Nous profitions d’une courte fenêtre météo avec Oliv pour un énième pèlerinage sur la vire du secteur KGB à Espace Comboire. Près de 9 ans plus tôt, nous étions déjà là. Il n’y a pas de hasard, et les coïncidences ne sont finalement jamais si étranges. Déjà à l’époque, nous devions jongler avec les caprices des giboulées. Sous une averse de neige, j’allais connaitre un de mes premiers émois sur la vire, la confirmation d’une histoire d’amour avec cette falaise, et aussi avec Oliv… qui me supportait déjà, et réciproquement.
KGB, un nom qui résonnait et résonne toujours comme une base de LaCuvette. Malgré mon jeune âge et ma croissance à peine terminée, j’étais déjà marqué du seau du rusé cuvettard. Mon manque de force naturel, m’avait contraint à ne pas utiliser la mauvaise pince grise au dessus du point…J’avais trouvé une grosse platasse verticale en remplacement. Mais comme elle m’éloignait trop à gauche, je ne pouvais utiliser la rampe verticale blanche, ni avec la main droite, ni avec ce talon que tous convenait de caler pour jeter sur le bac. Ma méthode consistait à prendre du balan, avec un pied gauche pratiquement à l’horizontal de la main, pour envoyer un gros jump de travers : l’éloge du pur cuvettard, dynamisme et détermination… Ce fut mon tout premier 7c+, avec Oliv aux encouragements. On s’était dit rendez vous dans dix ans. Même jour, même heure même, même pomme. On verra quand on aura 30 ans, si on est devenu des grands hommes…Entre temps Patriiick…euh non Oliv était devenu champion de France de rameur en salle et s’était converti aux méthodes d’entrainement des pires régimes de l’Est, ce qui lui permit de briller dans moult épreuves sportives toutes plus aberrantes les unes que les autres...à commencer par le triathlon d'Embrun.... Après de longues périodes d’égarement, j’avais enfin réussi à le ramener dans le droit chemin. Il y a à peine 1 an, il rechaussait des chaussons. Et en ce jour de mars 2010, nous étions de retour sur la vire. Les colos étaient parfaitement sèches, la température étonnamment idéale. Et comme la chanson nous fêtions tout juste nos 30 ans. Je nouai ma vieille corde, la même depuis 9 ans. Mes vieux eb recousus étaient toujours d’attaque. Je m’élançai sereinement sur ce mur qui a toujours fait partie de ma vie. Quelques mouvements sur une grosse colonne, pour arriver sous le surplomb. Les 2 pieds montés sous les aisselles, je laissai échapper le même grognement qu’Oliv quand je le fouette pour qu’il tracte d’un bras lesté de 10kg sur la plus petite réglette de sa poutre. Dans l’élan je parvins à saisir la lointaine règle sous le point. Une première, puis une deuxième relance main droite, avec un talon avant enquiller la fameuse méthode du faible : le coincement de genou. Un dernier gainage pour ne pas partir en porte, la main gauche sur un gros plat, un dernier mouv dynamique et j’étais sur le bac. Je restais immobile, près d’une minute à intérioriser et savourer ce moment de bonheur intense. J’étais venu à bout de CIA, l’autre 7c+, jouxtant KGB.Cia 7c+ from Lacuvette on Vimeo.
Je cochai ainsi l’intégralité du secteur du bas, coiffant in extremis et sur le fil toute une horde de cuvettards affamés, Schnappi, Martin et Lol en tête. Pour faire durer le plaisir j’avais bien essayé de rajouter quelques lignes dans les rares coins oubliés par les anciens…Comme la fin d’une époque. La tête ailleurs, j’ôtais mes chaussons. Un signe, je m’aperçu que l’un deux s’était déchiquetés, comme sous le choc trop d’une trop grande émotion. La dégaine du crux avait elle aussi rendu les armes, usée jusqu’à l’âme par toutes ces années de labeur et de bons et loyaux services ici…
Merci papa et maman sans qui jamais je ne serais né, merci Oliv d’avoir été encore et toujours là, merci Ludo mon motivateur de toujours, merci l’autre Ludo pour toutes ces heures de bartasse pour étancher notre soif de voies nouvelles, merci dieu de LaCuvette pour avoir érigé ici tant de falaises majeures, merci Schnappi de m'avoir appris ce que voulait dire ''bloquer'', merci Yves de ne jamais m’avoir trainé au ski l’hiver, me laissant ainsi me préparer à ce jour J, merci Sylvain d’avoir supporté tant de mauvaise foi t’obligeant à te lever tout l’hiver à 6h du mat, même sous 3m de neige, merci FT de m’avoir fait comprendre que même quand c’est trop dur, c’est quand même torchable, merci Iaki de me rappeler que la grimpe peut parfois être un art, merci la famille JMC, monsieur pour toutes ses méthodes qui m’ont plus d’une fois tiré d’affaire et madame pour cette combativité contagieuse, merci Bruno de m'avoir convaincu que le 7c c’est possible même sans savoir aligner 2 tractions sans que les pieds ne touchent le sol, merci Raymon pour la révélation que fut la perche, merci JY de m’avoir empecher d'arrêter l’escalade durant mes jeunes années de travailleur à Lyon, merci PBMaster de m'avoir démontré que même avec des mythos on peut faire du 8b, merci Luca pour ta classe internationale naturelle qui attire les filles même au pied du mur de l’angoisse, merci Martin de me marteler toujours ''à l’arrach, sinon point de salut'', merci Lol de m’avoir préservé de la lolotte depuis mes premiers pas à La Roque, merci eb pour ces chaussons qu’il va falloir penser à renouveler et surtout merci l’ECI qui a fournit tant de points pour que tout cela soit possible…. !!
Une page s'est tournée…Sylvain ne s’est pas levé samedi dernier, le sentiment du devoir accompli. 2 jours plus tôt, je foulai pour la première fois de ma vie le sol du temple de la résine que fréquente quotidiennement bon nombre de cuvettards, Espace Vertical 3. Un sympathique rassemblement qui me value, en plus d’une bonne dégustation de chips et de jambon de pays, de passer incognito pour un débutant et de gagner un joli t-shirt eb, un sac à corde et un sac à cake tout neufs. De quoi enfin renouveler mon matériel vieux d’au moins 20 ans !!
La saison de la DJ reprend timidement avec Bruno qui se recale dans le rude 7b+ de last ride over sheep mountain
Bref, devant nous, un nouvelle page….blanche…
Pour commencer, Iaki, Yvan, Yvanovitch, Oh oui vas y grand fou…comment faut-il t’appeler ?

c’est Charlie qui fait ses gammes en dalle dans le très esthétique arc de cercle du Combat de rue 8a.
Un crux en dalle, sur 2 monos une phalange, sur lesquels il faut bien tirer. Ce jour là, je compris que le mono était par définition la préhension ultime de l’escalade, la seule vraiment pour qui l’on continuer toujours à grimper. C’est ainsi que je le découvris dans sa version "vissée", dans Poison d’avril, mon premier 7b, juste à droite puis dans sa version cupule, dans le départ de Bouchon net, l’autre 7b du même mur. Quelques années plus tard, ce fut le premier mono strappé, le doigt littéralement coincé, dans un des nombreux trous de La Jacquinou, sur la blanche falaise de La Roque. Une voie qui rappellera surement plein de bons souvenirs à Lol, qui dut déjà, à l’époque, me devancer dans l’enchainement de ce qui fut mon tout premier 7c.