On en avait vaguement parlé, sur un coup de tête, sans se prendre au sérieux. Mais, à force d’éloges de
Sunny et
Toufic, purs mutants locaux de la force, d’articles encenseurs et émouvants de l’inénarrable et prolixe Foué dans de le plus sérieux des magazines officiels, l’idée a lentement mais surement fait son chemin. Et puis, il a surtout eu ces harcèlements incessants de notre voisine du bureau, venue troubler l’ambiance tranquille, feutrée et studieuse du service. Ses litanies quotidiennes, à vanter les mérites des spots comme Lacapelle, St Just ou Ailefroide et sa frustration à l’idée d’enfiler un baudrier et de grimper plus de 5 mouvements d’affilée ont eu raison de nous…avec Franck, nous avons succombé…
Ce mardi marqua notre première expérience troublante dans cette vallée qui concentre ce que nous connaissons de plus austère,
Rioupéroux.

Plein d’apprioris, d’images surfaites de fin du monde, nous pénétrions dans l’obscurité inquiétante de ses hameaux perdus…Gavet, Rioupéroux, Livet…de ces villages sombres et déserts, émanent une réelle et indescriptible angoisse, sortie tout droit de vielles légendes qui semblent hanter à jamais ces lieux maudits. Tandis que défilait ce paysage sépulcral, la tension montait, réveillant au passage de douloureux et lointains souvenirs de rupture de ligaments croisés lors d’un ultime essai dans le Toit du cul de chien à
Bleau. Même si quelques rayons de soleil léchaient péniblement les entrailles de ce fond de vallée encaissée, l’atmosphère resta particulièrement pesante, comme cet accès au parking du secteur edf, à la tombée de la nuit, où les ombres macabres des immenses sommets environnants nous étreignaient. D’abord, la traversée du pont instable, le bruit sourd de la centrale désaffectée, doublé des cris violents de la Romanche, puis les barbelés, les grilles rouillées, flanquées d’un funeste panneau "accès strictement interdit"…une odeur de mort …oppressés….mais plus que jamais motivés !
Question d’habitude surement… nos chers
Vouillants seraient-ils tellement plus hospitaliers ? Est-ce l’atmosphère plus amène des poubelles, qui, en ce même jour a retenu
Sylvain et Jean-Yves, pour taper des essais dans le pourtant très bloc
Frites burger 7b, revu et corrigé par la fin de sa voisine de gauche, avec des raccords de sika pour les pieds, et un point supplémentaire pour se protéger des derniers silex sous le relais ? L’occasion pour eux aussi de réviser leur connaissance en anatomie dorsale, en assurant le musculeux
Marc, qui les a gentiment gratifier de deux "jacquetteries" du plus bel effet, deux ratasses, le nez sous le relais, dans le tout nouveau
Enfer du décors 8a, première partie
d’Avec vue sur la merde possible 8b (…des noms évocateurs pour laisser songeur)….la peur de la réussite et surement l’envie de refaire une dernière fois ces belles sections rési et physiques.

Rioupéroux donc, passés les abords sinistres, les blocs se sont ouverts à nous. Au grès des secteurs,
Zeghema Beach, le très sympa
bloc de l’Oisans du
Centre ville, puis
EDF, le charme commença à opérer. Un grain agréable, suffisamment adhérant sans agresser la pulpe fragile des nos doigts manucurés, des préhensions étranges, incroyables, faites d’angles, de plats, de règles, le plaisir de se donner à fond, de tenter à n’en plus pouvoir le même passage, de caresser ces prises jusqu’à réussir à la valoriser, d’apprivoiser ces profils inconnus, un concentré de l’essence même de la grimpe, jeter, jeter et encore jeter !!….pour se retrouver finalement debouts, au sommet du bloc, sereins, comblés, épuisés…

On regrettera peut-être la voiture pour changer de secteurs, la faible fréquentation de certains blocs qui a laissé la mousse refaire son œuvre, le pied exigu et le confort restreint de certains chaos…
Et pour finir en apothéose, il s’est partagé un délicieux gâteau, fort au chocolat, ou plutôt un galette si l’on en juge par son épaisseur…il ne manquait plus que les bougies, les nombreux et mérités cadeaux , et les voix viriles et rauques de tous les membres de Lacuvette entonnant le traditionnel "joyeux anniversaire"…
Et si, pour mes 22 ans, vous m’offriez tous un crash-pad ?