lundi 26 avril 2010

Débandade

Position d’équilibre instable…J’ai toujours admiré ce concept, digne d’un esprit supérieur des plus tordus. Une invraisemblance qui n’aurait jamais dû exister. Un savant mélange de tout et de son contraire. Un bref instant où tout semble soudainement possible, malgré des milliers de tentatives infructueuses jusqu’alors. Juste de quoi suffire à lâcher une main et réussir ce mouvement improbable….
Mais à la moindre perturbation, l’équilibre finit par disparaitre. Des années de travail et de persévérance finalement si fragiles. Il aura suffit de seulement quelques malheureux jours passés à me ressourcer en pays FT. Pendant que je me nourrissais de sa sagesse et de son énergie, voilà que mes cuvettards essuyaient d’insidieuses attaques à leur frêle équilibre. Le ver était dans le fruit, je l’avais pourtant senti. Sous les traits avenants d’un grand-père grisonnant et charmeur. Mais j’avais sous-estimé le pouvoir démultiplicateur du skieur frustré qui doit accepter la dure réalité du printemps, de la fonte des neiges et des falaises qui reprennent leur juste place. Yves avait donc réussi à en détourner plusieurs du droit chemin, leur faisant miroiter des trésors du coté de St Pancrasse. 2 semaines passées là haut, pour un bilan remarquable et riche en couleurs. Bertrand qui fait la seule dalle de l’univers faisant passer Mouries pour de la randonnée pédestre, Power 7a+. Bruno qui fait l’interminable mur de conti que le monde entier nous envie, crux tassé 7b+, 3m de haut à tout casser. Jean-Yves qui fait la ligne d’ampleur qui n’a rien à envier à Biographie, Duck dix 7b. Sylvain qui ne fait…. rien…Yves qui fait de même, mais après travail...rien aussi…Roulement de tambours et tonnerre d’applaudissements !!!!!
Schnappi et Lol en restent encore dubitatifs !

Ils sont même montés sur place, pour constater le carnage de leurs propres yeux. Martin en profite pour croiter Allée lumière, le 7c du Bastion qui méritent bien ses baffes, tandis que les deux autres se sont essayés à Autopsie, qui apparemment pourrait se faire sans la prise taillée, pour une cote passant de 7c+ à 8a.Certes St Pan regorge de quelques lignes dans lesquelles le cuvettard se doit de faire ses armes...mais seulement, lorsqu’il fait ses premiers pas, quand il sort de jupes de sa maman et s’aventure sur une autre falaise que sa chaise haute. Sinon, autant garder ces voies pour y emmener nos futurs petits enfants, lorsqu’ils nous sortiront du sanatorium tout proche de St Hilaire.
A la rigueur, quand on habite à coté, on comprend que comme Foué et Luca on profite de coup de téléphone de madame à ses copines pour s’éclipser et réaliser rapidement Pump up…the jam et Chasseur de prises pour le premier ou encore Pump up…the jam et le fou des échecs pour le second…toutes 7c. A la rigueur s'il avait été question, en cette période, d'une autre bonne raison à aller emprunter ce long chemin d’approche…
Même GrandLudo s’est trouvé dégénéré par ses 2 dernières semaines. Malgré Chasseur de prises, pliée juste avant lui à la manière des filles qui serrent des non prises par Estelle, Allée lumière et Crux tassé, toutes les 3 quasiment flash, le voilà complètement occis et vidé après un seul unique et misérable petit essai ce samedi dans le 7c de nulle part et ailleurs à Espace Comboire !Ceux qui n’ont pas croqué la pomme ne le regrettent pas. Martin réussit coups sur coups, A titre costume et KGB le deux premiers 7c+ du triptyque du secteur du bas à Espace Comboire, avant de faire son second 8a sur la vire, avec le Baiser bleu. Schnappi plie Dégénération et les Négresses vertes, deux 7c+ complètement différents aux Saillants du gua, puis Ruptur 8a, dans la séance, au Glésy. De quoi suffisant s’affuter pour aller se frotter à l’une des futures bases en 7c+ de LaCuvette, le blaireau tiqua à Comboire 2….de là à dire que la cotation qui fait fureur, la seul en droit de réellement exister serait le 7c+...
Oliv qui ne cède pas à la facilité, s’en est allé à Tinadalle faire du 6a+ à vue et travailler sa pose de pied dans Tarzan, un 7c+ dalleux et exigeant. Ensuite il a voulu tester sa rési sur un pan naturel aussi dévers que celui de son garage, au secteur Roger Cageot de St Egrève. Le 8a d’Easy lady serait-il un de ses futurs projets ? Enfin, notre ex PBMaster a ressorti ses quechuas et son baudrier pour Espace Comboire. Un hôte de marque pour m’accompagner dans ma croisade sur la plus belle falaise du monde. Après l’intégrale du secteur du bas, c’est au tour du secteur extrême gauche, avec en prime, surement le privilège de la première de l’intégrale du secteur (…mais c’est facile quand on rajoute des nouvelles voies à sa convenance…) !! Il ne restait que cette dalle dans laquelle j’avais pourtant renoncé à poser des points, incapable de trouver la moindre prise. Et puis, en visionnaire inspiré c’est Schnappi qui s’y attela et Quentin Toufic qui fit le déplacement pour la FA de ce qui fait partie des plus belles dalles de LaCuvette. Une section bien bloc en bas et surtout une suite redoutablement rési qui renoue avec le style exigeant, contraignant voir presque douloureux pour les doigts qui n’en finissent plus d’arquer. Un petit air des dalles des Lames pour cette Nanouchka, sublime 8a, qui a même donner envie à Nico d’aller s’acheter de vrais chaussons !
Et pour ne pas débander du style, imaginez un petit ventre gris, quasiment ablonesque, avec comme petite touche LaCuvette la nationale 30m au dessous. Un rocher tout neuf, des pseudos cannelures agressives, avec une légère poussière post fonte des neige...pour de belles lignes bien à doigt et bien techniques, que Michel eu la gentillesse de me faire découvrir. Quelques morceaux de choix dans un secteur oublié de Crossey 1 avec Pims Tintin, 7a, le retour 7a+, le très beau 7b de l’Os et Scaphoide 7c.
Et dire qu’il y en a qui après St Pan sont allée débander à la Goulandière ce samedi
Mais heureusement, demain sera un autre jour…

mardi 13 avril 2010

Mythe ou réalité

Cela faisait près d’une demi-heure que j’avais quitté la nationale 20 pour m’embarquer sur une route des plus sinueuses. Je n’avais pas croisé âme qui vive depuis. Ce qui en soit fut plutôt une chance, car l’étroitesse de la route aurait rendu la manœuvre périlleuse. J’étais sûr d’être sur la bonne route, puisque de toute manière, il n’y en avait pas d’autre. Simplement quelques vieux sentiers caillouteux mal entretenus et parfaitement impraticables pour tout véhicule de notre siècle. Sur ma gauche, une interminable forêt de petits chênes encore tout groguis suite à un hiver rigoureux. Sur ma droite exactement la même chose. Derrière moi un vallon caillouteux, un peu comme celui que je voyais maintenant poindre au loin, droit devant moi. Sur le siège passager j’avais sorti la carte IGN du coin ainsi que le coupon d’invitation et le pass VIP reçus quelques semaines auparavant.
Ce devait être la rançon du succès, mais ça ne m’empêcha pas d’être surpris à l’ouverture de l’enveloppe. Et puis en y réfléchissant, pourquoi ne partager quelques unes de mes expériences. "Cher Monsieur, comme chaque année nous organisons un sommet international sur la place du Sumo dans le monde. Cette année une des thématiques tentera de répondre à une question essentielle : le sumo peut-il être un grimpeur comme les autres ?....". Je passe les autres détails et les formules de politesse. Ma curiosité malsaine et mon attirance déviante pour tout ce qui semble incongru m’avait poussé à accepter.
Bref, je roulais un direction du lieu dit Moulin de Cougnaguet. J’avais pris soin de faire quelques recherches sur le net pour en savoir plus sur cette dénomination si poétique. Mais je voyais déjà ce qui avait poussé les organisateurs. Une subtile petite pique comme pour dire que grimpe pour aussi rimer avec culture, histoire ou art, et pas uniquement avec décharge, zone commerciale ou autoroute périurbaine. Je sentis un frisson me parcourir le dos, ils semblaient savoir comment toucher une de mes cordes sensibles. Mon esprit souriait à l’idée de relever un tel défi. J’appuyai sur l’accélérateur et finis par arriver au lieu dit. Pas de surprise, il était tel que je l’imaginais. Un parking minuscule au milieu de nulle part, un cadre digne des plus beaux épisodes de la petite maison dans la prairie, une falaise à portée de main, et à peine à plus de 50m de la voiture, un caillou tout neuf avec des plaquettes dorées, scintillantes au soleil. Malgré l’accueil dépourvu d’hôtesses court vêtu, je trouvai rapidement ma loge. J’avais amené mon plus beau ruban pour nouer mes cheveux. Je confectionnai un superbe chignon et enfilai mon plus beau mawhisi, porté par des générations de sumos et hérité de mon père, qui lui-même l’avait hérité de son père, qui lui aussi l’avait…en résumé le string de toute une lignée d’hommes, remontant jusqu’à des temps immémoriaux.
Orné de mon plus bel apparat, je suivais l’ordre des ateliers, prêt à intervenir et surtout à faire démonstration des aptitudes insoupçonnées du Sumo dans ce monde qui lui est pourtant si hostile. La première table ronde posait la question récurrente : le sumo est-il un être doté d’intelligence ?. En guise de démonstration on m’avait préparé une dalle grise d’une trentaine de mètres, nommée Le tueur tournesol. Un rocher parfaitement compact, truffés de trous tous plus mauvais les uns que les autres. Un profil non sans rappeler certains murs des Lames, ce que personne n’avait du savoir ici. Je partais donc confiant, encouragé par des assureurs aux paroles rassurantes. "Ouais tu peux la faire, mais que si ca te fait rien de la rater à vue", "Euh, fais gaffe, les points sont mis n’importe comment, la voie passe jamais dans l’axe", "en plus, c’est jamais fait, tu verras aucune trace de cake ni de gomme" et enfin "fais la manip en haut, j’irai pas récupérer les paires, j’ai jamais réussi à enchainer ce p*t*in de 7a+". En pleine connaissance de cause, je parvins au crux, prenant soi de repérer 3 maigres prises de pied qu’il serait aisé de charger, vu la puissance de mes cuisses surdimensionnées. Avec un peu de chance, je travaillai quelques non prises alvéolées en inverse, pour parvenir au bac final et clipper la chaine. J’attendis un silence atteindre la foule, prenant subitement conscience de l’irrationalité de leur vision.
Fort de ce premier succès, je rejoignis le second thème : le sumo peut-il tenir des croutes ? Avant de commencer, j’avais envie de rajouter "et de les bloquer au genou avant de jeter sur le bac suivant", mais je me retins, de peur de vexer les organisateurs. Cette fois ci se dressait devant moi une petite baume déversante, plutôt pauvre en prises, suivie d’une dalle fissurée qui, je le savais ne serait qu’une histoire de placements, comme j’en avait déjà fait des milliers. Sniper 7c, un nom à se faire descendre au premier pas de bloc violent, et très à doigts. Quelques mauvaises règles pour atteindre 2 mauvais bi verticaux. Mes gros doigts boudinés les saisir dans l’élan, en tendu, dans la zone la plus renversée de la baume. A la limite de la rupture, j’entamai un rapide montée de pied à l’arrach, et jetai sur une rampe verticale. 2 gros talons plus tard, pour parvenir à faire les derniers gros blocages, j’avais atteint le repos. Ne restait plus que la dalle du haut, qui s’avéra aussi technique que prévue…Le sourire aux lèvres, j’étais miraculeusement parvenu au relais, sous les yeux ébahis de la foule. Je fermai les yeux, comme pour secrètement remercier Oliv et sa méthode d'entrainement révolutionnaire... Et à vue s’il vous plait, un vrai à vue, avec plein de petits points blancs préalablement placés sur les prises clés par un Mimichouchou dévoué, qui en plus de m’avoir laissé ses paires en place m’indiquait les pièges à éviter. Continuant sur cette lancée, il fallait maintenant montrer que le sumo pouvait aussi faire preuve de ruse. Qu’il était capable de capacités d’adaptation face aux situations les plus inattendues. Ca commenca avec le nom, aro snavi rutabaga. Je n’y comprenais strictement déjà rien. Quel sens pouvait donner un équipeur au nom de sa voie ? Je m’étais toujours posé la question, trouvant qu’il serait tellement plus simple d’utiliser des numéros.L’incompréhension s’amplifia, lorsque je découvris la ligne. Un départ dans une voie, une traversée quasiment à l’horizontale sur une vague rampe et une sortie dans une autre voie. Un profil quasiment inconnu, puisqu’en pays LaCuvette, cette pratique est strictement bannie depuis des lustres. Chaque ligne respectant ses congénères sans jamais en emprunter la moindre prise, laissant ainsi des œuvres originales intactes, que l’on pourra transmettre aux générations futures. Enfin, l’inconfortable perspective de piquer une FA en pays FT, rajoutait de quoi dupliquer mes facultés mentales et physiques. Alors que les mauvaises langues auraient rajoutées que 10 fois zéro, c’est toujours égal à zéro, j’étais déjà aux prises avec la rampe…quelques mouvements presque en redescente, une espèce d’esthétique reptation sans les mains au niveau du reta, un tatonnement à l’aveugle pour trouver le dernier bac caché derrière la rampe et me voilà fièrement au relais. Questionné par les spectateurs conquis, j’annoncai "p’être 7b" ce qui ne tarda pas à être confirmer par FT justement, et son fidèle ami Mimichouchou.
J’aurai du m’en douter, mais ca ne pouvait pas durer indéfiniment. Un des prochains thèmes aller finir par m’être fatal. Eclats multiples, 7b+ court, avec ces espèces de tris mal finis au perfo, de ceux typiques d’une salle de résine, avec lesquels il faut fermer le bras. Un de mes points les plus faibles. Le sumo n’a pas de force, c’est bien connu, depuis la nuit des temps. Je m’engageai de le crux, juste sous le relais, après plusieurs reculées en jetant sur les prises, la dernière allait signer le glas…incapable de lâcher une main pour clipper, je tentai un dernier jeté sur le trou, mais je ratai la préhension en semi verticale. Piégé par le profil surplombant, je n’eus pas le temps de réarmer. Et tout le poid de mon corps m’entraina irrésistiblement vers l’arrière. J’eus juste le temps de saluer la foule avant de choir au bout de ma corde. Le succès du premier essai, dans la foulée, suffit à briser la légende d’invincibilité, laissant transparaître ces plus terribles faiblesses ancestrales.
Le summum allait finir par arriver. En fin de séance, on m’obligea à me plier au supplice de la rési, dans la mort du nombre, un 7c étalon…Mon coté maso ne me fit pas courber l’échine. Plein d’espoir je me lançai dans la section finale. 15 mouvements, avec un crux tout en haut. Des mauvaises règles, des pieds inexistants pour amplifier la douleur et l’impossibilité totale de lâcher une main pour clipper ou pour souffler…Malgré tous mes efforts, j’explosai en vol, au 12eme mouvements, incapable de serrer la dernière règle…
La démonstration fut sans contestation possible. Le sumo n’en demeure finalement qu’un homme comme les autres, avec ses forces et surtout ses faiblesses. La vie lui semble possible, même dans un milieu aussi hostile que celui des humains. Il peut parfaitement s'adapter et feindre les mêmes sentiments, prendre les mêmes habitudes. C’est sur ce constat édifiant qu’une des plus grandes sommités locales, une élite de la société des érudits brivistes, au même titre que Patrick Sebastien, Mimichouchou me remit l’une des plus hautes distinctions internationales, le 1er prix sumo toutes catégories Sumo.Il ne me restait plus qu’à prendre congés de mes hotes, en particuliers du serviable et toujours très attentionné FT, aux initiatives toujours les plus inattendues et à l'infatiguable boulimie d'équipement de voies nouvelles. Je m'en retourne maintenant en pays LaCuvette tenter de convaincre que là bas aussi, le sumo peut avoir une place…

samedi 3 avril 2010

Une page

...se tourne. Le livre se referme. Le rideau est tombé. La coupe est pleine. La boucle est bouclée. Et mon verre est vide !
Nous profitions d’une courte fenêtre météo avec Oliv pour un énième pèlerinage sur la vire du secteur KGB à Espace Comboire. Près de 9 ans plus tôt, nous étions déjà là. Il n’y a pas de hasard, et les coïncidences ne sont finalement jamais si étranges. Déjà à l’époque, nous devions jongler avec les caprices des giboulées. Sous une averse de neige, j’allais connaitre un de mes premiers émois sur la vire, la confirmation d’une histoire d’amour avec cette falaise, et aussi avec Oliv… qui me supportait déjà, et réciproquement. KGB, un nom qui résonnait et résonne toujours comme une base de LaCuvette. Malgré mon jeune âge et ma croissance à peine terminée, j’étais déjà marqué du seau du rusé cuvettard. Mon manque de force naturel, m’avait contraint à ne pas utiliser la mauvaise pince grise au dessus du point…J’avais trouvé une grosse platasse verticale en remplacement. Mais comme elle m’éloignait trop à gauche, je ne pouvais utiliser la rampe verticale blanche, ni avec la main droite, ni avec ce talon que tous convenait de caler pour jeter sur le bac. Ma méthode consistait à prendre du balan, avec un pied gauche pratiquement à l’horizontal de la main, pour envoyer un gros jump de travers : l’éloge du pur cuvettard, dynamisme et détermination… Ce fut mon tout premier 7c+, avec Oliv aux encouragements. On s’était dit rendez vous dans dix ans. Même jour, même heure même, même pomme. On verra quand on aura 30 ans, si on est devenu des grands hommes…Entre temps Patriiick…euh non Oliv était devenu champion de France de rameur en salle et s’était converti aux méthodes d’entrainement des pires régimes de l’Est, ce qui lui permit de briller dans moult épreuves sportives toutes plus aberrantes les unes que les autres...à commencer par le triathlon d'Embrun.... Après de longues périodes d’égarement, j’avais enfin réussi à le ramener dans le droit chemin. Il y a à peine 1 an, il rechaussait des chaussons. Et en ce jour de mars 2010, nous étions de retour sur la vire. Les colos étaient parfaitement sèches, la température étonnamment idéale. Et comme la chanson nous fêtions tout juste nos 30 ans. Je nouai ma vieille corde, la même depuis 9 ans. Mes vieux eb recousus étaient toujours d’attaque. Je m’élançai sereinement sur ce mur qui a toujours fait partie de ma vie. Quelques mouvements sur une grosse colonne, pour arriver sous le surplomb. Les 2 pieds montés sous les aisselles, je laissai échapper le même grognement qu’Oliv quand je le fouette pour qu’il tracte d’un bras lesté de 10kg sur la plus petite réglette de sa poutre. Dans l’élan je parvins à saisir la lointaine règle sous le point. Une première, puis une deuxième relance main droite, avec un talon avant enquiller la fameuse méthode du faible : le coincement de genou. Un dernier gainage pour ne pas partir en porte, la main gauche sur un gros plat, un dernier mouv dynamique et j’étais sur le bac. Je restais immobile, près d’une minute à intérioriser et savourer ce moment de bonheur intense. J’étais venu à bout de CIA, l’autre 7c+, jouxtant KGB.

Cia 7c+ from Lacuvette on Vimeo.


Je cochai ainsi l’intégralité du secteur du bas, coiffant in extremis et sur le fil toute une horde de cuvettards affamés, Schnappi, Martin et Lol en tête. Pour faire durer le plaisir j’avais bien essayé de rajouter quelques lignes dans les rares coins oubliés par les anciens…Comme la fin d’une époque. La tête ailleurs, j’ôtais mes chaussons. Un signe, je m’aperçu que l’un deux s’était déchiquetés, comme sous le choc trop d’une trop grande émotion. La dégaine du crux avait elle aussi rendu les armes, usée jusqu’à l’âme par toutes ces années de labeur et de bons et loyaux services ici…Il n’y a pas de hasard…En quittant le secteur, je me retournai une dernière fois et versais ma petite larme.
Merci papa et maman sans qui jamais je ne serais né, merci Oliv d’avoir été encore et toujours là, merci Ludo mon motivateur de toujours, merci l’autre Ludo pour toutes ces heures de bartasse pour étancher notre soif de voies nouvelles, merci dieu de LaCuvette pour avoir érigé ici tant de falaises majeures, merci Schnappi de m'avoir appris ce que voulait dire ''bloquer'', merci Yves de ne jamais m’avoir trainé au ski l’hiver, me laissant ainsi me préparer à ce jour J, merci Sylvain d’avoir supporté tant de mauvaise foi t’obligeant à te lever tout l’hiver à 6h du mat, même sous 3m de neige, merci FT de m’avoir fait comprendre que même quand c’est trop dur, c’est quand même torchable, merci Iaki de me rappeler que la grimpe peut parfois être un art, merci la famille JMC, monsieur pour toutes ses méthodes qui m’ont plus d’une fois tiré d’affaire et madame pour cette combativité contagieuse, merci Bruno de m'avoir convaincu que le 7c c’est possible même sans savoir aligner 2 tractions sans que les pieds ne touchent le sol, merci Raymon pour la révélation que fut la perche, merci JY de m’avoir empecher d'arrêter l’escalade durant mes jeunes années de travailleur à Lyon, merci PBMaster de m'avoir démontré que même avec des mythos on peut faire du 8b, merci Luca pour ta classe internationale naturelle qui attire les filles même au pied du mur de l’angoisse, merci Martin de me marteler toujours ''à l’arrach, sinon point de salut'', merci Lol de m’avoir préservé de la lolotte depuis mes premiers pas à La Roque, merci eb pour ces chaussons qu’il va falloir penser à renouveler et surtout merci l’ECI qui a fournit tant de points pour que tout cela soit possible…. !!
Une page s'est tournée…Sylvain ne s’est pas levé samedi dernier, le sentiment du devoir accompli. 2 jours plus tôt, je foulai pour la première fois de ma vie le sol du temple de la résine que fréquente quotidiennement bon nombre de cuvettards, Espace Vertical 3. Un sympathique rassemblement qui me value, en plus d’une bonne dégustation de chips et de jambon de pays, de passer incognito pour un débutant et de gagner un joli t-shirt eb, un sac à corde et un sac à cake tout neufs. De quoi enfin renouveler mon matériel vieux d’au moins 20 ans !!
La saison de la DJ reprend timidement avec Bruno qui se recale dans le rude 7b+ de last ride over sheep mountain, et pour Luca qui tombe toujours plus bas dans l’exigeant Combat ordinaire, 7b+ aussi. A noter que les quelques point supplémentaires rajoutés par Ludo dans Al Amdulillah rendent maintenant ce superbe 7c technique et à doigt de l’ED wall enfin humainement faisable….un nouveau must de LaCuvette qui m’a fait revenir à mes premiers amours : la dalle ! Il n’est fallait pas plus pour renouer avec le style et arpenter de nouveau les vires de l’extrême gauche d’espace Comboire. Une dalle bien raide, que des croutes à arquer, fort, très fort, du genre à garder les doigt crochus toute la semaine... un pur fruit de l’œil aiguisé du Schnappi, Nanouchka, 8a, FA-tée il y a déjà un bail par un Quentin plus qu’enchanté. Ludo, Jean-Yves et Bruno, sautèrent sur cette dernière opportunité de se rendre dans ce secteur pour enchainer tour à tour le court, complexe et beau 7b+ de Patatra. Quant aux montagnards comme Yves, ils cherchent un assureur discret pour reprendre et se frotter aux quelques dernières nouveautés du secteur, en tentant de nous cacher les séquelles irréversibles d’une saison de ski…
Bref, devant nous, un nouvelle page….blanche…

dimanche 21 mars 2010

Rencontre du 3eme type

Une rencontre comme on souhaiterait que nos heures passées au pied des falaises en soient remplies.. Des km de cailloux sans âme qui vive…. Au pays des extraterrestres, nulle part mentionné sur une carte, j’en avais pourtant débusqué quelques uns. Mon flair aiguisé ne me trompe jamais. FT bien sur, mais aussi un bellâtre dont je perçus immédiatement le potentiel. Surtout quand je faillis m'exploser les tendons et tout ce qui va avec, en serrant les règles de ce qui allait devenir son premier 7b+, huile de coude à Autoire. Depuis près d’une semaine, le voilà devenu le troisième type à ajouter à sa liste de croix, une dalle presque cuvettarde avec ses airs d’adhérences Lamesques, le 8a de la minuscule et paisible falaise confidentielle de Saint Sulpice sur Célé.
Parole à un multi talentueux hyperactif ayant réussit le pari fou d’importer de la grimpe, au beau milieu de nulle part…
Pour commencer, Iaki, Yvan, Yvanovitch, Oh oui vas y grand fou…comment faut-il t’appeler ?
Ben en fait c'est très simple, yvan c'est mon vrai prénom, iaki est un surnom qu'on m'a attribué quand j'étais un adolescent hard rockeur sous lequel je publie sur le web et yvanovitch me vient de mon pote russe que tout le monde connait FT (NDLR...mister Tournois bien sur !!!). Alors on peut m'appeler comme un veut, c'est déjà très bien qu'on m'appelle !!
Ouh là…d’entrée tu marques un point. Mais on dit metalleux aujourd’hui…hard rockeur, c’était il y a 30 ans avec un jean bleu moulant aux mollets, des baskettes montantes blanches et l’indémodable T-shirt noir à tête de mort…T’écoutais quoi ?
J'écoutais, Marillion, Metallica, les red hot, ACDC, Satriani, Vaï, mucky pup, Extreme...mais aussi du Peter Gabriel
Mais je m’égare... La rumeur dit que tu viens tout juste d’enchainer ton premier 8a . Fais nous rêver. A quoi est-ce qu’il ressemble ?
C'est un 8a en grosse dallouze qui doit faire 17m de haut, donc à crougnes comme j'aime bien et des pieds microscopiques. Il a trois passages durs. Un au départ, un au milieu et un en fin. C'est le type de voie que j'adore, bien old school, avec un grand sentiment de légèreté et d'équilibre. Il serait impossible pour moi de grimper la même cotation dans un gros devers...pas assez costaud...
On rapporte aussi que tu aurais du consentir à rentrer une grosse lolotte…ta perf n’en est-elle pas diminuée ?
C'est très dur pour un cuvettard de comprendre que la lolotte puisse être salvatrice, en tous cas moi c'est le cas. Ce qui me fait marrer c'est que je l'ai trouvé à la derniere ascension de travail... Chez nous en pays lotois la lolotte est une culture, un devoir une mission. Dans toutes nos écoles d'escalade, c'est une base enseignée dès le plus jeune âge. OUI je suis fier d'avoir lolotter, je ne suis pas un mutant grenoblois
Ahhhhh de face dans L'apocalypse joyeuse 8a, Autoire...

La dernière ascension de travail…on sent que tu pèses tes mots….
Je passe beaucoup de temps à travailler les voies. Je n'ai pas les capacités à m'autoriser un petit grain de folie pendant mon ascension, surtout dans des voies dures pour moi. Et puis en plus je suis très scolaire : j'aime bien faire mes exercices mais j'ai horreur de louper le contrôle !
Alors, pourquoi cette voie ?
C'est tout simple : falaise d'hiver, proche de la maison, pas de marche d'approche, peu fréquentée et dans mon style d'escalade. Voilà les raisons de mon choix, et puis la ligne est si pure, ca me fait des frissons encore dans le dos.
Le maitre...le 1er crux

Puis au repos...

Il parait que c’est toi qui a baptisé la voie : ‘’le maitre, cette folle, se tripote les noix’’…Est-ce pour dénoncer la pénibilité de ton métier ?
Ben c'est malin, les cuvettards vont croire que je suis un proxénète...., la folle dont tu parles ca doit être quelqu'un qui porte un collant rose, aux initiales suggestives ''P.D''. Oui mon travail est dur, et ne me laisse que trop peu de temps pour mes loisirs. C'est vrai quoi quand on bosse 20h ...non pas par jour, par semaine... c'est pas facile à gérer. Et puis je peux pas poser mes congés quand je veux , c'est une sacré souffrance. Et je sais que tu me comprends. Sinon, l’histoire a fait qu’on l’a appelée le maitre décolle, élève la voie (NDLR à lire sur le blog de LaCapelle)
Est-ce pur hasard si elle fut déflorée par un certain FT avant de subir les assauts victorieux d’un sumo de passage ?
FT, c'est le lucky luke de l'escalade, il fait les 8a plus vite que son ombre. A ce qu'il en dit, c'est une belle voie où les sensations sont belles...j'espère qu'il mais il confirmera en laissant un petit com ! Quant au sumo qui nous rend visite parfois, il a un moral et une énergie hors du commun qui font que les voies ne lui résistent pas et lui aussi dit que cette ligne est belle (NDLR : ben oui, la dalle c'est la base, surtout sans lolotte). Alors évidemment, ça donne envie de tester le truc, mais passer juste après ses mentors de la grimpe, ca fait un poil prétentieux, c'est pour ca que j'ai agi en secret, en catimini, par peur de l'échec...je ne suis pas un mutant de l'escalade, moi, voyez vous?
Mouais quel simulateur ce sumo….Sinon 2 coups en 6 mois, c’est une bonne moyenne ? Euh…enfin 2 essais je voulais dire…
ha ha ha, oui, 2 coups en 6 mois pour moi c'est une excellente moyenne. Pour ce qui est des essais, j'ai pas eu vraiment le choix. La météo n'a pas été clémente vraiment. Et pour de la dalle j'aime mieux quand c'est bien sec !
Des cons tractent, 7c une autre belle dalle de Saint Sulpice

A lire ton récit sur le blog de lacapelle, j’en ai pleuré une nuit entière…comment expliques tu ce coté émotionnel si intense ?
Pardon de t'avoir bouleversé...cette voie a été un vrai défi pour moi. Les méthodes de FT n'étaient pas toutes réalisables pour moi. j'ai donc cherché tout seul, notamment le premier pas dur: lui passe en dynamique mais j'aime pas ça. J'ai trouvé une solution en stat. La chose qui me fait le plus plaisir c'est qu'il est possible de trouver dans ce genre de voie pleins de solutions différentes, et ça honnêtement, je ne pensais pas que cela soit possible. J'ai juste voulu essayer de raconter ce que je ressentais au fur et a mesure de ma progression dans cette petite aventure pour moi
Ouh là...terrain glissant...je ne peux pas te laisser tenir de tels propos : usage de lolotte, météo qui empêche de grimper...et maintenant que tu n’aimes pas les jetés...tu es en train de détruire des années de travail sur mes cuvettards !!!
Ben oui... mais chez vous c'est pas pareil, y'a le micro climat comboirien, les jetés obligatoires, le supplice de la honte à la première lolotte...

Et puis j'allais oublier : faites de la poutre, écoutez les conseils d’Oliv…que j’aimerai tellement rencontrer, en tant que professionnels du sport, on se comprendrait…et arrêtez d’aller parader sur de la résine…c’est bien ça qu’il fallait dire ?
Ouais bien, même moi je suis convaincu…Et tant qu’on y est... vas-y booster les, toi ,ces boulets de cuvettards qui ne passent toujours pas le porte du 8…j’en peux plus !
En premier lieu, il faut bien veiller à ce que la porte soit pas fermée à clé parce que c'est plus dur de rentrer, et de pas se coincer les doigts dedans...bon ok je sors... J'ai toujours dit que le 8a représentait pour moi la ceinture noire de l'escalade. Quand j'ai eu ce ''putain'' de bac dans la main, j'ai hurlé c'etait dingue, à peine croyable, J'ai du me ressaisir pour ne pas chuter sur la fin plus facile. J'ai eu une grosse décharge d'adrenaline et de dopamine qui me rend tout chose encore. Ca m'a boosté encore plus. Ca fait toujours du bien d'aller chercher ses limites !!
Un conseil à leur donner ?
Euh moi donner des conseils....euh ce qui m'importe le plus, c'est le plaisir ressenti et être fier du travail fourni. Sinon sur le plan technique, je pense tout de suite a la lolotte mais j'entends déjà monter une clameur contestataire venu de l'Est. Ensuite sur le plan psychologique, j'éviterai l'histoire drôle juste avant un essai. Sur le plan religieux, un prière ne fait de mal à personne. Sur le plan culinaire, ne pas trop manger d'abricots secs, Les gazs n'ont pas un effet propuslsif suffisant... Bref si on rassemble tout ca, cela correspond a un stage de grimpe lotois
Saints sulpiciens 7a

Justement, parlons local. Outre le fait que vous soyez 2 dans ton village, comment expliques-tu que plus de la moitié de la population locale fasse de l’escalade ?
Ce qui me soule c'est que j'ai du mal a convaincre l'autre moitié ! (rires). Les ingrédients sont divers: pour obtenir un permis de construire dans le village, il faut adhérer au club d'escalade, quand on s'inscrit au collège, il faut faire obligatoirement parti de la section sportive escalade (ou d'ailleurs un excellent prof d'EPS sévi(NDLR...un peu d'autosatisfaction ne fait jamais de mal). On fait de la détection de jeunes talents. Par exemple; lorsque un supporter de match de foot saoul est capable de franchir de nouveau la barrière de sécurité, on lui offre la licence. Enfin on offre un paire de chaussons EB Baboon a tous les nouveaux nés du village
Tu es maintenant la fierté de tout un peuple ?
Oui je sais, ca devait arriver. Y a des banderolles dans tous le village, les gens m'acclament au fenêtres, le plus dur étant de rentrer chez moi pour passer à travers la foule de journalistes. J'ai du embaucher des motards et gardes du corps, ca me coute un pognon monstre. D'ailleurs mon sponsor « Tampax » commence a faire la gueule
Ca se passe comment l’escalade dans le trou du cul du monde ? Surtout quand on sait que c’est vachement moins fashion que le sud ou l’Espagne, et que c’est nettement moins beau que LaCuvette ?
Oué pas fashion, c'est pas évident de grimper en bottes et les doigts plein de graisse de canards. La grimpe dans le Lot, c'est un esprit et une énorme dose d'humour. On a une espèce d'icône...et pas espèce de conne... locale, the PD qui a elle seule résume tout ce qu'on sait faire chez nous en grimpe. PD c'est l'incarnation lotoise de la grimpe: le niveau, le style, l'amour propre, notre mascotte quoi !
Panique à topo city 7b+, Autoire

Et maintenant ? Le 8a fin d’une époque ou début d’une nouvelle ère ?
Ben bizarrement, j'ai franchi un cap...enfin je crois. J'ai l'impression que c'est le début de tout, je me sens petit dans mes baskets, comme si j'étais dans une nouvelle école et que je ne connaissais personne...décidément mon boulot me hante. J'ai l'impression de débuter à nouveau. Et c'est très motivant finalement. Finalement j'ai l'impression que la pièce derrière la porte que j'ai ouverte est vraiment très grande
Pffff...à qui le dis tu...Et quels sont tes prochains projets ?
Ben en discutant au tel avec Clément ce matin, j'ai pensé à un 8a de profil un peu similaire à Couganguet, j'ai bien envie d'aller voir a quoi il ressemble. Et puis je vais certainement retrouver des potes qui n'ont pas grimper à Saint Sulpice (bien que entre nous, à Saint sulp, y a une FA a faire...)
Cougnaguet tu veux dire…je ne voudrais pas faire la leçon à un local…Sinon piquer un FA à FT, est-ce qu’on partage le même fantasme ?
Oui cougnaguet, je fais de fautes de frappe en parlant !! ouecccccchhhhhhhhhhhh piquer une FA à FT !!! nan mais la je me rapprocherai du demi dieu carrément
Hello thomas 7a, Roc de Cor

Et quand aura-t-on le plaisir de te voir sur la vire d’Espace Comboire ?
Des que je serai invité ! pourquoi pas avec quelques amis, sur des vacances, ah mais merde tu en as moins que moi toi, désolé.....
Avec plaisir, tu es le bienvenu dès ce samedi matin...Quoi d'autre sinon ? A part que c’est le meilleur interview que tu n’aies jamais accordé ?
Ouais c'est surtout le moins cher et l'unique dirons nous. Ben pour conclure, je citerai la maxime du club ''mon seul adversaire c'est moi'' Ben oué, je parle pas de compétition, mais bien de celui qui est en nous et qui nous fait avancer...ou pas
Ah et puis, faites de la poutre, écoutez les conseils d’oliv et arretez de parader sur de la résine…euh, mais je l’ai pas déjà dit ça ?
Quelle verve...et pour finir un message personnel pour ta chère Tata LaCuvette ?
Chère Tata. Je te remercie de t'occuper aussi bien de moi même si quand tu me fais la bise tu piques un peu. Sinon, je m'applique autant que je peux pour grimper de face comme chez toi mais ici mon entraineur m'électrocute à chaque fois que je rate une lolotte. Et enfin, ma chère Tata, je voulais te dire que tu me manques et que j'ai envie que tu viennes me voir. Gros poutoux baveux...Et maintenant à votre tour d'embrasser chaleureusement le ''iaki yvanovitch vas y grand fou'' tout en le félicitant encore une fois pour cette perf qui augure une bien belle saison 2010 !!

dimanche 14 mars 2010

Victime

…of fate, si j’avais pu…. Ce qui m’aurait permis de ressortir une bonne vielle pochette avec un faucheur squelette géant piétinant une muraille, les murs de Jericho. Une référence mystique inspirant un groupe de citrouilles…

mais j’aurai eu du mal à raccrocher les wagons avec l’actualité cuvettarde de cette période qui n’a de fin d’hiver que le nom, au grand dam de tous ses affamés qui n’en peuvent plus de tourner en rond sur leur poutre au fond d’un garage chauffé. Même les skieurs comme Yves sont au bord de l’overdose. Cette satanée poudre blanche n’en finit plus de tomber, sans aucune pitié pour les petits crocus de mon jardin qui ne parviennent toujours pas à pointer le bout de leur tige.
Victime de la mode…pour de vrais racleurs de fond de cuvette…. A la vue d’images trainant sur le net, Martin et Lol se sont précipités sur les dernières nouveautés. Plutôt que de plébisciter le bilan carbone de Margalef, Siurana, Santa Linya ou Oliana, rien de mieux qu’Espace Comboire, pour aller tester ce "so pure" mono, dans Mezzo Forte, le nouveau 7b+ du bout de la vire. Si la douleur et la surprise furent à la hauteur dès le premier mouv, c’est surtout la petite section dalleuse de la seconde moitié qui allait leur donner du fil à retordre. Finalement, c’est Martin qui s’en sortit seul, Mister Lol collectionnant les zipettes au bord de la crise de nerfs…c’est un peu ça "the espace comboire touch", ça ne laisse jamais indifférent !!
Et puisque c’est là bas qu’il fallait trainer, Luca et Sylvain s’essayèrent à l’à peine moins récent 7b+ rési de Schnappy, No prayer for the dying.
(une dédicace au premier qui trouve l'élément bizarre qui s'est glissé dans ces 2 photos...)
On vit même Bruno et GrandLudo signer leur retour aux affaires dans Nulle part et ailleurs. Un bijou de rési en 7c avec un final dalleux laissant d’impérissables souvenirs. Autre secteur à la mode cette semaine…surement VoreppeAh, je vois déjà le sourire pointer sur les lèvres de tous ceux qui sentent le traquenard. Des grands murs austères, une nationale des plus passantes du département à moins de 20m, une activité des plus louches au niveau du parking, une zone industrielle poussiéreuse…encore une fois, LaCuvette ne peut laisser indifférent. On déteste ou on adore…surtout avec cet air de caillou des Calanques…et en prime la seule falaise locale qui peut se vanter d’offrir le spectacle d’un vrai couché de soleil, à l’horizon. Tous ces sympathiques ingrédients garantissent en général une parfaite tranquillité au pied des voies. Une sorte de zone protégée LaCuvette. Et ça tombe bien, deux dernières nouveautés réservent encore de belles sessions hivernales aux cuvettards. Par respect pour l’ouvreur, ils lui laissèrent les premières. Fade to black 7b+ puis 7c/7c+ jusqu’en haut et L’ultime combat 7c/8a, qui partage le final du dernier combat, le 8a+ de Ludo. Deux voies dans cet immense mur vertical à gauche de la grotte, truffées de règles, de gouttes et bien sur…de monos. A chaque fois un combat de plus de 35m, incroyablement long et extraordinairement varié. Avec en fighters réptiteurs pour la 1ere longueur de Fade to black Ludo, Sylvain, Bruno, puis à vue pour Richard qui délaissa enfin ses glacons…

La totale et sa compagne de droite attendent donc impatiemment leur premier répétiteur…
Un style qui sied finalement peu à Schnappi. Du coup, Il s’est aventuré dans les dernières nouveautés d’un ancien spot confidentiel, récemment réaménagé. Il s’offre les désormais classiques incontournables et aériennes d’un peu plus de tendresse 7a, comme Luca un jour auparavant, et d’un jour sans lendemain 7a+, avant de d’être le premier être humain à trouver tous les mouvs du dièdre technico physique du blaireau tiqua, un probable 8a…que Pierrick s’empressa de Fa-ter dans la foulée. Ils tentèrent ensuite de choper la première d’un vieux projet, un avenir incertain, avec ses 2 sections très blocs et très…incertaines justement. Comme l’écrivait notre JMC il y a peu, certaines falaises restent intemporelles et certaines voies immortelles. C’est le cas des Lames qui continuent de voir défiler des générations de grimpeurs….du coté de l’ancienne (génération), Lol et Martin s’acharnent désormais sur leur futur proche premier 8b, Amour toujours. Du coté de la nouvelle, avec ses rituels étranges, c’est Charlie qui fait ses gammes en dalle dans le très esthétique arc de cercle du Combat de rue 8a.
Victime de la mode, avec son coté sombre aussi. FT, notre mascotte reçut d’étranges nouvelles de certaines de ses voies du secteur couru de Pont Saint Nicolas, dans le Gard. Tant de suées, d’interrogations, de doutes et de réflexions pour ouvrir des voies de 3m encore plus tordues que les plus tordues de LaCuvette, et les voir aujourd’hui massacrées par d’obscurs imposteurs impuissants…un second effet kiss cool de l’aura démesurément castratrice du génie FTien sur un piètre imiteur frustré et sans talent qui ne contrôle plus son perfo ? Un triste événement qui rappelle la mésaventure du Monocle de Ludo à Seynes, détaillée dans un des ses derniers billets d’humeur dans Grimper.
Affligeante histoire qui me fait un peu penser à tous ces cuvettards qui s’empressent de répéter mes derniers chefs d’œuvre, mais en cherchant des nouvelles méthodes pour éviter celles du sumo qui bourrine…finalement c’est presque comme s’ils taillaient de nouvelles prises. Ils effacent l’esprit originel, la raison d’être, le caractère de ces voies. Ils en détruisent l'âme…Et surtout, plus moyen que l’égo démesuré de l’ouvreur ne soit alors flatté. Le génie de l’artiste incompris…. Décidemment plus personne ne respecte rien…. D’ailleurs je m’en vais de ce pas sur la vire, rajouter un point dans Sidi’H bibi et rabaisser le relais, comme ça j’aurais moins peur et j’aurais peut-être une chance d’atteindre la chaine…