dimanche 10 août 2008

Accord parfait

Notre largesse d’esprit nous pousse sans cesse à comparer toute originalité, toute nouveauté à quelques uns de nos repères, déjà bien présents et ancrés dans nos souvenirs.
La rime sonnait déjà parfaitement bien. L’écho des sonorités se répondant à merveille ne pouvait présager que de plus amples similitudes. Il fallait pousser l’investigation et profiter du chaleureux accueil du maitre incontesté des lieux, François Tournois, pour laisser nos sens vagabonder et se délecter du plaisir de la découverte.
Autoire….Espace Comboire. une harmonie, une symbiose qui allait se révéler être une évidence…



Le paysage d’abord, à contempler, dans les deux cas, depuis de petites vires surplombant la vallée, dominant un vaste horizon de collines verdoyantes ici, et l’immensité des chaines montagneuses enneigées d’où émerge fièrement au loin le Mont Blanc là bas. En contrebas, des vestiges d’architecture qui marqueront notre histoire, un village fait des vieilles maisons paysannes magnifiquement restaurées, des pigeonniers carrés et de somptueux manoirs, et de l’autre coté un gargantuesque complexe commercial grouillant d’activités et témoin d’une urbanisation galopante et mal maitrisée. Des bruits qui bercent les plus sensibles des oreilles, le clapotis de la cascade qui creuse depuis l’éternité le Causse jusqu’à se jeter du haut de ses 30m au pied du village, contre la rumeur plus constante et rassurante de cette chère Rocade Sud qui nous octroie le privilège d’entasser des milliers de vacanciers pollueurs.
La falaise ensuite, avec ces murs qui ont eu la bonne idée de concentrer l’essence même et la richesse de la grimpe en se contentant de profils généreux, légèrement déversant et qui jamais ne sombrent dans le travers des grands murs de conti ennuyeux et sans saveurs. 25m max, même si à Espace comboire on atteind quelques fois les 35m dans les nouvelles dalles du secteur extrême gauche. La palme des voies dont le relais est clippable du sol avec la perche revient à Autoire et ces premières voies sous l’escalier !! (la première reste à faire dans lacuvette, avis aux précurseurs…). Ici le temps a modelé un grain subtil et disséminé à bon escient de vraies draperies, des colonettes géantes noires et jaunes…comme ces superbes crêtes de dinosaure des très sympas Diable en rit encore 7a+ et Panique à topo city 7b+….rien à voir avec nos pauvres colos bleues gluantes et sans adhérence du Vercors.
De belles couleurs strient les murs plus récents, amoureusement défrichés par Patrick, qui fut là bien avant tout le monde, et nous offre par exemple un très a doigts Saut d’homme et Go more 7a. A Espace, le gris reste de rigueur, judicieusement sculpté et croustillant, même si quelques rares colos fines ajoutent ici et là une touche d’exotisme !
Partout, les voies sont exaltées tant elles offrent complexité et intensité. L’effort à fournir est à l’image du volume sonore des râles agonisants du Spielberg local Iaki (ici son dernier court métrage), dans Huile de coude 7b+.

Toute la sagesse de Francois a permis d’accoucher ici du paroxysme des mouvements impossibles, comme par exemple dans Le pastaga de la tolérance 7b+, où un pauvre morceau de colo intenable (…lapalissade, pour un cuvettard) se mue, grâce un alambiqué coincement du genou opposé venant délicatement compresser la main contre le bord désespérément lisse de la colo, en un délicieux bac, duquel le jeté suivant devient finalement un jeu d’enfant.
L’analogie ne pouvait être complète, et j’allais bien finir pour trouver une divergence, comme ce ricard, qui finit toujours par troubler l’eau, et que je sirote tranquillement en terrasse. En fait, ici, le temps s’est ralenti, la foule ne se masse pas au pied des voies, personne ne s’épie ni se jauge. Chacun est là pour partager des moments privilégiés, profitant du calme de la nature et de la sérénité des lieux. Comme ces quelques instants passés à St Géry avec Francois,
qui, après avoir randonné le Non pour le oui, 7c+ dans lequel je me suis usé en essais, s’est essayé à la belle ligne du 8b, Oui pour le non.
Ses genoux montés à l’envers m’ont humilié par leur aisance à se contorsionner, offrant une multitude de lolottes douloureuses et contre-natures pour le reste des grimpeurs normalement constitués.

Enfin, règne ici plus qu'ailleurs, une ambiance qui me ramene à mes joies et mes souvenirs d’enfant, autour du feu de camps de la colo de l’été, où tout le monde il est gentil, où l’on ne pense qu’à s’amuser en se jurant que l’on s’aime tous et que l’on ne s’oubliera jamais…merci François, Sosso, Iaki, Steph, JP, Nico, Paupof et Noëlle…

dimanche 3 août 2008

Première fois

On en avait vaguement parlé, sur un coup de tête, sans se prendre au sérieux. Mais, à force d’éloges de Sunny et Toufic, purs mutants locaux de la force, d’articles encenseurs et émouvants de l’inénarrable et prolixe Foué dans de le plus sérieux des magazines officiels, l’idée a lentement mais surement fait son chemin. Et puis, il a surtout eu ces harcèlements incessants de notre voisine du bureau, venue troubler l’ambiance tranquille, feutrée et studieuse du service. Ses litanies quotidiennes, à vanter les mérites des spots comme Lacapelle, St Just ou Ailefroide et sa frustration à l’idée d’enfiler un baudrier et de grimper plus de 5 mouvements d’affilée ont eu raison de nous…avec Franck, nous avons succombé…
Ce mardi marqua notre première expérience troublante dans cette vallée qui concentre ce que nous connaissons de plus austère, Rioupéroux.

Plein d’apprioris, d’images surfaites de fin du monde, nous pénétrions dans l’obscurité inquiétante de ses hameaux perdus…Gavet, Rioupéroux, Livet…de ces villages sombres et déserts, émanent une réelle et indescriptible angoisse, sortie tout droit de vielles légendes qui semblent hanter à jamais ces lieux maudits. Tandis que défilait ce paysage sépulcral, la tension montait, réveillant au passage de douloureux et lointains souvenirs de rupture de ligaments croisés lors d’un ultime essai dans le Toit du cul de chien à Bleau. Même si quelques rayons de soleil léchaient péniblement les entrailles de ce fond de vallée encaissée, l’atmosphère resta particulièrement pesante, comme cet accès au parking du secteur edf, à la tombée de la nuit, où les ombres macabres des immenses sommets environnants nous étreignaient. D’abord, la traversée du pont instable, le bruit sourd de la centrale désaffectée, doublé des cris violents de la Romanche, puis les barbelés, les grilles rouillées, flanquées d’un funeste panneau "accès strictement interdit"…une odeur de mort …oppressés….mais plus que jamais motivés !
Question d’habitude surement… nos chers Vouillants seraient-ils tellement plus hospitaliers ? Est-ce l’atmosphère plus amène des poubelles, qui, en ce même jour a retenu Sylvain et Jean-Yves, pour taper des essais dans le pourtant très bloc Frites burger 7b, revu et corrigé par la fin de sa voisine de gauche, avec des raccords de sika pour les pieds, et un point supplémentaire pour se protéger des derniers silex sous le relais ? L’occasion pour eux aussi de réviser leur connaissance en anatomie dorsale, en assurant le musculeux Marc, qui les a gentiment gratifier de deux "jacquetteries" du plus bel effet, deux ratasses, le nez sous le relais, dans le tout nouveau Enfer du décors 8a, première partie d’Avec vue sur la merde possible 8b (…des noms évocateurs pour laisser songeur)….la peur de la réussite et surement l’envie de refaire une dernière fois ces belles sections rési et physiques.
Rioupéroux donc, passés les abords sinistres, les blocs se sont ouverts à nous. Au grès des secteurs, Zeghema Beach, le très sympa bloc de l’Oisans du Centre ville, puis EDF, le charme commença à opérer. Un grain agréable, suffisamment adhérant sans agresser la pulpe fragile des nos doigts manucurés, des préhensions étranges, incroyables, faites d’angles, de plats, de règles, le plaisir de se donner à fond, de tenter à n’en plus pouvoir le même passage, de caresser ces prises jusqu’à réussir à la valoriser, d’apprivoiser ces profils inconnus, un concentré de l’essence même de la grimpe, jeter, jeter et encore jeter !!….pour se retrouver finalement debouts, au sommet du bloc, sereins, comblés, épuisés…On regrettera peut-être la voiture pour changer de secteurs, la faible fréquentation de certains blocs qui a laissé la mousse refaire son œuvre, le pied exigu et le confort restreint de certains chaos…
Et pour finir en apothéose, il s’est partagé un délicieux gâteau, fort au chocolat, ou plutôt un galette si l’on en juge par son épaisseur…il ne manquait plus que les bougies, les nombreux et mérités cadeaux , et les voix viriles et rauques de tous les membres de Lacuvette entonnant le traditionnel "joyeux anniversaire"…
Et si, pour mes 22 ans, vous m’offriez tous un crash-pad ?

dimanche 27 juillet 2008

Carpe Diem

La période est propice à l’insouciance, les premières chaleurs nous poussant à multiplier les plaisirs en picorant de ci de là, sans s’astreindre à d’autres plus ambitieux projets que celui prendre du bon temps. Du sable encore plein les orteils, le short de plage toujours bien mis en valeur par mes cuisses halées et la serviette vissée sur l’épaule, il a fallu tout de même remettre une cravate pour signaler mon retour au patron, juste avant qu’il ne parte à son tour…son départ signifiant bien sur, un avancement plus rapide des projets et donc de parfaitement justifiées et plus nombreuses soirées de grimpe. De retour donc, et sans vergogne, j’abandonnais mes projets au long court de la DJ et d’Espace….mon éternel motivateur agréé s’étant trouvé une méritée thébaïde au pays des maisons plastiquées, des blocs de granit au bord l’eau, des jérémiades de randonneurs sur le GR20 et de la grande bleue : la Corse. Je divaguais tranquillement au grès des envies, pour profiter des ces 2 semaines avant mon stage intensif de découverte de l’escalade sportive avec coaching personnalisé , entrainement mental et immersion totale dans le milieu, le tout animé par une certaine star de la grimpe sur le retour du Lot. Star qui aurait, parait-il torché il y a peu un (petit) 8b+ particulièrement complexe et engagé !
Oliv et Sylvain me trainèrent aux Vouillants, sur la prairie plutôt qu’au traditionnel mur de l’angoisse, l’occasion de me replonger dans mes souvenirs d’enfance avec ces longues envolées sur de majestueux murs striés de silex.
Toujours aussi belles…15 ans plus tard et toujours les mêmes plaisirs, les mêmes impressions, dans enfant de solo 7a, Magasin de porcelaine 6c, spity gonzales 7a+, la strada 6b+ et l’un des plus beaux 5sup au monde Rince doigt.

Franck en quête de sensations et de beau rocher pour ces premières voies…toujours et rien qu’en tête (ben oui, il ne sait pas qu’on peut grimper en moul, je ne le lui ai pas encore montré !) m’a prié de le suivre sur les vires de l’ancien Comboire, dans les magnifiques gouttes d’eau de Chantilly 6a et Zeus 5sup. Je profitais du déplacement pour gouter aux voies courtes, pêchues et toujours très intéressantes de Ludo’s Beach, avec les plats improbables du Zero et l’infini et de l’étoile et le fouet, toutes deux dans le 7b+.
En manque de Vercors, Raymon m’a réclamé une visite guidée de Corrençon, avec une des dernières voies de Chnaps, la marche funèbre de la jeunesse suicidaire (bah… faut pas dire des choses pareilles…un petit coup de cafard pendant la période d’ouverture ??) très subtil 7b en dalle jusqu’au 1 relais avant d’offrir un sordide pas de bloc, toujours en dalle et invaincu à se jour. Pour rester technique en dalle, au secteur du haut, nous avons gouter au placement délicats de Baremo 7c avant de terminer par un bon bourrinage de base dans le toit en 7b du majeurissime Zazie rêve.
Le même Raymon me conduisit aussi, ce week-end, au Pas du Ranc, histoire de renouer cette année avec Presles, dans une magnifique voie de Ludo P., Tangible Tangente ED (voir le topo). 5 longueurs du pur bonheur, à errer dans un océan bleu de somptueuses gouttes d’eau, à se croire fort à passer de bac en bac sur les surprenants trous et morceaux de colo ou encore à se faire littéralement dévorer par le long, technique, déversant et gazeux dièdre de la dernière longueur.
Là encore, j’ai vu son œil briller, avec surement la même lueur qu’il y a…50 ans ( !!?)...lorsqu’il découvrait ses premières voies dans cette falaise, tout précurseur qu’il était… Mes scrupules pour l’avoir trainé ici et le voir déployer des trésors d’inventivité pour passer en artif les passages les plus durs ont vite été oubliés lorsque le sourire en coin au dernier relais, il m’annonça "Superbe cette voie, je m’entraine un peu cette année et j’y emmène des débutants… et j’en profite pour tout enchainer, en libre cette fois!!"
Dire que pendant ce temps, on voit fleurir sur la toile des questionnements existentiels de jeunes mutants sur ce 8b+/c, qui serait peut-être qu’un 8b+/c--, a moins que comme il est un poil moins 8b+ que l’autre 8c- qu’il a fait 3 jours avant, ce ne soit finalement que 8b++…avec au passage un manque de respect pour les locaux en écorchant le nom de la voie. Mais comme l’avait annoncé l’équipeur, "on s’en fout, ce qui compte dans ce mur c’est cet hallucinant profil déversant, ce gros ventre bordé sur le haut de fabuleuses formes colorées, et ça doit tout valoir dans les 8b"...
Et Raymon d’ajouter, "Ouais, comme dans Tangible Tangente, ça doit tout taper dans le 7 mais ce qui est top c’est que j’en ai chié partout, tout le temps, à chaque mouvement, que ce soit dans les gouttes, dans les trav, dans les trous, sur les colos, dans la fissure, dans le dièdre.. ...c’est génial, j’adore ça !!!!"

lundi 14 juillet 2008

Yes, we did it !

D'abord le choc des images de Iaki... (sur YouTube en HD)



Puis celui des mots...

Citation célèbre du monument de la culture contemporaine des 3 ans, qu’ils associent immédiatement à Babouche le singe et Chipeur le Renard… Dora l’exploratrice… toi qui accorde aux jeunes parents quelques instants de répit en plein rush quotidien du matin, entre t-shirt mis à l’envers, confusion de chaussures entre frères et soeurs, caravate neuve bousillée par un soudain renvois de biberon frelaté, cartable bâclé et gouté oublié au grand dam de la maitresse qui nous traite de parents indignes, …
Ca aurait dû arriver un peu plus tard, dans quelques mois, comme une évidence, et dans un timing parfait. On s’était dit qu’on ouvrait la tribune de Lacuvette sur le premier, et que le deuxième célèbrerait le 10000ème visiteur. Mais c’était sans compter la pugnacité, l’acharnement et la passion sans faille de notre mascotte. C’est un peu de ma faute aussi, à force de titillement et d’émulation, puisque j’avais mis la barre déjà haut en atteignant rapidement ce même cota de 2 (enfin si l’on en croit les topos…). Le théorème universel pondérant le niveau maximum admissible avant désintégration d’un grimpeur, en fonction du nombre de cheveux blancs, du poids à jeun le matin après passage aux toilettes, du salaire annuel, du nombre de bouches à nourrir à la maison, du nombre de paires de Volwerines concédées annuellement par Monsieur eb… fixe le seuil à 8a, voir 7c pour moi (et en ce moment, plutôt 7a…), et à 8b+ voir 8c pour François Tournois. Et là pas moyen de discuter, c’est scientifiquement prouvé.
Dans son style inimitable, élégant, léger, aérien, éthéré, et quasiment céleste, l’ineffable Francois était déjà venu à bout, début Janvier et en quelques essais seulement, du 8b+ de référence de Saint Géry, falaise paisible du Lot, la baston à la maison.
Ensuite, la vie a repris son cours, avec son lot de tracas, de soucis, de peines, dérisoires aux yeux des autres et sans commune mesure avec la brutalité du monde qui nous entoure. Mais parfois, lorsque la fatalité touche nos proches, nos familles, il n’y a plus de barrière, plus de différence. Le désespoir et la souffrance n’épargnent plus personne, ils nous réunissent. Tous égaux dans la douleur, lorsque de le fatum, ce destin aveugle nous prive d’un être cher …Frater Dolorosus…
Et puis la haine, le fiel, la rage nous pousse à trouver un exutoire, pour que se réalise notre catharsis, cette libération, pour de nouveau aller de l’avant…Frater Dolorosus…Sinon, comment expliquer que tu sois si souvent passé devant, sans jamais t’y arrêter ni y poser un regard…Frater dolosorus…
Et ce malgré un profil présentant ce qui t’as toujours fait vibrer : Gros dévers, 20m de haut, technique…et très intense, une constante de ce mur d’Autoire, une autre falaise majeure du Lot (Chuuut, ça pourrait se savoir…). L’abréation viendra de ton perfo, en prenant soin de laisser une dose d’engagement pour que l’investissement soit total…Frater Dolorosus…
Une ligne pour faire son deuil, au travers de 18 longs et éprouvants essais, entre colos, réglettes, talons (Monsieur eb pousserait-il à l’addiction ?) et prises étranges…Frater Dolosorus... 8b+

Yes, we did dit !!! Et de 2…dire qu’il y a peu tu avais arrêté de grimper par crainte que le poids (colossal) des années ne te prive de tels projets et de telles réalisations.Comme si la passion pouvait s’éteindre… La rumeur veut qu’une fois de plus, que, devant ta grâce, ta maitrise divine du geste, ta vénusté dans l’ascension, le temps se soit arrêté et que toute la vallée ait patiemment retenu son souffle pour un instant exceptionnel, magique, cosmique…. Seuls "tes beuglements de chimpazé castré", qualifiés comme tels par ton assureur, lors du clippage du relais, sont venu mettre fin à ce rêve, te ramenant finalement au rang de simple mortel…Frater Gadium…parce qu’on est tous pareils (enfin... presque vu que toi, t’es castré…) quand on se retrouve le relais dans la main !!
Respect Francois, et merci à eb pour les chaussons, à Yves Conforti et à l'excellentissime vidéaste amateur Iaki.
Et comme avec Dora, je compte sur toi pour de nouvelle aventures, pour honorer le 10000 visiteur de Lacuvette avec une autre réalisation à ta mesure (un 8c quoi,…5ans après Tournois d’échec, à Russan).

mercredi 2 juillet 2008

Carte postale

Il est des pays où les montagnes se sont changées en dunes, les longues marches d’approche raides ont fait place à quelques enjambées sur des caillebotis d’accès aux plages et l’immensité verticale des falaises s’est muée en platitude infinie, ponctuée de quelques remous, travail incessant des marées. Des lieux où la ligne d’horizon s’étend à perte de vue, là où chaque soir, le soleil traine à basculer de l’autre coté du monde, illuminant de couleurs l’immensité de l’océan, jusqu’au dernier rayon, ce mystérieux rayon vert.

J’avais pris la remarque de la maitresse pour une nouvelle litanie sur un métier trop dur, peu reconnu, sans moyen…Une pseudo raison pour justifier ces 2 longs mois de vacances qu’elle trouvait forcément trop courts. "Vous verrez", m’avait-elle soutenu, "ces deux mois de vacances sont nécessaires à vos enfants, c’est une période où tout le vécu et l’apprentissage de l’année finissent d’être assimilés et s’ancrent pour toujours dans leur esprit". Effectivement, je notais quelques premiers changements, mon premier, haut comme trois pommes tient déjà tête à ses parents, et mon second s’est essayé avec succès au vélo sans roulette sur les pistes cyclables à l’ombre des pins…alors que je me revois, pas plus tard qu'hier, le lacher quelques secondes pour le voir partir seul et faire ses premiers pas...
Et si il en était de même pour le team la cuvette ? Quelques semaines pour digérer ses longues heures passées à ramer dans les voies depuis le début de l’année, quelque soit le temps, l’heure où la falaise… Je les imagine déjà. Oliv qui limite ses caprices et ses hurlements au dessus des points. Sylvain qui commence à réduire la taille de ses rallonges. Ludo qui ne travaille plus les voies mais tape systématiquement des essais à l’arrach. Bruno qui ne complexe plus devant une dalle en 8a (Big Calm à la DJ). Chnaps qui s’équipe maintenant ses propres 8a (necrozzopédophile et Nanouchka à Espace) parce que ceux du Vercors sont trop faciles. Yves qui a atteint le relais d’une voie en 7 à la DJ. Francky qui s’est trouvé un partenaire à la hauteur de ces ambitions, l’incroyable Chnoux, croiteur comme on aimerait tous l’être, surtout après 40 ans. Et enfin François qui se remet au défi des voies dures et atypiques (Frater Dolorosus 8b+ a Autoire).

Encore deux semaines avant de constater tous ces changements. En attendant, la peau de mes doigts se régénère enfin. Les douleurs des mes coudes s’estompent tranquillement. Les nuits de sommeil dépassent allègrement les 10h. Mes pieds ont pris 2 pointures, la faute à des orteils qui s’étalent maintenant librement dans les tongs. Mon hâle brun a viré au violacé du touriste qui met pas d’écran total, ce qui compromet mes prochaines photos de pub eb. Mon niveau de culture atteind des sommets avec la lecture de revues de haute voltige que sont Voici, Charlie Hebdo ou Femme actuelle. Le rythme des repas journaliers est revenu à 5, en comptant les deux indispensables gouters, et celui de midi est suivi d’une bonne heure en état second, allongé sur la plage, et qu’on pourrait appeler sieste. ...
Bonnes vacances...

dimanche 22 juin 2008

Cadeau de fin d’année

Encore une fois, en cette fin d'année, on n’y a pas coupé. Il a fallu mettre la main à la pâte, se serrer la ceinture pour offrir le traditionnel cadeau à la maîtresse. Toute cette mascarade pour lui témoigner gratitude et reconnaissance pour, une année durant, nous avoir rendu des enfants surexcités le soir, déchiré deux douzaines de salopettes par faute de surveillance à la récré, laissé s’immiscer dans leur vocabulaire les pire des grossièretés, transformé la classe en incubateur pour maladies contagieuses diverses et variées…. Et bien d’autres encore…tout ça habilement oublié après ce merveilleux porte clés en papier mâché de la fête des pères, marqué du sceau "Papa je t’aime". Quel talent artistique, ce doit être dans les gênes…quand on connait la grâce, le style et l’amour du mouvement bien fait du père…
Le climat de lacuvette profitait de cette ambiance festive pour faire des siennes et brutalement passer de l’onglée à la DJ au short et à la crème solaire à Lolette. Lolette, lieu chargé d’histoire, dont la hauteur des voies n’a d’égal que leur classe, leur ampleur et leur finesse. Temple estival pour mulet suffocants, dans lequel on s’est recueilli ce samedi. L’occasion avec Ludo, de cocher l’intégrale du mur du fond, avec sa démo d’allongement d’homme élastique (presque 3M…ça le fait ) dans Attouchement sans douleur, 7b+, tandis que je comblais mon handicap de nain qui ne plie pas le bras avec (encore) un talon salvateur (merci eb !!).
Même sort pour le majeurissime Tante Jacqueline, 7b+, 2m de haut et crux sur bi douloureux mal taillé.

Mention spéciale à Sylvain et sa dizaine d’essais consécutifs dans Flopinette 7b, préclippé du 4eme point (mais dit donc, ça serait pas le relais !!) : un bel exemple de persévérance, d’investissement personnel et de ….soumission à cet assureur qui le ramenait systématiquement au sol après la chute. Dans le série n’importe quoi, je connectais la même voie avec la fin de Bar tabac l’autre 7b, pour un trav sympathique qui double presque la durée de l’escalade ! Yves lui, perdit toute cohérence dans ses propos, après avoir suffisamment râlé en trainant la patte lors les précédentes séances à la DJ, il a suffit qu’on lui propose une alternative enchanteresse pour qu’au dernier moment, il décommande, pour justement retourner….à la DJ…il ne fait pas bon vieillir…
En guise de sortie de fin d’année, j’offris aussi à quelques privilégiés de lacuvette une virée "découverte" dans un spot qui fleure bon le rocher vierge qui croustille, les points tout neufs qui brillent et le "a vue" comme on en connait plus.

Oliv et Sylvain rayonnaient de plaisir dans Emerald Land 7a technique, tandis que j’explorais, en plus, la très rési Année de la cigogne 7b+ et Jump do it 7c dont le jeté de départ nous laisse toujours dubitatifs !

Et comme tout le monde y va de son cadeau, citons François qui dans sa falaise d’adoption Autoire, s’acharne dans Frater Dolorosus, surement 8b+, qu’il a ouverte en hommage à un ses potes égaré en pays lacuvette, Ludo P. C’est beau la grimpe…sous des airs virils, ils sont tous romantiques ces grimpeurs, surtout dans l’ambiance torride des douches, là où les savonnettes n’arrêtent pas de tomber…

Idem pour Planete Bloc, célèbre fabrique locale de mulets qui, dans un élan de générosité (qui a dit que j’ai pris ma douche avec le gérant…) a décidé d’aider lacuvette dans sa quête désespérée de force et de puissance, en offrant une conséquente réduction à toutes nouvelles tronches se réclamant du team…pour plus d’infos, prendre contact…
Et comme toute les bonnes choses ont une fin, ce fut suite à une ultime visite à Poubelle land, le mur de l’angoisse des Vouillants que je devais troquer mes chaussons pour des proto de tongs de plage eb (talon d’enfer pour se maintenir sur le transat). C’est ainsi que j’ai clos une trilogie de 7c "qui payent pas", après NSA à Espace Comboire et Les raisins de la colère à la DJ, je clippais enfin, plusieurs années plus tard, plein d’émotion et en sanglots (mon coté sentimental…), le relais des Armes du plaisirs…
Satisfait, j’ai maintenant le slip de bain et le bob Ricard qui me démangent. J’aurai même pu redonner ses lettres de noblesse à ma perche, au bout du ponton, mon épuisette à la main…mais ce fut sans compter les supplications d’Oliv et Sylvain pour la leur laisser !!!
Rendez vous mi Juillet, avec du sable plein les orteils, des doigts ramollis par trop de bains de mer, et le cheveu décoloré par de longues attentes de "la vague", au milieu de l’eau salée…

dimanche 15 juin 2008

Tous égaux

Ce ne peut être qu’une hérésie, un mensonge socialement correct, une ineptie qu’on se rabâche comme pour se donner bonne conscience. Mais devant l’éternel, on est vraiment loin d’être tous égaux, et encore plus quand on parle de grimpe. Par exemple, il n’a fallu que d’un peu de finesse blonde dans ce monde de bourrins, pour que, de nouveau, rires et sarcasmes s’acharnent sur le complexe de ma vie, ce quintal qui me suit depuis l'enfance.
Deux grands yeux écarquillés, plein de compassion et épris de pitié, et une petite voix qui me lança ce destructeur "Pas possible… mais c’est incroyable de vouloir continuer à grimper avec un poids pareil…". Ce fut sous ce tonnerre d’encouragements que je ratais mon essai dans les compliquées et très à doigts armes du plaisir, un 7c des Vouillants qui n’est pas prêt d’être décoté.

Toute la réflexion pour mettre au point ce talon et ce croisé surnaturel à faire saliver d’envie l’esthète du geste qu’est François, (ici encore, dans ses oeuvres, à Autoire) n'a suffit à combler mes lacunes physiques.

Entre nous, de finesse, elle n’en a que l’apparence, car quand on la voit serrer les prises et nous mettre des buts à Planet Bloc, on en vient à se demander qui, de nous tous, est vraiment le plus bourrin. Et ce n’est pas sa démonstration dans le pas de bloc retors de Bras zero, 7a qui nous fera changer d’avis ! Avec des doigts tout fins qui peuvent arquer les non-prises, un poids plume qui fait se jouer des effets de la gravité, une grâce qui nous laisse béats d’admiration, un vocabulaire infiniment plus riche et varié que les simples "fait gaffe, je vais me la mettre", "putain j’ai zippé" ou "j’suis daubé", et surtout une intelligence nettement supérieure, la notion de sexe faible semble définitivement s’inverser quand on parle d’escalade.
Jusqu’à présent je n’avais jamais fait le rapprochement entre sport et escalade. Je voyais dans cette activité un caprice de citadins en mal de nature, une activité pour se la péter, parce que ‘ça craint, c’est dur et faut un vrai mental’. C’est encore Oliv qui me fit descendre de mon petit nuage, quelque part au dessus de l’île aux enfants, ce pays ou tout le monde est beau et gentil. Comment expliquer qu’au bout de 3 mois de pratique il court déjà dans le 7b, et que d’ici 3 autres mois, il me mettra les paires en ricanant dans le 8a, en no foot et à l’échauff ? J’aurais déjà du prendre le temps d’analyser le comportement bizarre de quelques uns des membres de lacuvette pour me rendre à l’évidence. Bruno, qui saute tous ses repas de midi au profit d’une séance de pan à Planet Bloc…y aurait-il un lien avec le secret de sa conti éternelle ? Yves, qui passe ses journées à arpenter les rues de Grenoble en vélo…le ferait-il simplement pour peloter des mamies sur le retour pour de soit-disants mal de dos ?. Cela n’expliquerait-il pas le fait qu’il nous mette toujours plus de 20 minutes dans la vue lors de la marche d’approche de la DJ (sauf quand il se perd…) ? Sylvain ferait-il de la rando comme un fou l’hiver pour, en plus de craquer les élastiques de son baudard au printemps, pouvoir exploser le moindre des rétas croisés sur sa route ?
Il n’y avait guère qu'en Ludo que je me retrouvais, avachi sur son canapé, un verre à la main en train de regarder Roland Garros, et dont la seule activité physique se résume à monter les escaliers chaque soir pour aller se coucher. On partage la même crainte des voies trop longues, la même abscence de marge et la même agonie dans chacun de nos essais…comme ce samedi à la DJ où il randonna Last Day of Humanity 7b+ avant d’avoir le souffle court dans la Psychose, 7c+ étrange et envoûtant.
Idem me concernant, fébrile et en manque d’autonomie dans Eternal Caravan Of Reincarnation, 8a majeur, varié mais….long toujours un poil trop long !!!
Et comment pourra-t-on s’en sortir avec les nouveautés de plus de 50 m, amoureusement concoctées par notre Ludo P du coté de l’ED Wall et de la Grande Arche ??
Tout s’éclaira quand Oliv, au bout de son 15eme essais de la matinée (et toujours sans le moindre signe de fatigue) dans la très belle dalle en 7b de Puppet Master, nous annonça qu’il était juste à peine chaud pour tenter de battre, dans l’après midi, le record du monde de rameur en salle : plus de 8000m en 30minutes …C’était donc ça, il suffirait de faire du volume !!!!!
Aller, viens Ludo, on se laisse pousser les cheveux, on se teint en blonde et on se met au vélo d’appartement (non, laisse tomber, pas un avec assistance électrique…)

dimanche 8 juin 2008

Retour à l'anormal

Tout rentrait finalement dans l’ordre, les vicissitudes récentes de lacuvette étant maintenant oubliées et leurs auteurs définitivement pardonnés. La course effrénée du mardi soir pouvait reprendre, une fois encore aux Vouillants, sous les caprices tempétueux d’un orage d’été. Oliv, méticuleux dans son entrainement, avec comme but inavoué au moins un 7b au bout de 6 mois de pratique (attention, plus que 3 mois !!), se lançait corps et âmes à l’assaut de Pan total, un 7b+ technique sur petites prises de la partie gauche du mur de l’angoisse.

Sa corde neuve fit les frais de son acharnement, dépassant largement les 9 chutes UIAA tolérées.

Chnaps, de passage, randonnait la même voie tandis que Sylvain, terrifié par la menace de l’orage (...séquelles d’une enfance difficile…) se contentait de faire de rapides repérages entre deux coups de tonnerre.
Et puis ce fut au tour de la longue procession du samedi, à l’aube, colorée des ponchos multicolores. Elle décorait de nouveau la longue marche d’approche de la DJ, une file disciplinée de 8 grimpeurs d’où se détachait la cape de pluie jaune fluo d’Yves, souvenir d’une époque lointaine où il fut maillot jaune, quelques jours durant, du tour de France cycliste.
Quelques signes avant coureurs auraient du nous mettre la puce à l’oreille. Ce chauffage qui s’était subitement remis en marche, ces jolis plants de tomates, amoureusement plantés il y a 15 jours et qui maintenant jaunissaient, se ratatinant et oubliant de grandir. L’hiver était de retour, et quelques un d’entre nous allaient renouer avec onglées, bonnets et grosse doudoune. Une week end de Juin comme on aimerait en voir plus souvent !!
Je souffrais toujours de ce syndrome post-traumatique, cette nostalgie du charme et de l’intensité de ces deux projets auxquels je m’étais finalement attachés. En quête de remotivation, la voie de la sagesse, incarnée par notre mascotte Francois m’avait simplement dit "trouve toi un projet qui te ressemble, mais simplement un peu plus dur que d'habitude"…Je décidais de suivre encore une fois son exemple, lui qui dans le même temps s’investissait dans un enième projet en 8b+ de la falaise d’Autoire.

Une pose toujours aussi parfaite, professionnelle, avec des wolverines bien mis en valeur, un torse subtilement virilisé par l’ajout de poils factices, les cheveux teints en gris pour le coté intellectuel et expérimenté…Une classe que l’on espère appréciée de Monsieur eb, qui n’a toujours pas daigné donner signe de vie depuis l’éloge qui lui a été consacré.
Je fouillais au plus profond de ma mémoire, j’épluchais mes topos en quête d’une voie à mon image et qui serait donc petite, grosse, grasse, d’une simplicité enfantine et pas bien belle. Et puis, fidèle à mon esprit de contradiction, une idée saugrenue survint lorsque le Ludo se fit pressant pour poursuivre le sentier, jusqu’à la grande DJ. Chat noir chat blanc, 8a, encensée récemment par Martin qui livra de beaux combats dans cette ligne d’ampleur, longue, variée et esthétique. Elle me ramenait quelques années auparavant avec des flashs douloureux, d’un bi loin, très loin qu’il faut remonter haut, très haut et qui fait mal, très mal. Une suite ardue, complexe pour virer dans de bons trous (d’ailleurs Martin, si tu as une méthode dite du faible à ce niveau...) avant de s’exploser sur la colo finale ou blocages pieds à plats prend tout son sens… Je savais que ma mémoire avait une tendance aigue à l’exagération, c’est surement pour cela que j’affirme souvent sans rougir que c’est toujours sec (comme se matin), que lacuvette dispose des plus belles falaises du monde et qu’en plus un micro climat local permet d’y grimper en bonnes conditions toute l’année. Tous ces souvenirs contenaient leur part de vérité, sauf qu’ils avaient omis de retenir que toutes les sections étaient….envisageables ! Reste à faire quelques sorties vélo avec un peloton composé d’Oliv, Yves et Bruno pour choper un peu de conti et ainsi pouvoir valoriser les repos, gages de pouvoir arriver serein dans la sus citée colo !. Le plus dur sera de motiver le reste de lacuvette pour ce secteur, qui laissa pantois Bruno dans Last Day of Humanity, tout comme Oliv, qui pris mal au coup rien qu’à force de lever la tête pour contempler cet immense mur !!! Peut-être Ludo qui renoua avec le bon vieil adage des voies exigeantes de lacuvette "même le nez sous le relais, tu peux encore te la coller" (pas vrai Martin !) en ratant ce 7b+, la main sur la dernière règle.

Quant à Yves et Bertrand, toujours présents, après s’être assurés que le dernier mouvement de Kingstom Karma 7a+ était toujours aussi dur, ils se sont relayés pour enfin atteindre un relais, celui du dernier 7a du coin, conduite forcée, long, technique et vraiment sympa. Une performance qu’il convient de relever, puisqu’elle leur offre maintenant une véritable perspective d’enchainement dans ce haut lieu de la grimpe !

dimanche 1 juin 2008

Désillusion

Il est des devoirs auxquels le gendre idéal et le père modèle que je suis ne peut se soustraire. Surtout lorsque ceux-ci impliquent mes beaux-parents, les seuls inconscients qui se proposent spontanément, chaque année pendant les vacances, de nous décharger quelques jours de nos 2 petits monstres. Nœud de cravate parfaitement réalisé, chemise impeccablement repassée et me voilà fin prêt pour un samedi en société, qui, quoi qu’on en dise, s’avéra nettement moins pénible que l’après-midi que devait se taper Yves, derrière son petit chariot bien rempli, à courir après Madame dans les rayons bondés de sa grande surface préférée. Les liens sacrés de la famille sont aussi ceux qui nous ramènent sur terre, nous ouvrent les yeux en nous faisant prendre conscience du monde spécieux qui nous entoure. J’allais en faire l’expérience ce jeudi, 30 secondes après avoir envoyé aux membres de lacuvette un mail pour prévenir de mon indisponibilité samedi, au profit d’une courte séance dimanche matin. On m’avait pourtant suffisamment mis en garde… c’est dans l’adversité que se révèlent les vrais amis…j’en tombais de plus haut encore. Alors que je m’attendais à des témoignages de compassion, d’un élan de masse pour que tous décalent leur créneau de grimpe par solidarité, je vis s’échanger des mails pour s’organiser sans moi, tout en se réjouissant de ne pas devoir se lever si tôt et de n’avoir personne pour ravaler discrètement les cordes, couper les rallonges et oublier la perche dans le coffre de la voiture. Le coup de grâce vint en pleine cérémonie religieuse, quand je reçu ce SMS de Ludo, m’informant de sa réussite dans le fameux Gare aux Loup 7a+ à la DJ !!! Mais comme on ne peut jouer impunément avec les justes, ni lui ni Bruno ne réussissaient à trouver les méthodes du long, technique et vraiment redoutable Pont de Londre, le 7b+ du sublime mur gris de l’Ed Wall. L’histoire ne dit pas si Yves a enfin vu la couleur d’un relais à la DJ, mais à en croire le silence qui règne autour de la personne en ce début de semaine, je crains qu’il ne doive encore patienter…
Dans le même temps, Chnaps, à Espace 2000 réalisait l’une des toutes premières répétitions de notre the fly locale : prises inexistantes (faut maintenant en profiter, elles sont généreusement marquées !) et ampleur démesurée pour un 8a de 3m de haut, avec le départ préclippé du 2eme point pour une voie qui n’en compte que 3… L’inévitable mutant de la croute, Quentin Toufic, FA-tait vite fait bien fait le tout dernier (gros) 8a d’Espace Comboire, Nanouchka, dans la belle dalle du secteur extrême gauche. Avis aux curieux…
Finalement, je ne dus mon salut qu’au doigt gonflé de Sylvain et à la panne d’hélicoptère d’Oliv. Au bord de l’arrêt de travail pour s’assurer d’une bonne récupération, Sylvain décidait de s’octroyer un jour de repos supplémentaire et de reprendre tranquillement ce dimanche. Oliv, encore plus optimiste que moi sur notre micro climat attitré, en a eu marre de poireauter pour une hypothétique éclaircie permettant son baptème d’hélico, et s’est finalement résolu à venir grimper.
Bref, ce fut pour nous trois une reprise, aux Saillants du Gua…car je ne compte la séance loose de mardi dernier, lorsque la mousson et les déplacements professionnels nous avaient contraints avec Ludo à nous rabattre sur Jimmy Cliff, sur le coup de 19h pour racler les soit disants 2 voies en 7 du secteur. Une falaise, un équipement, des coups de perfo et surtout des cotations on ne peut plus étranges et surréalistes, pour une falaise qui ne nous reverra surement jamais plus…
La mousson étant toujours de mise, on s’orientait donc pour un bon bourrinage sur prises beurrées, le torse luisant de sueur et la respiration haletante. Oliv renoua avec la grimpe en tête, dans le joli 5+ de Délicate et saine, avec une éthique sans faille (ni perche, ni rallonge, ni préclippage) qu’on aimerait voir plus souvent, avant de serrer les croutes de Nabbucco ancien 6c miraculeusement 7a-isé pour cause de ré-équipement.

Sylvain sua à grosses gouttes dans belles et putes, un nouveau 7a+ doté d’un crux sur prises plus que douteuses, sur un caillou qui ne le méritait sans doute pas

J’y allais aussi de mon graissage de prises dans belles et buts, 7b physique dans le bas et l’utime saillie du gua, 7b+ à peine plus dur, avec 2 pinces rendues difficiles à serrer par la moiteur ambiante. Deux voies pour un thème commun, dur en bas, dur en haut et avec un milieu qui ne sert à rien (repos total)
On retiendra qu’il y en a sur qui l’on peut définitivement compter, comme sur ces membres de l’ECI qui ont agrémenté de nouveautés ce secteur du spot à Rolo (topo dispo sur place), mais aussi et surtout, sur celui qui sent bon le lavandin, qui parle comme une cigale et qui réchauffe nos cœur comme un soleil du sud…notre petit Bruno, exilé pour un temps, qui nous prépare la fiesta de l’année pour son futur mariage…ben là, t’es grillé, faudra tous nous inviter, en commençant par nous payer un coup lors de ton prochain passage en terre lacuvette !!!!!

lundi 26 mai 2008

Sensations fortes

"Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage"...(que force surtout !).Face aux lions qui s’enfilent à la pelle des 8a, petit, faible, gros mais patient tel le rat, je ne comptais plus les essais dans ces 2 voies, pourtant simples et modestes 7c. Il y a d’abord NSA à Espace Comboire, débonnaire vue du bas mais qui réserve une petite vingtaine de mouvements intenses, complexes au point de laisser pantois le visiteur.
Et puis à force de travail, de sensations, les gestes se précisent, la traversée s’apprivoise et les essais commencent. Chaque mouvement est en lui-même un challenge, et chaque avancée devient jubilatoire, jusqu’à ce dernier blocage, loin, toujours trop loin pour atteindre cette mauvaise épaule main droite, qu’il faudra encore valoriser. Une perle de rési comme seul espace peut en réserver, des gestes comme il n’en n’existe nulle part ailleurs… L’autre si justement nommée les raisons de la colère à la DJ, longue, très longue, avec cette colo centrale difficile à travailler, et surtout ces deux dernières prises difficile à serrer si loin du sol. Avec des pieds trop haut qui ne laissent que peu de chances pour tomber sereinement sur le plat main droite avant d’amorcer le réta salvateur.
Et puis, le rituel précédent l’essai, le seul vrai essai, celui après lequel on ne cesse de courir. Comme le disais un pote footeux, avant de se reconvertir au coup de boule sur ritals à grande gueule : "j’aime ces moments là. On est là tous ensemble. Les regards qui se croisent. C’est toujours les mêmes gestes, d’abord la jambe gauche, toujours. Chaussette, chaussures (y voulait plutôt dire chaussons, eb), puis la jambe droite, puis une gorgée de Volvic"…Ce jour, unique, où même ces premiers gestes paraissent plus simples. Comme une prémonition, le chausson s’enfile parfaitement, l’assureur dépose un baiser paternel sur notre front dégarni, les premiers pas se suivent sans heurt, rapidement et avec précision. Et puis, un dernier geste nous fait sortir de cet état second, celui où l'on se retrouve le relais en main, réveillant nos instincts les plus primaires. L’ivresse de la réussite, le sourire niais du gagnant…et le petit regret de tourner une page, de quitter cette voie a laquelle on s’était finalement attachée…
Comme Chnaps qui versa sa petite larme ce mardi soir, après sa démonstration de marge (et de rallonges…record battu avec celle mise depuis le relais…au moins 6m !!!) dans A titre costume 7c+ sur croutes à Espace toujours. Il clôt ainsi son histoire avec le secteur KGB et court maintenant après l’intégrale du bas….il te manque Requiem 7c…dépêche toi si tu ne veux pas qui te faire coiffer sur la ligne puisqu’il ne me reste que CIA le 7c+ qui parait-il est 2sup et Je t’aime le 7c dans lequel mon (gros) cul reste désespérément collé au sol…Tout ça sous le regard de Sylvain qui ne va pas tarder à cocher son premier 7b dans le secteur, avec Etat d’arrestation, avant que suive le mythique larme à l’œil 7b.
Yves aussi, eut son samedi riche en émotion, puisque d’une moitié de voie la semaine dernière, il parvient maintenant au 2/3 d’une autre voie, le plus long 7a+ de lacuvette avec Gare aux loups, du mur technique du ED Wall de la DJ. Pour ses 65 printemps, nous lui avons offert une petit séquence souvenir, pour se remémorer son passé d’alpiniste : tu as pu faire un relais au 1er point du Bonheur tranquille 7b, tu étais fiers de nous montrer comment vous, les vrais, les anciens, ceux qui en ont, réalisiez manip de corde et autres mouflages !!!! Bertrand et Jean-Yves profitaient honteusement de ton relais confortable pour cocher le reste de la voie.

Tout ceci ne serait possible sans ces travailleurs de l’ombre, ces ouvreurs courageux, en particulier notre Ludo P qui, épris de pitié jeudi, en voyant Bruno et Sylvain bien en peine pour s’assurer correctement dans l’ED Wall, a du passer sa journée de vendredi pour couper les arbres et ré-équiper le mortellement engagé Al Amdullilah, 7c dalleux, qu’on va maintenant s’empresser d’essayer !!
Nous n’aurons de cesse de te remercier pour ces tranches de vie que tu rends désormais possible…mais ta présence en ces lieux laisserait-elle augurer de nouveaux projets ? Espérons que certains seront accessibles au commun des mortels de lacuvette...
Et enfin bravo à la légende de la Roque pour sa croix dans le temps des gitans 8a, un enième succès du à son approche méthodique et rigoureuse du secteur, ainsi qu’à Martin qui, pour que je me sente moins seul, à trouver le moyen de rater l’autre 8a, chat noir, chat blanc, la main dans l’avant dernière prise !!