quand ce n'est que de la bave de pseudo intégriste qui n'en branle pas une je m'en contre fous… personne ne les oblige à aller dans mes voies. Quand il s'agit de compliments c'est encourageant.
A mon sens on ne mérite pas de considérations particulières car on se fait plaisir et personne ne nous oblige…peut être juste un peu de respect, une fois de plus, et plus d'aide matérielle dans certains cas, mais on est plutôt bien loti en Isère, alors que dans d'autres départements c'est la dèche…
Une falaise ou une voie appartiennent-elles aux équipeurs ?
Jamais. Tout ce qui lui appartient c'est sa liberté d'équiper la voie comme il l'entend et d'en profiter en premier s'il le désire.
Après les premières répétitions c'est du domaine publique, même s'il se retrouve souvent à faire le "service après vente": recoller une prise cassée, changer un point foireux,… car pour critiquer il y a du monde, mais pour effectuer l'entretien beaucoup moins !
Equiper est-ce aussi contraindre la grimpe des autres ?
Il y a certaines lignes évidentes où la grimpe restera la même quel que soit l'équipeur, à part l'engagement, s'il est possible. Par contre quand l'itinéraire est plus complexe c'est toi qui décide, dans le cadre de ta liberté d'équipeur de fixer une seule possibilité parmi plusieurs potentielles. Je ne considère pas les grimpeurs comme "contraints" pour autant: ils peuvent toujours aller faire une pétanque au lieu de grimper!

Du 8a, encore, à Margalef

Tu ne connaitrais pas un certain Francois ?
On bossait ensemble comme BE escalade à l'UCPA dans les Calanques en 1993 et non 1992 comme a pu le dire François… mais François est plus vieux: il n'a plus toute sa tête….
A partir de 1994-95, après que nous fûmes devenus très bon amis, François déménageait chaque année d'une ville du sud à l'autre, Marseille, Nice, Toulon, Montpellier, Avignon, et moi je venais squatter tout l'hiver ou presque, pour écumer les meilleurs spots du coin. Le meilleur étant lorsque je suis resté trois mois d'affilée chez lui à Pouzillhac sans rentrer chez moi: je faisais partie de la famille! A l'arrivée de sa fille, je fus réduit à devoir dormir sous le pan: mais comme j'avais grandement participé à la construction de celui-ci, j'étais un peu chez moi…
Quand nous n'arrivions décidemment pas à nous mettre d'accord sur le site où nous irions grimper, on fonctionnait en alternance: je l'assurais une journée dans son projet, et le lendemain il venait m'assurer dans la falaise de mon choix, et ça, c'est le luxe de ceux qui ont neuf mois de vacances par an…
Les grandes discussions philosophiques sur la nature humaine et la psychologie qui nous emmenaient jusqu'au firmament de la pensée éthérée, pour se retrouver dès le lendemain fin énervés à brailler parce qu’on n’arrivait pas à enchaîner nos projets…
Les idées à François: mettre un matelas dans le trou de repos de "Consensus" au Cimaï pour ne pas se faire mal au pied… Moi, pendu au milieu du "Bilboqueur" à la grotte de l'Ours un chalumeau à la main pour lui sécher une prise clé au dernier moment pendant qu'il tapait un run assuré par un quelconque polonais de passage!... Piquer un bateau à Sormiou pour aller naviguer après le boulot et tomber sur le proprio en rentrant…
Le plus grand pétage de plomb: François qui ne me supporte plus alors que nous sommes en trip sur la Costa Blanca espagnole…mais j'étais bien chiant il faut dire…et qui rentre en stop depuis Alicante jusqu'à Montpellier!
Et pour finir, que souhaites tu à LaCuvette et son microcosme ?
Je souhaite de continuer à trouver dans ce blog la même auto dérision, ainsi que le style inégalable de Maître Yush pour nous donner du plaisir à lire des histoires sur des gars que je ne connais même pas tous, mais qui deviennent des figures mythiques à travers sa prose exubérante… et je souhaite à cet attachant microcosme de garder sa motivation hors pair pour aller au Mur de l'Angoisse sous la neige ou à la DJ en décembre à l'heure où la France, qui pourtant se lève tôt, dort encore… Bonne grimpe, et au plaisir de lire vos exploits sur le meilleur blog qui soit!


Pris en flag...

Merci Ludo pour ces dernières politesses, comme pour ces quelques mots, mais aussi et surtout pour toutes ces voies, tous ces secteurs entiers, pour lesquels il nous faudra encore de nombreuses vies avant d’en entrapercevoir peut-être un jour la fin…

mercredi 17 septembre 2008

La goutte d'eau

Hier, ce fut la goutte d’eau qui allait faire déborder LaCuvette…10000ème visites !!!!!
Comme dans un projet bien calé, lorsqu’on engage le mouvement tant répété mais jamais réussi dans l’enchainement, et que, sans finalement rien sentir, nous voilà déjà sur la prise suivante, dépassant le crux sans s’en apercevoir, tout allant si vite…Nous y voilà donc, une visite en plus, pour un simple chiffre, tout rond, symbolique peut être, encourageant surement…peut-être marque-t-il l’assiduité des fidèles, les errances des curieux, égarés de la toile, le harcèlement psychotique et quotidien de Monsieur eb et du Planete Bloc Master ou, et je l’espère, les clics compulsifs de locaux acharnés. Serait-ce pour continuer à vous abreuver de propos futiles et récurrents, d’allusions lourdes d’une autre époque, de névroses obsessionnelles sans intérêt, d’états d’âmes désuets et puérils, sans oublier les piètres exploits d’un team "qui n’en veut" et dont l’efficacité laisse parfois (souvent ?) à désirer.
Quelques soient nos références, l’origine des grandes civilisations repose souvent sur les épaules de deux êtres d’exception. Que ce soit Adam et Eve, nos ancêtres communs, les tribulations des hautes instances policières avec Starsky et Hutch , Rome, avec Remus et Romulus, la révolution de l’aérobic, avec Véronique et Davina, Castor et Pollux pour les Argonautes, les gardiens du Fort passepartout et passetemps ou encore le mythe de la culture télévisuelle que sont Charly et Lulu. LaCuvette n’échappe pas à la règle avec son couple de géniteurs. Suivant la source, leur rencontre remonterait à des temps immémoriaux, situés entre 1992 et 1993, du temps bénit des BE peu nombreux et tout puissants, dans les Calanques. Lacuvette profite donc de l’évènement pour offrir une tribune libre à ses deux vénérés pères, au travers de deux interview/portraits centrés sur leurs visions de l'équipement, à lire, relire, intégrer, décortiquer, ruminer, digérer et pourquoi pas, méditer.

Honneur à la sagesse du poids des années avec Francois Tournois, celui par qui tout a commencé, celui dont la rencontre a, à jamais, changé nos vies. Le second, c’est un travailleur de l’ombre, celui sans qui nos falaises seraient pauvres, tristes et sans saveur, celui qui rend possible tous les récits de LaCuvette par sa boulimie d’équipement de nouvelles voies, celles qui occupent et occuperont encore longtemps nos séances : Ludo Pin...celui sans qui la DJ Face par exemple, repère incontournable des affamées masochistes locaux, ne serait pas…


Premier acte aujourd’hui avec François, suivi très prochainement par Ludo……

Pourquoi équipes-tu ?
J'éprouve autant de plaisir à grimper qu’à équiper, et puis je n'ai pas le choix ! (ndlr : c’est le triste apanage de ceux qui ont déjà tout fait…). J’aime dénicher des lignes tordues qui restent à ouvrir, dans des falaises où les lignes évidentes ont déjà équipées. Ca m'a obligé à affiner mon regard et ca m'a fait énormément progresser en technique et en recherche de mouvements complexes, voir retords. C’est ce que j’apprécie le plus dans le ‘’après travail’’, par rapport au ‘’à vue’’ : il n'y a pas grand chose de plus jouissif que de réussir à sortir des mouvements improbables, au prix de longues heures de recherche et de patience !!

Britney Spears dessus, 8a+, Autoire

Pour qui équipes-tu ?
En premier lieu pour moi ! Mais aussi pour les autres, c’est pour cela que j’indique la cotation au pied de la voie, dès quelle est réalisée, en attendant la sortie d'un prochain topo. Pour les autres d’ailleurs, il m’est arrivé de modifier une voie après l’avoir enchainée, simplement pour qu’un pote puisse la faire et rentrer ses gros doigts dans une prise taillée… depuis, il a arrêté, mais j’espère que ce n’est pas pour ça !!!
J’essaie de coter honnêtement, par rapport à mon expérience, même si tout ça est aléatoire, ce n’est qu’une indication.. Mais heureusement, de temps à autres, je vais jeter un œil ailleurs, pour comparer !
Qu’est ce que tu équipes ?
J'équipe plutôt du dur (ndlr : voir très dur !) et du moyen, car je sais que Patrick et Sosso s'occuperont du reste ! J’équipe de préférence des voies courtes, en gros dévers, techniques voir vicieuses dans le sens où j’adore que les méthodes soient quasiment impossibles à vue. J’aime aussi un crux en bas, de la rési ensuite, sans oublier la dose d’engagement qui va bien.
Je fais aussi attention à la beauté de la ligne, une ligne évidente avec de belles couleurs et un beau profil…mais tant pis si elle n’est pas aussi belle à grimper ! Ce qui est primordial pour moi, c’est qu’une voie apporte quelque chose de nouveau!
Il y a des falaises idéales comme Russan, Autoire, Rouquette, Espace Comboire (ndlr : fallait bien caresser Lacuvette dans le sens du poil…), Couyrac, mais elles n'ont jamais assez de potentiel…
Qu’est ce que tu n’équipes pas ?
Des grandes voies interminables…à la Ludo quoi !! Et plus généralement des lignes forcées par l'emplacement des points, des lignes dangereuses ou des voies qui peuvent se faire avec des coinceurs.
J’arrêterai peut-être d’équiper le jour où l’on me payera pour ça ou alors le jour où il y aura trop de règles à respecter. Elles réduiront la différence, celle qui crée la richesse, cette richesse qui est source d'inspiration !
Dans le Jaja de la lune 7c+, Autoire

Es-tu fier de tes voies ?
Je suis surtout fier du nom que je leur donne ! Je ne suis pas un "artiste" de l'équipement, il y a souvent dans mes voies un truc qui ne va pas: point trop bas, trop haut… mais tout le monde s'adapte... Ce doit être pour cela que j'accepte aussi facilement les erreurs d'équipement chez les autres!
Par flemme, je ne nettoie pas tellement mes voies. Et c’est cette même flemme qui m’a couté plusieurs fois de me faire doubler et de rater l’équipement de voies majeures !
Finalement, j'aime quand une voie n'est pas ultra bien équipée. Il faut s'adapter, trouver des bidouilles… c'est pour ça que je reviens rarement sur mes équipements ou ceux des autres, même si j'ai déjà dit oui à des retouches faites par des potes.
J’aurais vraiment été fier si j’avais pu équiper par exemple Endymion à Russan, pour la ligne, Farci par là dans le Verdon pour les mouvements, ou La dérive des incontinents à Buoux, pour le nom !
C’est si important le nom de tes voies ?
J'ai un cahier avec plusieurs centaines de noms. Mais c'est l’état d'esprit du moment qui décide du nom que je vais donner à une voie.
En exclusivité, et puisque tu insistes, je te livre quelques uns de mes noms préférés : heurts de pointes, full compact, scènes de méninges, commedia del arquée, la machine à plastiquer les rêves, bêtas bloquants, pack de crocs, jeanne d'arc, femme au foyer, où ça m'amène l'Eden?, le string minimum, la confrérie du souffle, le général tampon a essuyé de lourdes pertes, les dix courent sur la méthode, le râle après les cris, et surtout la cuvette n'en fécale sa tête!!
Et la cotation, c’est important ?
Bien sûr ! Mais heureusement, elle fait partie d'un tout. Ce qui compte le plus pour moi c’est l’intensité que requiert une voie, les relations humaines au pied d’une falaise, la beauté du paysage, et surtout le fait que l'enfant qui est en moi puisse vraiment s’éclater en grimpant. Et puis je suis dans ma 46eme année, je ne suis pas sur de tenir les prises comme 10 ans en arrière. Comme je sais que je vais régresser, je me suis fait une raison, je ne mise pas tout sur la cotation !



Frater dolorosus 8b+, Autoire

Que ressens tu en grimpant dans tes voies ?
J'ai une "énorme" détermination quand je les travaille, et comme tout le monde peut y aller, ça me booste pour les FA-ter. Je parle alors de grand schelem et de petit schelem ce n’est pas le cas. C’est important la FA, mais si un bon pote l'enchaine avant, je suis comblé.
Je n’ai malheureusement pas pu enchainé toutes mes voies, à cause de certains déménagements, et de la fatigue psychique liée à l'investissement total exigé par certaines, enfin, pour moi !
Ca compte l’avis des autres ?
Oui mais aujourd’hui, je suis dans un endroit où presque personne ne va dans mes voies!
Mais ça m'est déjà arrivé, il y a longtemps. Et à cette époque, c'était plus qu’important, mes voies étaient un sorte de prolongation de ma personne… depuis j'ai trouvé des choses encore bien plus importantes, je relativise plus!
Une voie appartient-elle à son équipeur ?
Non, et à personne en particulier mais plutôt à la communauté. Mais les équipeurs sont tous un peu mégalos. On aspire tous à un peu de reconnaissance…ça commence par trouver son nom dans les topos. Et puis comme ça, on peut aussi savoir sur quoi on va tomber ! Perso, je regarde toujours. Une voie équipée par le blond, JB ou Raboutou, ça le fait ! (ndlr : c'est là qu'on voit qu'on est pas de la même génération !)
Equiper, c’est un acte de grimpeur responsable ?
Oui, mais il n’y a pas de ‘’normalité’’, ni d’obligation. Ni non plus de pensée ou d’éthique unique. La personnalité des uns et des autres ressort au travers de sa propre définition de l'éthique, mais aussi de ses nevroses: il y a ceux qui sont pour ou contre la canne, les traits, les prises taillées, les genouillères, les biscuits, le pré-mousquetonnage, les rallonges etc..
Que penses-tu de ces pratiques ?
Rien à battre…En plus de vingt ans de grimpe, je suis plus gêné par ceux qui les interdisent ou qui les jugent !
Concernant par exemple les voies taillées, elles ont autant de succès que les autres. Le seul acte philosophique que peut se payer le grimpeur, c'est de boycotter les voies avec des prises taillées…mais combien le font réellement ? Les grimpeurs aiment avant tout grimper, tout simplement, alors la taille, c’est un mal pour un bien !
Un autre sujet à la mode, ce sont les connexions et autres variantes... Mais là j’hésite, ça dépend des cas. Pour moi, les connexions doivent se faire sans rajouter de points, pour laisser le plus possible les falaises avec les logiques d'ouverture… pas toujours pas si logique que ça d'ailleurs, mais ce sont les premières.


Frater Dolorosus 8b+, Autoire

Justement, a-t-on un devoir de mémoire ?
Un rééquipement devrait respecter l'ouvreur, mais il peut y avoir des exceptions, en particulier quand on a affaire à des voies faciles, dans une falaise école, là faut pas faire le con! Le Ceou par exemple a plusieurs voies en 5 très mal équipées, je trouve dommage que des débutants ne puissent finalement pas y accéder.
La seule vraie règle en équipement comme en grimpe serait de respecter l'autre, cela va sans dire, mais ça va mieux en le disant.
Et c’est quoi au juste ce respect ?
Je me suis engueulé une seule fois avec un mec qui était d'une arrogance sans nom. Pas de soucis d'éthique, juste un gars avec un ego énorme. A Autoire, il y a un an, un gars a voulu donner une leçon d'éthique à soso qui se servait d'un caillou pour faire le premier pas, on s'est bien marré.
Respecter un équipeur ce serait de ne pas toucher à ses voies sans concertation, ne pas utiliser de rallonge, ce qui équivaut à modifier l’équipement…A la limite utiliser un chasse mais surtout l’enlever ensuite ! Et puis c’est moche une rallonge au niveau de l’esthétique !
Respecter les grimpeurs serait de les laisser libres, de ne pas les contraindre avec un équipement peu judicieux ou mal adapté…
Sans oublier, que la grimpe ce n’est pas tout dans la vie, il y a tellement plus important !

Les maniaques de la baston 8b, Céou

Pour finir que souhaites tu à Lacuvette ?
Je souhaite que le blog de LaCuvette devienne le site de référence des grenoblois, et que la 20 000eme arrive plus vite que la 10 000eme ! Et surtout qu’elle garde son inspiration, que les mots s'entrechoquent avec toujours autant de grâce et subtilité. N'oublions pas que cette passion qui nous anime aussi folle soit elle, n'est qu'un jeu, et c'est aussi ce que je ressens quand je lis LaCuvette...là aussi on sent une âme d’enfant bien présente !!
Je te laisse maintenant introduire Ludo…
Ludo, j'ai fait sa connaissance en 1992, à l'UCPA dans les calanques, tous les deux BE.
Il pleurait sa bien-aimée qui venait de se barrer, il en parlait tous les jours de cette épreuve… ça m’a ému et je l’ai pris sous mon aile…non je déconne…mais ça a mis en valeur sa formidable capacité a transformer en positif tout ce qui au premier abord amène le contraire !
Sinon, y’a aussi ses pétages de plomb légendaires, après ses régimes sévères, interminables, quand il se met péter un câble et à bouffer tout ce qui traine sur la table, puis sous la table, puis dans le frigo puis... Et puis les discussions interminables pour se mettre d'accord sur le lieu de grimpe du lendemain...ça pouvait durer très longtemps... j'avais souvent le dernier mot, et à force de trainer Ludo dans des voies courtes, il s'est mis à les aimer aussi et à devenir plus que performant! Comme quoi, toujours cette faculté à trouver du bon là où a priori il n’en voyait pas !

Bellevux 8a+, Autoire

Merci Francois pour ses quelques mots...ainsi que pour tout le reste...

dimanche 14 septembre 2008

L'enfer c'est...

C’est Ludo, notre hyper actif du perfo d’ici et d’ailleurs, qui avait déjà suscité quelques réflexions sur le sujet, lançant un caillou dans la mare de la toute petite communauté des équipeurs locaux. Prétextant l’équipement d’un dièdre particulièrement technique, dans un des temples Vertacos mondains, l’Auberge Espagnole, il fomenta tout ce petit monde en baptisant sa création L’enfer c’est les autres, qu’il proposa justement à 7c. Si déjà, au sein d’un petit groupe partageant la même passion, tensions et dissensions divisent et opposent, que devrait-il en être si l’on se prend à extrapoler plus largement ? Au boulot par exemple, c’est ce qui expliquerait pourquoi je reporte régulièrement à mon patron que l’inconvénient majeur dans un projet, c’est d’avoir des collaborateurs, et encore pire si on n’a pas eu l’opportunité de les choisir. Si maintenant on se place à l’échelle d’une société, on ne pourra que constater l’ampleur des dégâts, les ravages de cette évidence : l’enfer c’est bien les autres, tous ces conn… qui nous emmer…. à longueur de journée, ces fardeaux vivants nocifs, ces parasites dont l’inutilité ne fait plus de doute, ces faix oiseux, néfastes au bien être de leur semblables. Oliv s’en exaspère aussi, lorsqu’il affirme avec aplomb qu’il a passé l’âge de faire des concessions, et que de simplement ne plus penser qu’à soi préservera assurément son estomac de tout ulcère. La tolérance n’est qu’un luxe délétère puisqu’elle finit par nous faire accepter de tolérer l’intolérable. La fraternité, droit de tous les hommes ? Mon cul oui… sauf peut-être en période difficile ou, de l’instinct primitif de survie, peut naître un semblant de conscience collective. Et qu’est ce qu’est censée m’apporter cette vaste fumisterie que certains appelle solidarité ? Pour l’instant le privilège de voir taxer mon déjà faible intéressement, durement gagné à la sueur de mon front, ainsi que les intérêts des maigres économies que je comptais pouvoir un jour léguer à mes enfants. Le seul tracas de l’humanité, la cause des tous les fléaux et la raison de notre perte programmée, c’est bien les autres, en particulier ces pauvres conn… qui n’ont rien eu d’autre à foutre de leur vendredi que de vandaliser mon humble demeure. L’unique point positif est de déclarer à Monsieur eb le vol de ma dernière paire de Volwerine, et que sans remplacement rapide je serai contraint de rechausser d’autres chaussons, ceux d’un beau jaune typique au look de rital…
Pour être tranquilles, ne croiser personne et profiter égoïstement d’une falaise pour nous tout seul, rien de mieux que le mur de l’Angoisse, aux Vouillants, un samedi matin à 8h, sous des pluies diluviennes, et avec une température n’atteignant même pas les 10 degrés.

Pendant que le reste des grimpeurs devait se masser au chaud à Planète Bloc, nous jouissions du plaisir de nous retrouver, loin de l’enfer des autres, et de partager d’intenses moments :
dans La croix et la manière, 7c+ incompréhensible et interminable et dans un nouveau 7a de la partie droite (un grand merci à l'ECI, à son président actif et dévoué ainsi qu'à son compère Claude pour avoir réhabilité cette partie de la falaise désaffectée depuis des lustres !!) pour Grandludo ; dans Le devers tue, 7b retord, exigeant et à l’équipement d’un autre temps pour Sylvain; dans Tol Story, l’impressionnant et très formateur à la grimpe en tête 6c(+?) striant le milieu du mur pour Oliv, qui grimpe sans faire de concession ;
et dans le sur-physique mais superbe 8a de la Contrition Humaine pour ma pomme. Contrition dont je n’ai plus que faire puisque je ne connais plus le repentir et je n’aurais jamais plus rien à confesser. J’en suis maintenant pleinement convaincu, définitivement l’enfer ce n’est que les autres...Et comme le prodiguait il y a déjà près de 30 ans, 4 jeunes cheveulus tout de noir vêtus, qui, sans le savoir allaient ecrire une page de l'histoire métal''ique'', kill'em all... et accessoirement 7b (7c+ version directe) haineux à Espace 2000.

dimanche 7 septembre 2008

I have a dream

Comme le déclarait publiquement le roi Luther, "bien que nous devions faire face aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, j'ai tout de même un rêve". Ces rêves, pour peu qu’ils restent accessibles, donnent un sens à nos existences futiles, une bouffée d’air à notre morne quotidien. Alors que nos vies défilent plus vite que nous ne pouvons les remplir, il arrive parfois que le temps s’arrête et que se figent quelques instants de grâce. Quelques secondes d’ataraxie, parce qu’à l’image de Jean Jacques…non… pas le roi des dalles de LaCuvette….l’autre…"j’irais au bout de mes rêves".
Cela faisait des années de je passais humblement devant cette ligne, cette grosse colonne grise plate semblant tombée du ciel. La rumeur l’avait affublé du "pfff, laisse tomber, c’est vraiment dur", les quelques rares ayant oser l’affronter racontaient encore aux quatres coins de LaCuvette que la belle ne se laissait pas facilement dompter et n’ont de cesse d’exacerber l’énergie qu’ils y ont laissée. Il y a quelque mois encore, j’avais osé y poser mes mains, mais sans pouvoir me saisir de ses rondeurs, ni tirer partie des ses jolies formes. Elle demeurait un rêve, hors d’atteinte, ,une chasse gardée pour de plus musculeux que moi…et puis… comme par enchantement... Serait-ce l’enseignement de Maitre Francois à Autoire, l’élixir miraculeux de Rioupéroux ou la torture infligée par les créations délicates mais scabreuses de Nico le PB Master ?
Accompagnant Ludo, Sylvain et Jean-Yves pour une soirée sur la première des vires, j’étais sans le savoir en route pour enfin la conquérir : Je t’aime... moi non plus, sévère 7c, d’Espace Comboire…il a fallu toute la puissance des talons de ma vielle paire de eb (qui ne demande pourtant qu’à être remplacée…), une solide dose d’imagination et de conviction pour ce double talon qui permet de tenir ces colonnes et ces plats en compression, jusqu’à la règle finale…sans oublier ce dernier mouvement, ces picots douloureux à saisir en plein vol dans l’ultime mouvement dynamique, sous la chaîne.
Pour se repaitre de ses chimères, Ludo enchainait son premier vrai 7b à vue sur la même vire, Etat d’arrestation avec ses deux mouvements retords qui hantent encore les pires cauchemards de Sylvain. Le voila en route pour une prochaine tentative dans le fameux, le plus que redouté 7b étalon de Lacuvette, L’arme à l’œil…en cas de réussite, il est assuré de rentrer dans les anales des belles perfs de la falaise.

De son coté, Schnappi de nouveau étudiant (..attention, passée la trentaine, ça devient louche…) a du délaisser la culture et les amphis pour lui aussi réaliser un de ses plus vieux rêves : cocher la première de l’intégrale d’une falaise mythique, à l’ampleur démesurée et préservée de travers des prises taillées. C’est également chose faite, comme son rival de toujours dans la quête de la pire bouse, Phildar, puisqu’ils se sont envoyés l’intégrale du secret spot des Brieux. en réalisant la petite dernière, Reality Show, 7c explosif aux prises explosées. Respect messieurs…les connaisseurs apprécieront la perf à sa juste valeur…mais ne se bousculerons surement pas au portillon pour réitérer l'exploit....
Yves a du attendre 65 printemps pour assouvir sa soif d’oisiveté, et enfin profiter d’une retraire bien méritée. Même si l’excitation le fait se disperser et s’éparpiller, il nous a fait le plaisir de se joindre à nous, lors de notre seconde visite à la petite falaise de St Aupre. Encore merci pour ces si beaux essais dans Dulferugineuse 6c et Etron commun 7a

Oliv songe à ce même Etron en guise de premier 7a, mais s’épuise bien avant la chaîne, malgré toute l’ardeur de nos encouragement. Bertrand se déleste du même Etron, tout comme Jean-Yves qui en fera de même avec Crispette un bon coup, 7b bien court mais très intense sur le haut.

Juste avant la pluie, je les imitais dans le surplomb typé bloc (merci PB Master !) et le beau mur gris à croutes d’UF Bouse 7c.
Quant à notre PB master, lui qui aspirait ce jeudi à un contest réussi, il faut comblé par la foule venue en masse, avec en tête de file Sunny et sa tribu qui furent les premiers à cocher ces 40 nouveaux blocs.
J’avais...nous avions...des rêves. Et puis ils se sont renouvelés…

dimanche 31 août 2008

Mort de faim

Si la théorie fait systématiquement partie des séminaires de management, c’est qu’elle doit être fondée sur des bases solides. J’allais m’en apporter la preuve. Selon Maslow et sa célèbre pyramide, l’être humain ne peut s’accomplir et s’épanouir qu’à la première condition d’avoir pu assouvir ses besoins le plus primaires, ceux lui permettant d’assurer sa survie, son équilibre vital et physiologique.
C’est ainsi que pourrait s’expliquer cette semaine inhabituelle et agitée. Un emploi du temps à faire rougir les plus actifs des retraités comme Yves (dit Papy, en ce moment en plein trip cyclotourisme avec étapes relais châteaux 3 étoiles, masseuses tous les soirs, repas gastronomiques à midi…) ou les plus occupés des profs en vacances/grèves/arrêts maladie comme Francky et Iaki.
Tout débuta lundi, à l’heure où l’estomac de mes voisins de bureau commence à gargouiller, humant les doux effluves d’huile à frittes rance de la cantine. Les abandonnant au supplice du repas "boulot", je sautais dans la voiture, en route pour une petite plage, garnie de jolis blocs polis par des siècles de ruissellement des eaux…la Corse, la Sardaigne ???…encore mieux…Riouperoux !!!! ou plus justement Séchilienne et le bloc de Riverman, les pieds dans l’eau. Armé du topo glané auprès de Toufic, me voila à compresser du plat et ce qui reste de grain épargné par la Romanche, et exulter en réalisant les départs assis de Toboggan 6b+ puis de la Pouasse 6c. En guise de pause café et avant de regagner mon poste, je poussais même le vice jusqu’au secteur Centre Ville pour changer de style et arquer les réglettes des beaux profils du bloc de la Caravane. Après les 2 6a+ de droite, j’allais enfin avoir la révélation en m’essayant à la Grange, historique et véritable 6c. L’absence de pied, l’inconfort de cette règle verticale, ce jeté qui dépasse l’entendement et enfin cette prise de réception en épaule si lointaine m’ont fait prendre conscience de l’immensité que me sépare encore d’un simple 6c bloc. Quand je pense même que le départ assis est possible et ne cote que 7c+, je m’aperçu alors de toute l’étendue de possibilités des grimpeurs, des vrais grimpeurs… C’est juré, plus jamais je ne taillerai de prise, puisqu’un passage me paraissant impossible ne dépasse en réalité guère le 6c bloc et qu’une zone verticale plus que lisse n’atteint que péniblement 7c+…je n’arrive même pas à imaginer un 8a bloc !!!!!
Mardi soir, après avoir récupérer les enfants, sur le chemin du retour à la maison, nous fîmes un court détour par Espace 2000Schnappi nous offrit une belle démonstration de force, tout proche de l’enchainement de sa nouvelle création Pédozoonécrophile 8a.
Vénéré jusqu’à lors pour sa force et son aisance sur les platasses, force est de constater qu’il fit piètre figure devant Charlie, fraichement rentré plein de croix de Sud Ouest. Il ne fit qu’une maigre bouchée de la belle, s’offrant ainsi une belle première répétition. Ayant par hasard retrouvé mes eb au fond du sac des enfants, j’en profitais pour tâter les prises du Bebert Project, 8a, amoureusement rééquipé et brossé par Schnappi, et qui s’avère finalement plus qu’intéressant, très à doigt et plein de subtilités techniques. Au chapitre des anecdotes, de l’arroseur arrosé, notons Sylvain prit au piège du départ abusivement préclippé (du 3ème point !!!) : une zipette dès le départ de Soleil vert 7a+, un grand pendule pour finir par un atterrissage douloureux sur le gros bloc au sol….
Mercredi midi, fuyant la cantine, je m’émerveillais du tout nouveau pan aux couleurs psychédéliques chères à Nico de Planete Bloc, accessoirement partenaire de Lacuvette. Un jaune-orange qui flashe, un léger dévers coupé de 2 petits toits pour un développé jamais égalé auparavant…un vrai highball comme à Rioup !! Bon boulot Nico et on attend avec impatience les 40 nouveaux blocs du Contest du Jeudi 04 Septembre…et n’oublie pas que tu as la lourde responsabilité d’organiser le bourrinage de la pause déjeuner du team...
Jeudi soir, direction Rioup et le secteur EDF. Des blocs variés, parfaitement brossés et topographiés par Sunny, de quoi remplir une soirée de nombreuses croix pour tous, dans le 6. Franck manque de galanterie et prend la première place de la belle perf. Toujours impeccablement looké, cette fois ci avec d’adorables tongs ficelles rose bonbon, parfaitement coordonnées avec le noir de ses orteils velus non épilés pour l’occasion, il est venu à bout du départ assis du n°46…6b…lui qui n’a jamais fait de 6a ni de 5+, ni de 5… parce que j’ai réussi à le persuader que l’escalade ne commence qu’à partir du 6a (après l’avoir aussi convaincu que grimper en moulinette n’existe pas…).
Emilie se contente de serrer les prises du même bloc ainsi que celles du départ assis de Sale Prêtre, 6b encore, mais se refuse à torcher son premier 6c, avec comme mauvais prétexte de vouloir réserver cette première à d’autres et à un projet à la Capelle !!
Tandis qu’elle préfère broyer les règles, Ludo se régale de rondeurs
et Schnappi de l’angle lisse du très esthétique Crocodile 7b+
Préférant Rioup (encore) au poisson bouilli du vendredi midi, je découvrais le très agréable et paisible secteur de Flowstone Paradise. Après m’être demis le coccyx en chutant lourdement dans Zorya 6a+ sur le bloc de la Boule, je remerciais les genéreux grimpeurs ayant laisser 2 carrés de mousse au secteur Cours du chaos, parfait pour faire les superbes 5+ du bloc de la Traversée puis le sublime Logrus 6c sur le Forty Five. Mais la raison utltime de ma présence fut d’aller tâter les règles du fameux Snatch 7a incontournable aux dires de nombreux habitués…mais chuuut, personne ne doit savoir que je caresse en secret le projet de pouvoir un jour enchainer un 7a bloc… L’intarissable Foué m’accordera-t-il sa grâce lui pour qui "grimper seul à Rioupéroux…c’est beau" ?
Et pour terminer la semaine, je réussis à trainer Sylvain et Oliv jusqu’à la méconnue petite falaise de St Aupre.
Petite mais redoutable, et le dédain de mes 2 comparses fut puni d’abord par l’exigence de leur échauffement dans Dulferugineuse, simple 6c,
puis par la rési nécessaire pour venir à bout de l’Etron commun 7a.
Je me régalais ensuite des belles strates grises de UF bouse 7b avant de découvrir celles du Formateur formaté 7c qui méritera surement une nouvelle visite.
La semaine touche à sa fin, mon appétit insatiable semble comblé et mon équilibre retrouvé. Me voilà prêt pour maintenant me construire et me projeter….et oui, ça y’est, la semaine prochaine, c’est la rentrée !!!

dimanche 24 août 2008

Défaite à domicile

On leur trouve souvent les explications les plus diverses et variées, alors qu’elles sanctionnent simplement un excès de confiance, une baisse de motivation ou d’enthousiasme, comme si la routine et les habitudes pouvaient subrepticement altérer nos jugements et masquer le bonheur que nous avons pourtant là, devant les yeux, à portée de main. C’est ainsi qu’Oliv ne daigna même pas s’aligner au départ de l’épreuve de la matinée, préférant plutôt voir transpirer à sa place quelques athlètes dans la moiteur de la Chine moderne. Idem pour Yves et Bertrand, peut-être lassés des belles falaises de Lacuvette, qui ont opté pour une randonnée tranquille dans les brumes matutinales, sur les balcons verdoyants de St Pancrasse et ponctuée de quelques maigres passages de varappe. Que dire aussi de Iaki qui ne sait plus se régaler d’Autoire, authentique et paisible usine à détraquer les genoux et vraie fabrique de mulets élevés à la graisse de canard. A l’entendre s’épuiser en fadaises et autres billevesées, il en oublie même de taper des essais dans son projet…comme aujourd’hui, hier et le reste de la semaine, sous prétexte d’inondation de la vallée, de stalactites dans les voies ou de présence surnaturelle d’animaux préhistoriques dont il aurait retrouvé quelques poils.
Mais la pire des défaites est de refuser le combat, et comme me le rabâche si souvent mon patron, il vaut mieux de petites victoires que de grosses défaites. C'est ainsi que j’en ai même oublié de remercier Iaki pour ses encouragements, lorsque je récupérais ses paires en enchainant par hasard son projet, Huile de coude 7b+. Lui a qui je dois d'avoir pu franchir la barrière symbolique des 100 voies de ce niveau...loin derrière François et ses presque 400 voies dans le 8eme degré, mais il faut bien commencer…Il s’est même offert ke luxe de douter de ses aptitudes en allant chercher au plus profond des Vosges un 8a granitique et dalleux à souhait, Clair de Lune à Martinswand, comme pour se rassurer de sa polyvalence et de son excellence...
Gonflés à bloc à l’idée d’enfin pouvoir renouer avec l’exigence du pays cuvettard, c’est Sylvain qui nous traina jusqu’au pied de la petite DJ. Là où Schnappi avait récemment sévit en ouvrant une petite dernière, visiblement complexe, tordue et forçue, à l’image de son géniteur, les morilles sur les burnes potentiel bon 8a où fermer le bras et serrer les prises devraient encore prendre tout leurs sens. Petit à petit donc pour Sylvain, Ludo et Jean-Yves qui se sont humblement mesurés au test de force qu’est Schtroumpf terminus, 7b+.
Un départ qui retourne les doigts avant de faire place à cette très belle colos qui, malgré ces quelques petits mètres, requière tant de résistance, précision, vitesse et coordination.
De beaux essais, à fond, jusqu’au bout, essoufflés….avec un vrai air de Sharma pour Sylvain, le cheveux blond mi long, nonchalant, les beuglements sourds d’aurochs en rut, le jeté précis au bout des doigts et une technique de pieds à faire regretter d’avoir investi dans des eb….mais toujours cette dernière pince mains gauche qui restera intenable…pour cette fois encore…
Restent plein de bon rushs vidéo qui n’attendent que le montage d’un Iaki local qui s’ignore encore !!
Pour ne pas voler la première à Schnappi, Ludo m’a forcé à faire de volume. Alors qu'il tentait de se chausser d’une piètre copie d’un ancien modèle eb, un ersatz jaunâtre et mal ajusté, il me poussa dans les morilles dans la brume.
Un long 7c+ dont le souvenir d’une fin trop physique se révéla finalement plus qu’exagéré, laissant maintenant planer le doute sur une potentielle croix à venir...
Petit à petit aussi pour le site de Lacuvette qui se dote d’un nouveau lieu de bavardage pour cuvettards au verbe et à la plume faciles, via la rubrique du même nom, sur la droite, pour tchatter en direct et faire courir les rumeurs les plus folles.
Pour tous ceux qui n’étaient pas là….petit à petit donc, l’oiseau fait tranquillement son nid….

samedi 16 août 2008

Révélation

Il fallait s’y résoudre, les pérégrinations lotoises allaient prendre fin en même temps que devaient recommencer les matinées en 4eme vitesse à larguer les enfants chez la nounou avant de d’enfreindre les plus élémentaires des règles du code de la route pour arriver à l’heure au débriefing du lundi matin au boulot.
Je profitais du peu de répit qui me restait pour une nouvelle fois profiter des charmes d’Autoire.
En l’absence du dieu vivant Francois, qui même quand il n’est pas là garde un œil sur nous, je suivis ces conseils dans Nikita, 7b+. Une fois dépassés les aprioris quant à la qualité de l’équipement, de véritables plaquettes faites main, inclippables avec la plupart des mousquetons modernes et surtout toutes généreusement mangées par la rouille, s’avère une bien jolie voie sur concrétions et autres colonnes. Pour faire honneur à François donc, je m’essayais à coincer 2 audacieux genoux dont je ne garde qu’un souvenir lancinant de scarification, avec ce grain acéré prenant un malin plaisir à venir lacérer mes cuisses dodues à la douce peau de bébé. Pour finir, je préférais les 2 gros plats sous les draperies finales, dans un dévers bien prononcé, en guise de repos
Je m’en doutais déjà un peu, à voir les membres inférieurs de François se tordre et se disloquer dans tous les sens. C’est sans aucun doute le problème typique des contrées isolées, où, à force de consanguinité, apparaissent des dégénérescences, comme par exemples des genoux hyper laxes et malléables, permettant aux locaux d’engager d’incroyables lolottes et surtout d’épouser à merveilles les reliefs des volumes de la falaise. J’en eu la certitude en voyant Steph monter nonchalamment récupérer mes paires, usant et abusant de genoux jusqu’à passer plus de 20mm à se refaire en lâchant les deux mains …mais bon, on a de la rési ou on en a pas !!
Une autre tare locale est incontestablement cette formidable capacité à serrer ou plutôt à broyer les prises, en particuliers les colos et les réglettes bien plates, comme celles de Jo la fusée 7a+ dont je garde une contracture dorsale suite à un échauffement trop ambitieux, et surtout comme celles d’Huile de coude, gros 7b+. C’est de Iaki que vint l’avanie, sa démonstration à tenir puis bloquer bas, très bas (mais grâce à l’artifice d’une enième lolotte…mais bon, on a de la force ou on en a pas…) ces 2 règles infâmes m’a littéralement laissé pantois.
L’admiration fut encore plus grande lorsqu’à mon tour je me saisissait de ces 2 règles, constatant que j’aurais du mal rien que pour m’y suspendre, que la prise suivante demeurerait hors de portée, sauf si la longueur de mes bras venait subitement à doubler et enfin que cette lolotte ne serait possible que si on pouvait procéder en urgence à une ablation totale de ma rotule...sans compter mes trop larges épaules de nageuse d’ex Allemagne de l’Est qui m’handicapent cruellement dans tous ces mouvements de coté…mais heureusement, à part quelques problèmes de pilosité, ces cures intensives de testostérones n’ont pas eu d’effet négatif sur mon opulente poitrine…
Il a fallu toute la comédie de Iaki, feignant la fatigue (pour un professionnel body buildé du sport, fallait oser la faire celle là !) en tombant avant le sus cité crux, pour me pousser à taper un ultime essai pour récupérer ses paires. Et là, encore un fois, je retrouvais ces sensations exaltantes, avec ces deux non prises dans les mains, impossibles à serrer, montant les pieds au hasard et jetant plein de désespoir et de hargne sur la prise suivante, fermant le yeux comme pour refuser l’échec…pour finalement les rouvrir, cette prise miraculeusement en main, hagard, surpris, sans rien y comprendre, puis pris de l’angoisse jubilatoire de devoir se ressaisir, se concentrer de nouveau pour atteindre la chaine. J’en oubliais le genou suivant…celui qui permet à Iaki de faire la conversation durant ses essais… pour lui préférer la décontraction sur les plats suivants, avant d’oser un dernier jeté sur le plat final, sans prendre cette dernière réglette, puisqu’une nouvelle fois, j’aurai été bien incapable de la tenir.
3 jours plus tard, alors que je me ressourçais à domicile, comparant le paysage offert depuis la vire d’Espace, j’eus subitement un flash, tout devint subitement limpide.
Tandis que j’observais Sylvain à 200% dans Etat d’arrestation,7b, entre jetés, jambes tremblotantes, pieds qui patinent et regard hargneux mais plein d’incertitude, je compris enfin ce qui empêchait les autochtones lotois, Francois et Iaki, de cocher plus rapidement leurs projets du moment, respectivement Huile de coude 7b+ à Autoire et Le oui pour le non, 8b de St Géry : leur quête de la perfection, du geste fluide et léger, certainement très utile le jour ou un jury attribuera une note artistique aux grimpeurs mais malheureusement en aucun cas gage d’efficacité tant il requiert de marge. Pour preuve ces quelques images de Iaki, pour une fois devant la caméra, timide et refreinant ces râles…
Remarquez le flagrant manque de pratique "espace comboirenne" avec ce jeté effectué en deux temps, cet élan complètement coupé, cette dynamique mal optimisée, cette inertie corporelle mal canalisée, ce relâchement trop confiant…et sanctionné par l’échec…
C’est donc pour faciliter l’assimilation du fameux "Lacuvette touch" que le ministère de la culture, les monuments historiques et bien sur eb se proposent de vous offrir un séjour au pays des mulets aux triples taquets.
Que"‘bourrine et jette" devienne ton ultime précepte…Bienvenu dans l’antre de Lacuvette…

dimanche 10 août 2008

Accord parfait

Notre largesse d’esprit nous pousse sans cesse à comparer toute originalité, toute nouveauté à quelques uns de nos repères, déjà bien présents et ancrés dans nos souvenirs.
La rime sonnait déjà parfaitement bien. L’écho des sonorités se répondant à merveille ne pouvait présager que de plus amples similitudes. Il fallait pousser l’investigation et profiter du chaleureux accueil du maitre incontesté des lieux, François Tournois, pour laisser nos sens vagabonder et se délecter du plaisir de la découverte.
Autoire….Espace Comboire. une harmonie, une symbiose qui allait se révéler être une évidence…



Le paysage d’abord, à contempler, dans les deux cas, depuis de petites vires surplombant la vallée, dominant un vaste horizon de collines verdoyantes ici, et l’immensité des chaines montagneuses enneigées d’où émerge fièrement au loin le Mont Blanc là bas. En contrebas, des vestiges d’architecture qui marqueront notre histoire, un village fait des vieilles maisons paysannes magnifiquement restaurées, des pigeonniers carrés et de somptueux manoirs, et de l’autre coté un gargantuesque complexe commercial grouillant d’activités et témoin d’une urbanisation galopante et mal maitrisée. Des bruits qui bercent les plus sensibles des oreilles, le clapotis de la cascade qui creuse depuis l’éternité le Causse jusqu’à se jeter du haut de ses 30m au pied du village, contre la rumeur plus constante et rassurante de cette chère Rocade Sud qui nous octroie le privilège d’entasser des milliers de vacanciers pollueurs.
La falaise ensuite, avec ces murs qui ont eu la bonne idée de concentrer l’essence même et la richesse de la grimpe en se contentant de profils généreux, légèrement déversant et qui jamais ne sombrent dans le travers des grands murs de conti ennuyeux et sans saveurs. 25m max, même si à Espace comboire on atteind quelques fois les 35m dans les nouvelles dalles du secteur extrême gauche. La palme des voies dont le relais est clippable du sol avec la perche revient à Autoire et ces premières voies sous l’escalier !! (la première reste à faire dans lacuvette, avis aux précurseurs…). Ici le temps a modelé un grain subtil et disséminé à bon escient de vraies draperies, des colonettes géantes noires et jaunes…comme ces superbes crêtes de dinosaure des très sympas Diable en rit encore 7a+ et Panique à topo city 7b+….rien à voir avec nos pauvres colos bleues gluantes et sans adhérence du Vercors.
De belles couleurs strient les murs plus récents, amoureusement défrichés par Patrick, qui fut là bien avant tout le monde, et nous offre par exemple un très a doigts Saut d’homme et Go more 7a. A Espace, le gris reste de rigueur, judicieusement sculpté et croustillant, même si quelques rares colos fines ajoutent ici et là une touche d’exotisme !
Partout, les voies sont exaltées tant elles offrent complexité et intensité. L’effort à fournir est à l’image du volume sonore des râles agonisants du Spielberg local Iaki (ici son dernier court métrage), dans Huile de coude 7b+.

Toute la sagesse de Francois a permis d’accoucher ici du paroxysme des mouvements impossibles, comme par exemple dans Le pastaga de la tolérance 7b+, où un pauvre morceau de colo intenable (…lapalissade, pour un cuvettard) se mue, grâce un alambiqué coincement du genou opposé venant délicatement compresser la main contre le bord désespérément lisse de la colo, en un délicieux bac, duquel le jeté suivant devient finalement un jeu d’enfant.
L’analogie ne pouvait être complète, et j’allais bien finir pour trouver une divergence, comme ce ricard, qui finit toujours par troubler l’eau, et que je sirote tranquillement en terrasse. En fait, ici, le temps s’est ralenti, la foule ne se masse pas au pied des voies, personne ne s’épie ni se jauge. Chacun est là pour partager des moments privilégiés, profitant du calme de la nature et de la sérénité des lieux. Comme ces quelques instants passés à St Géry avec Francois,
qui, après avoir randonné le Non pour le oui, 7c+ dans lequel je me suis usé en essais, s’est essayé à la belle ligne du 8b, Oui pour le non.
Ses genoux montés à l’envers m’ont humilié par leur aisance à se contorsionner, offrant une multitude de lolottes douloureuses et contre-natures pour le reste des grimpeurs normalement constitués.

Enfin, règne ici plus qu'ailleurs, une ambiance qui me ramene à mes joies et mes souvenirs d’enfant, autour du feu de camps de la colo de l’été, où tout le monde il est gentil, où l’on ne pense qu’à s’amuser en se jurant que l’on s’aime tous et que l’on ne s’oubliera jamais…merci François, Sosso, Iaki, Steph, JP, Nico, Paupof et Noëlle…

dimanche 3 août 2008

Première fois

On en avait vaguement parlé, sur un coup de tête, sans se prendre au sérieux. Mais, à force d’éloges de Sunny et Toufic, purs mutants locaux de la force, d’articles encenseurs et émouvants de l’inénarrable et prolixe Foué dans de le plus sérieux des magazines officiels, l’idée a lentement mais surement fait son chemin. Et puis, il a surtout eu ces harcèlements incessants de notre voisine du bureau, venue troubler l’ambiance tranquille, feutrée et studieuse du service. Ses litanies quotidiennes, à vanter les mérites des spots comme Lacapelle, St Just ou Ailefroide et sa frustration à l’idée d’enfiler un baudrier et de grimper plus de 5 mouvements d’affilée ont eu raison de nous…avec Franck, nous avons succombé…
Ce mardi marqua notre première expérience troublante dans cette vallée qui concentre ce que nous connaissons de plus austère, Rioupéroux.

Plein d’apprioris, d’images surfaites de fin du monde, nous pénétrions dans l’obscurité inquiétante de ses hameaux perdus…Gavet, Rioupéroux, Livet…de ces villages sombres et déserts, émanent une réelle et indescriptible angoisse, sortie tout droit de vielles légendes qui semblent hanter à jamais ces lieux maudits. Tandis que défilait ce paysage sépulcral, la tension montait, réveillant au passage de douloureux et lointains souvenirs de rupture de ligaments croisés lors d’un ultime essai dans le Toit du cul de chien à Bleau. Même si quelques rayons de soleil léchaient péniblement les entrailles de ce fond de vallée encaissée, l’atmosphère resta particulièrement pesante, comme cet accès au parking du secteur edf, à la tombée de la nuit, où les ombres macabres des immenses sommets environnants nous étreignaient. D’abord, la traversée du pont instable, le bruit sourd de la centrale désaffectée, doublé des cris violents de la Romanche, puis les barbelés, les grilles rouillées, flanquées d’un funeste panneau "accès strictement interdit"…une odeur de mort …oppressés….mais plus que jamais motivés !
Question d’habitude surement… nos chers Vouillants seraient-ils tellement plus hospitaliers ? Est-ce l’atmosphère plus amène des poubelles, qui, en ce même jour a retenu Sylvain et Jean-Yves, pour taper des essais dans le pourtant très bloc Frites burger 7b, revu et corrigé par la fin de sa voisine de gauche, avec des raccords de sika pour les pieds, et un point supplémentaire pour se protéger des derniers silex sous le relais ? L’occasion pour eux aussi de réviser leur connaissance en anatomie dorsale, en assurant le musculeux Marc, qui les a gentiment gratifier de deux "jacquetteries" du plus bel effet, deux ratasses, le nez sous le relais, dans le tout nouveau Enfer du décors 8a, première partie d’Avec vue sur la merde possible 8b (…des noms évocateurs pour laisser songeur)….la peur de la réussite et surement l’envie de refaire une dernière fois ces belles sections rési et physiques.
Rioupéroux donc, passés les abords sinistres, les blocs se sont ouverts à nous. Au grès des secteurs, Zeghema Beach, le très sympa bloc de l’Oisans du Centre ville, puis EDF, le charme commença à opérer. Un grain agréable, suffisamment adhérant sans agresser la pulpe fragile des nos doigts manucurés, des préhensions étranges, incroyables, faites d’angles, de plats, de règles, le plaisir de se donner à fond, de tenter à n’en plus pouvoir le même passage, de caresser ces prises jusqu’à réussir à la valoriser, d’apprivoiser ces profils inconnus, un concentré de l’essence même de la grimpe, jeter, jeter et encore jeter !!….pour se retrouver finalement debouts, au sommet du bloc, sereins, comblés, épuisés…On regrettera peut-être la voiture pour changer de secteurs, la faible fréquentation de certains blocs qui a laissé la mousse refaire son œuvre, le pied exigu et le confort restreint de certains chaos…
Et pour finir en apothéose, il s’est partagé un délicieux gâteau, fort au chocolat, ou plutôt un galette si l’on en juge par son épaisseur…il ne manquait plus que les bougies, les nombreux et mérités cadeaux , et les voix viriles et rauques de tous les membres de Lacuvette entonnant le traditionnel "joyeux anniversaire"…
Et si, pour mes 22 ans, vous m’offriez tous un crash-pad ?