dimanche 24 janvier 2010

Les trompettes

Jusqu’à présent nous nous étions habitués à œuvrer dans l’ombre, discrètement, et sans tambour ni trompette...enfin, sauf quand il y a Raymon...
Loin de toute mondanité et bien à l’abri sous le rebord de LaCuvette, nous ne croisions que la plus sauvage des faunes locales, souvent dérangées par nos sorties trop matinales. Et puis, sans prévenir, notre innocence se trouva révélée au grand jour, sur un célèbre portail traitant de varappe à mains nues. En regardant de plus près, il est vrai que l’absolue bonne foi, l’objectivité sans faille, la recherche journaliste approfondie et de terrain ainsi que le non détournement de photos volées du post incriminé, saute aux yeux. Je ne boudai donc point le plaisir de contempler l’image d’un Comboire dans la grisaille, perdue au milieu d’autres de tant de spots ibériques, tous plus paradisiaques le uns que les autres, dégoulinant de voies extrêmes et bondés d’une planète grimpe ultrabrite parfaitement homogène. L’ancien Comboire, ce fameux secteur des toits, si désuet, témoin d’une époque révolue, faite d’expériences interdites, où aujourd’hui, encore il demeure quasiment impossible de trouver une seule prise naturelle. Une photo de Ludo engoncé dans son damart avant de taper son essai dans surprise écologique, un 7b+ où l’on peut se vanter de toucher des prises que les plus beaux spots d’Espagne ne connaitrons jamais : des rondins de bois, amoureusement polis à la main, craquelés par le gel, et vissés la tête en bas dans le toit…Un vrai plaisir mêlant anachronisme et d’antinomie...
Mais restons lucides et suivons les conseils du regretté George. A toute exhibition, ma nature est rétive, souffrant d'un' modesti' quasiment maladive, je ne fais voir mes organes procréateurs à personne, excepté mes femm's et mes docteurs. Dois-je, pour défrayer la chroniqu' des scandales, battre l' tambour avec mes parti's génitales, dois-je les arborer plus ostensiblement, Comme un enfant de chœur porte un saint sacrement ?


Sylvain qui pourrait revendiquer pour lui plutôt la grosse caisse, dut faire, le premier les frais, de cette soudaine renommée. Il fut pris en chasse sur l’autoroute par un bus de fans et un admirateur trop insistant. A volant de sa 106 tuning rabaissée et toussotante, tranquillement en route pour une après midi de rêve à Voreppe, il fut soudainement pris en sandwich avec une portière complètement enfoncée. Tout ça pour le contraindre à s’arrêter sur le bas coté, histoire de signer quelques autographes et distribuer des bises. Et que dire de Voreppe, jadis havre de paix et de tranquillité. Un certain dimanche, alléchés par les vidéos de LaCuvette, plus de 4 prétendants faisaient la queue, au pied du mondialement célèbre Bouze Maker, 7c. Lol et Martin durent même revenir en semaine, histoire d’éviter la foule pour enfin parvenir à ajouter la belle à leur tableau de chasse.
Jusqu’alors puriste parmi puriste, Martin aurait même été contaminé par le syndrome perche et départ préclippé (du milieu de la voie), plusieurs témoins l’ayant aperçu en flagrant délit dans P’tit rond.
Donc, un pic de 500 visiteurs par jours, des internautes connectés depuis des pays ou il ne pleut pas, des lecteurs restant plus d’1/2h sur LaCuvette pour admirer la collection hiver 2009-2010 LaCuvette, présentée par Schnappi, Yves et FT, dont j’avais oublié de mettre en ligne la photo.Schnappi qui, rejoint par deux autres de nos jeunes modèles stars, Charlie et Pierrick, continue d’arpenter les podiums de la vallée, cette fois ci au Mas d’Auris, où il se donne en spectacle dans la très exigeante traversée en 7c du Tigre rebelle ainsi que dans la nouvelle version directe du Tigre de papier (nouvelle, puisqu’un sumo aurait broyé une prise clé dans le haut), qui selon ses dires pourrait avoisiner les 8a.
Que faire alors pour assouvir l’appétit de tous ces lecteurs ? La moindre des choses serait que Kairn puisse à son tour avoir la surprise d’être dans les pages de LaCuvette. J’aurais pu rebondir sur leur test de la crème Climb on, mais sut’ été du déjà vu. Et puis tout le monde sais que pour entretenir durablement son épiderme, rien de tel que le mélange naturel de poussière et de résidus de gasoil déposés depuis des millénaires par les vas et viens des camions poubelle, sur le mur Lactique des Vouillants. En y associant les vertues de la moiteur d’un orage d’été, les trous de Carmina Bourina, 7b, laissent sur les doigts une fine pellicule d’un beurre de karité local, nourrisant et protecteur pour nos mains sensibles. D’où l’expression : "Pitain, je les tiens pas ces gros plats beurrés !", que le monde entier nous envie, puisqu'un groupe s’est récemment constitué pour faire des Vouillants un des plus beaux spots de grimpe de France.
Alors que j’avais fait l’éloge du grand froid. Celui qui fige sur place toutes tentatives de résurgences et de dégoulinades, voilà que Dame nature nous joua encore un de ses vilains tours, avec un soudain réchauffement. Mais heureusement, en pays Lacuvette, même quand c’est censé être mouillé, c’est sec !!. Samedi dernier, à grand renfort d’arguments douteux, je dus contrer les affirmations de mes comparses, qui par 3 fois, tentèrent de faire demi tour avant d’arriver à bon port. Une première fois devant Espace 2000, où je m’en sortis avec la preuve irréfutable de l’existence d’une coulée sèche. La seconde fois devant Larme à l’œil, où je feignais apercevoir au loin les murs secs du secteur des araignées, puis la dernière fois au pied de Sidi, transformé pour l’occasion en cascade féérique, où j’affirmai encore avec aplomb que le soleil allait finir par tout assécher avant même que nous posions nos sacs au niveau des dalles du secteur extrême gauche. Dans des circonstances bien précises et uniques chez LaCuvette, il arrive que la neige fonde et dégouline le long de la paroi moins vite qu’elle ne s’évapore ! La démonstration fut faite, puisque Sylvain et Bruno purent répéter les moulures de Rêves de pichs et de Tagada, deux 7b sur un caillou qui n’a rien à envier aux sites shootés pour les magazines ! Mission accomplie, ils avaient envie de revenir, convaincus du caractère exceptionnel du lieu. Une semaine plus tard, avec en renfort Ludo et Jean-Yves, nous nous surprîmes à regretter les conditions de collante d’antan, obligés de supporter la chaleur des 3° et du franc soleil. Un homme heureux, dans les 6c, et nous l’étions tous, lorsque que nous (enfin je, les autres faisant mine de ne pas vouloir se griller à l’échauffement) FA-tions cette nouvelle ligne de la vire. Puis Bruno savoura Tagada, 7b, tandis que Jean-Yves nageait en plein Rêves de Pich, 7b aussi. Et dans ce pays joyeux, des rires et des chants, je parvenais à faire taire cette mitraillette folle. Un 7c+ oublié et très peu répété, à tort, tout au bout à gauche du secteur extrême gauche. Deux sections bien raides sur croutes typiquement espace comboiriennes pour le plus grand des bonheurs…
Mais que sont donc toutes ces inepties. Lecteurs, fuyez ces lignes malveillantes, n’adresser plus jamais la parole à cet individu qui n’a de cesse de vouloir nuire à ses semblables…Faire croire qu’Espace Comboire serait la plus belle falaise du monde…et pourquoi pas , tant qu'on y est, que les grimpeurs sont tous devenus altruistes, respectueux et dévoués à une noble et durable cause ? ...On est surement tout aussi nombreux à vouloir y croire !!

dimanche 10 janvier 2010

Ah glaglagla

Souvent associé à ''brrrrrr, clac, clac, clac, clac''. Et pourtant…Froid ? Moi ? Jamais ! Comme nous l’assènent d’éminents climatologues et comme l’affirmait une jolie réclame que ne dira surement rien aux plus jeunes des lecteurs, si tant est qu’il en existe.



Cela faisait plusieurs jours que je cherchais en vain le thème du premier post LaCuvette de l’année. J’hésitai entre les 10 plus ridicules manières de souhaiter la bonne année, les meilleurs conseils pour se taper l’incruste dans une réunion au boulot pour piquer la plus grosse part de galette de rois en grugeant la fève et ainsi justifier de se resservir une seconde fois, ou encore comment s’occuper sur l’Autoroute, avec 30cm de neige tombés dans la nuit, qu’un seul et unique pauvre cantonnier s’évertue à déblayer, armé d’une simple pelle et d'un balai…mais bon, avec un tarif du kilomètre si bon marché, il faut savoir être indulgent. Et puis, en divaguant sur le web, je trouvai enfin l’inspiration. Le plagié serait donc ces amateurs de choucroutes qui ont prodigué leurs conseils pour grimper par grand froid.

Le sujet étant de circonstance, et surtout, vu son expérience en la matière, mondialement reconnue, LaCuvette se devait de distiller à son tour quelques trucs et astuces complémentaires pour grimper au fin fond d’un congélateur. Nos alsaciens nous ont suggéré quelques techniques ''qui leur ont permis de grimper et d'enchaîner des voies dans le 8 alors qu'il faisait entre zéro et 5°C''. Mais il est bon de noter qu’en notre plat pays, à 5° c’est déjà l’été, et que l’on tombe le baudard pour plonger dans l’eau d’un lac de montagne. Nous parlerons plutôt ici de températures bien en déça du 0°, jusqu'à -10°, proche du record d’il y a 15 jours avec Sylvain et Jean-Yves.

Par de telles températures, nous grimpons et enchainons des voies dans le 7, soit strictement sans aucune différence par rapport aux autres périodes de l’année. Soit une performance nettement plus méritante….mais là n’est pas la question.Reprenons donc un à un ces conseils pour saucisses de Strasbourg, que l’on agrémentera d’un peu de gratin dauphinois, histoire que ca tienne encore mieux au corps. C’est ce que je donne à mes enfants : patates saucisses, rien de tel pour s’assurer la tranquillité lors de la longue sieste pour digérer derrière.
''- Vous habiller chaudement, sans oublier les gants, écharpe, bonnet, une bonne paire de chaussettes (voire une deuxième si la marche d'approche s'effectue dans la neige)''
Mais tout ça n’est rien à coté du fameux…Damart, thermolactyl ! Il faut impérativement un caleçon long. Un qui crépite dans la nuit et qui hérisse tous les poils. Avec pieds intégrés bien sur. L’arme ultime étant de les recouvrir d'une paire de chaussettes mi cuisses (sauf pour Ludo, vu sa taille elles ne lui arrivent que mi mollets) et si possible tricotées main par mémé. Ensuite, fourrez le tout dans ce que les spécialistes appellent des moon boots. Elles présentent le double avantage d’avoir des raquettes intégrées (contre l’enfoncement dans la neige) et leur empreinte, parfaitement ronde, permet de passer incognito, imitant à la perfection les traces du passage d’un troupeau d’éléphants sauvages. Attention, il est indispensable d’avoir pensé à faire petite et grosse commissions avant d’enfiler l’attirail complet, sous peine de devoir se retenir pendant toute la séance. (en cas d’ennuis de prostate comme Yves, les dégâts peuvent être considérables…)''-Essayez plutôt des voies courtes ou offrant des repos vous permettant de vous réchauffer les mains. Privilégiez des voies que vous connaissez où vous pouvez grimper vite ; vous et votre assureur vous refroidiraient moins''
En fait peu importe la longueur, et puis on s’en fout de l’assureur. A chacun ses malheurs. Il y a deux principes à retenir. Le premier c’est de privilégier les voies avec des prises bien douloureuses. Autant profiter de l’anesthésie complète des doigts pour se les déchiqueter sur des règles tranchantes, se les lacérer dans des trous sanglants ou se les coincer dans d’atroces fissures. Le deuxième c’est de choisir des voies avec des platasses qu’on ne pensait jamais pouvoir tenir. Autant profiter du manque total de sensation et faire preuve d’une grande auto persuasion en se disant : ''aujourd’hui, ça tient (ca colle en langage d’initiés)''.''-Privilégiez des voies au soleil et à l'abri du vent''
Le problème, c’est quand la cuvette est bouchée…ben soleil ou pas, de toute manière on ne le voit pas. Il reste cantonné au dessus de la mer de nuages. Ce qui compte, c’est de trouver les falaises avec des routes praticables le plus loin possible, pour éviter que l’approche se transforme en véritable randonnée. A ce propos, quand il y a beaucoup de neige, pensez à emmener un cuvettard exité de la rando. Avec ses skis, il se fera un devoir de faire la trace dans les 40 cm de fraiche…encore merci à celui qui à fait celle de samedi à Comboire. Ensuite, privilégiez plutôt les secteurs bien à l’ombre…parce qu’au soleil, la neige ca fond…et en plus du danger des avalanches, les coulées viendront tremper les prises que vous aviez si joliment entourées de traits de cake. De plus, en étant bien à l’ombre et bien au froid, les stalactites resteront solidement accrochées, évitant ainsi de transformer votre assureur en brochette géante. ''-Prenez une thermos de thé/café''
Cette version marche assez bien avec la gente féminine, surtout avec quelques petits gâteaux qu’on aura feint avoir fait soi-même. C’est l’occasion d’offrir un verre et de faire un brin de causette, les yeux dans les yeux, troublés par dans la chaude vapeur envoutante d’un thé aux plantes aphrodisiaques. A moins de certains penchants, il est préférable de porter au cuvettard, tel Mr Dusse, une bonne rasade de vin chaud. Quand en plus il est accompagné d’un tupperware de tartiflette encore tiède de la veille, le résultat est parfait.
''- Placez dès que vous le pouvez vos chaussons et votre sac à magnésie entre votre t-shirt et votre pull/polaire''
Là pareil, c’est marche bien pour un cuvettarde, bien propre sur elle. Mais l’on rêve tous d’en croiser une un jour. Pour le cuvettard, une odeur forte et caractéristique risque de contaminer pour toujours l’ensemble des vêtements du jour. On pourra ouvrir le tupperware précédemment cité histoire de faire diversion. Enfin, pour les plus courageux, avant d’enfiler vos chaussons, ouvrez-les en grand, puis les plaquer contre votre visage à la manière d’un masque à gaz. Expirez une dizaine de fois. Si vous êtes encore vivants, votre haleine toute chaude aura permis de réchauffer vos chaussons, et vos petits pieds douillets vous en seront éternellement reconnaissants.
''-Restez en mouvement quand vous ne grimpez pas (sautillez, bougez vos orteils)''
Ca, ça ne marche que pour les grands sportifs. Personnellement, je n’en ai jamais connu. J’ai déjà vu des grimpeurs étranges en train de s’agiter en bas, fixant maniaquement leur projet, en train de faire de gestes bizarres…mais jamais par grand froid…D’un autre coté, je dois avouer que par grand froid, je n’ai jamais vu personne d’autre que mes cuvettards adorés au pied d’une falaise.
''-Utilisez des tissus chaufferettes, à placer dans votre sac à magnésie, dans vos poches ou même directement sur des prises de repos''
C’est bien connu, l’endroit toujours le plus chaud, surement pour le bien de l’espèce, c’est dans le slip. De préférence son slip bien sûr, même si comme Schnappi, certains aimeraient que de temps en temps quelqu'un, ou plutôt quelqu’une, s’y invite…Il peut cependant se poser un problème d’accès, du au fameux Damart. Mais sachez qu’il existe une très sympathique version kangourou, particulièrement bien adaptée.
''-Utilisez la méthode dite "du vigneron", pour vous réchauffer les doigts avant de faire un essai : faites claquer très fortement vos doigts sur votre dos, en effectuant un mouvement de bras très ample tel que montré sur la photo ci-dessous. Faites autant de répétions jusqu'à avoir les doigts brûlants''
En plus de cette excellente méthode, nous avons développé celle dite du ‘’Bruno-rond’’, que m’avait apprise Bruno, un sombre jour de janvier, dans le brouillard d’Omblèze. Alors qu’on pourrait penser à un effet secondaire du vin chaud, il s’agit fort heureusement de totalement autre chose. J’avais les deux pieds complètement rigidifiés pour le climat sibérien de l’époque. Ils étaient incapables d’épouser la moindre aspérité de ces belles dalles grises techniques de la falaise. 5 min avant de taper l’essai, Bruno quitta ses chaussettes, plongea ses pieds nus, fins et légers, dans un bon gros tas de neige. Il ferma ensuite les yeux, sans rien dire. Quelques grimaces plus tard, il enfila ses pieds fumants dans ses chaussons….et enchaina son projet. En descendant il me lança, à moi son jeune padawan, ''si onglée tu as, la choper avant l’essai mieux il sera''.
Un grand merci à nos Kougelhopf-iens pour leurs judicieux conseils. La seule chose que je rajouterai à cet excellent article, c’est que le plus important encore, c'est bien ce petit soleil qui s’allume au fond nos petits cœurs sensibles dès lors que l’on se retrouve au pied d’une de nos si belles falaises de LaCuvette, et ce, quelques soient les caprices de la météo !!

mercredi 30 décembre 2009

Battery

Mon anglais courant m’inspire quelques doutes, car outre manche les faux amis sont légions. J’avais envie de parler de batterie mais comme je ne raterai pour rien au monde la moindre occasion de caser une allusion musicale aux quatre fameux horseman qui ont bercé toute mon enfance… Pour s’endormir, rien de tel que cette superbe intro, une espèce rare de mélodie envoutante …de quoi donner une réelle profondeur mystique.. S’en suit le riff percutant d’une marque de fabrique que ne retrouva nulle part ailleurs depuis.

Bref, j’aurais préféré que mon problème de batterie arrive le 24. Cela m’aurait épargné une morne journée au boulot. Pour la première fois je dus allumer la lumière en arrivant et l’éteindre en partant. J’étais seul sur cet immense plateau paysager, lui qui était pourtant censé développer la communication, la circulation d’idées novatrices et renforcer l’esprit d’équipe. Il y avait presque quelque chose de surnaturel, d’incongru…un peu comme ces samedis matins où la raison devrait nous pousser à rester au chaud sous la couette au lieu de se soumettre à une folie cuvettarde nous menant droit à la surgélation, au pied d’une falaise. Je ressentis de nouveau ce délicieux sentiment d’anormalité lorsque je me retrouvai à la machine à café. Alors que d’accoutumée je passe plus d’une heure en serrage de mains, en bises et en vaines discussions sur la météo, le cours de la bourse, l’épidémie de grippe A ou encore la vie de famille de ceux que mon voisin de bureau définit si justement comme de simples relations de travail, imposées par notre hiérarchie.
Un problème de batterie donc, quelques coup de clé dans le contact, un semblant de vrombissement toussoteux et finalement plus rien. Heureusement, ce ne fut pas au moment de rejoindre les cuvettards à Voreppe. Mais j’ai échappé de peu à la lapidation car on a failli louper notre rendez vous avec le père Noël. Le vrai bien sur, pas celui qu’on voit partout dans toutes les grandes surfaces. J’en suis sur, ce sont mes enfants qui me l’ont affirmé.
Un coup de froid, un peu d’humidité et voilà le moteur qui cale. J’eus la même impression en observant une foule de cuvettards, tous venus taper des essais dans le cultissime Bouze maker 7c, de la grotte de Voreppe. Un moteur qui fait semblant de se lancer, puis qui s’éteint au bout de 4 mouvements, incapable de fournir la puissance nécessaire à fermer le bras pour passer le crux. On à beau observer les différences de styles, de couleurs, d’éthique, de carrures, de tenues… le résultat en bien toujours le même. On nous rabâche pourtant à longueur de temps que la mixité, le mélange et le brassage des genres resterait le meilleur moyen d’avancer…

Puisqu’on parle de bricolage, j’ai du sortir mes plus beaux outils, pour ma batterie mais surtout pour accéder au pied de Fading Light, le 8a de Voreppe.

Dire qu’ils sont si nombreux à parcourir le monde, même Schnappi serait en pleine quête du coté de Seynes…En plus de battre le record de l’empreinte carbone de l’écolo grimpeur, ils cherchent tous la plus belle colo du monde. Mais aucun d’eux ne peut songer qu’elle se cache tout simplement ici, en pays cuvettard. Protégée, dans son écrin de verdure bordé par la zone industrielle et la route nationale, elle se cache au dessus de la petite grotte. Une véritable invitation à venir se laisser dévorer par cette immense mono colonne qui offre 30m de conti, à se frotter sensuellement contre elle, à la serrer avec fougue entre les cuisses et à repter langoureusement le long du sa peau si lisse et si douce.
Voreppe. Cette falaise regorge de merveilles, qui se laissent découvrir pour peu qu’on décide de se laisser apprivoiser…pour y grimper….autrement. Ptit rond, un simple 7b, dont l’histoire est étrange…équipé puis déséquipé, puis rééquipé puis de nouveau déséquipé, et enfin de nouveau rééquipé par Sunny. L’une des rares voies de LaCuvette dont le relais se clippe à la perche. A peine 10 mouv bien péchus. Juste de quoi donner de fil à retordre à Jean-Yves, Luca, Ludo et Sylvain…sous le regard complice de l’œil de LaCuvette…


Bonne année à tous, que 2010 permettent à tous les cuvettards de (re)découvrir les joyaux cachés de nos falaises, mais sans trop en ébruiter l’existence, juste pour que l’on puisse y couler encore de nombreux jours paisibles et heureux…

dimanche 20 décembre 2009

Enfin

L’année touche à sa fin. Avant que ce ne soit l’heure des bilans, les préparations de Noël ont fini par balayer la petite déprime de Novembre avec sa grisaille ambiante et ses jours trop courts. La magie du vieil homme à la robe rouge a fait tomber les premières neiges, juste pour adoucir les bruits de la civilisation et colorer la ville d’une blancheur froide et féérique. Alors que le climat devrait dangereusement se réchauffer, je relevai -8°C ce matin alors que je m’en allais, le béret fourré sur la tête, acheter ma baguette et mon journal…en luge… Croire encore au Père Noël, c’est surtout se permettre de vivre encore et toujours quelques instants incroyables, complètement déraisonnables, et souvent incompréhensibles aux yeux des adultes. Tandis que certains avaient l’onglée, à la maison rien qu’à sortir du lit, Sylvain et Jean-Yves me récupéraient déjà, le jour à peine levé. A grands coups de publications scientifiques (page 9), je les avais persuadés de la chance que Lacuvette nous avait accordée. "La nature calcaire du sous-sol n’est pas propice à la rétention de l’eau sur la colline de Comboire. Si on y ajoute l’exposition ensoleillée des versants sud et est on comprend que la faune et la flore doivent faire face à des conditions quasi méditerranéennes. On rencontre sur la colline de Comboire des espèces dont l’aire de répartition principale se situe beaucoup plus au sud et dont la présence, ici, est exceptionnelle. Le genévrier thurifère est ainsi un arbuste dont les principales populations se situent au Maroc. Les falaises de Comboire constituent l’un des sites les plus nordiques de cette espèce". Il n’y a pas de fumée sans feu, et nous allions donc être les seuls et uniques privilégiés à profiter de ce micro climat saharien. Grâce 4 pneus neige, nous arrivâmes finalement assez facilement au parking de Comboire. Contre toute attente, il fallut faire la trace pour accéder à la falaise. Et personne ne vint perturber la sérénité de ce samedi matin. Une falaise d’un autre temps dont les platasses et les grosses pinces se prêtent à merveille aux conditions du jour. Et quelques vestiges du temps des premières prises en résine, lorsque les salles d’escalade n’existaient pas encore. Entre les coulées de glace éphémères et l’irréalité des stalactites, Jean-Yves choisit de se réchauffer dans une voie spécialement conçu pour être longue et continue, Fleur de nave, 7a+, du secteur des toits. Dans une toute autre filière et surtout pour ne pas que l’onglée n’ait le temps d’arriver, Sylvain enchaina, globalement, au prix de trésors de finesse et de technique, le très court mais rigolo Vieil Arsenic 7a. Attention, âme sensible s’abstenir puisque l’on peut entrapercevoir qu'à un bref moment, il tente de poser un pied.

Enfin, je glissai moi aussi, sur la strate verglacée de la fin de la traversée de la conque d’El condor buta, 7c. Encore une voie unique à l’ambiance torride et à l’inconfort permanent.En parfaite communion avec la nature, tandis que le soleil poursuivait sa course au raz de l’horizon, nous basculions vers le secteur face sud pour pleinement profiter de la chaleur de ses timides rayons. L’occasion de rendre visite à 2 pas de bloc mythiques qui ont contribué à la légende de la falaise. A commencer par Belles et buts, le 7b dont la méthode de la pointe contre pointe resta encore à l’état de vague utopie pour Jean-Yves et Sylvain. Ce qui me permet de recycler une vielle photo de Ludo qui en 2004 randonna la belle sans prendre de but…et avec l’aisance qu’on lui connait. La deuxième, Rock Accro, le 7b+ de droite. Deux plats pour démarrer, puis 2 inexistences à relancer main gauche, les pieds en vrac jusqu’à une lointaine inverse. Un mouv qui, avec Ludo nous avait encore ramenés à la dure réalité des vraies cotations, et ce, à maintes reprises. Et puis, ce jour, surement aidé pour la magie de Noël et par l’incroyable collante, je réussissais miraculeusement à m’envoler avec ces 2 plats, puis à recoller pour tenir et enfin bloquer cette règle pince bizarre...
Et dire que ce matin, les deux mains collées autour de mon bol de café j’ai bien plus froid qu’hier, lorsqu’on tapait des essais…Merci Père Noël pour ses falaises et ce micro climat qui permet au petit monde de LaCuvette de trouver son bonheur par tous les temps, et en toute saison !!
Et n’oublie pas mon petit soulier…
Le reste des photos du pole nord >>ICI<<

dimanche 13 décembre 2009

La base

La base…c’est ce que je rabâche au boulot, à chaque fois que l’on monte de nouvelles équipes. Le coup du pot et des cailloux fait toujours sont effet. Imaginez un immense pot de verre ainsi qu’une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis. Je les place délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot est rempli jusqu'au bord sans qu'il soit possible d'y ajouter un caillou de plus, pensez vous que le pot est plein ? Indubitablement, vous me répondrez en cœur "Oui". Imaginez maintenant un sceau rempli de gravier. Que se passerait-t-il si je versais délicatement ce gravier sur les gros cailloux, en brassant légèrement le pot ? Et bien les morceaux de gravier s'infiltreront entre les cailloux... jusqu'au fond du pot. Devant votre yeux ébahis et médusé, invariablement, je reposerais la même la question : "Est-ce que ce pot est plein ?". Méfiants cette fois, vous me répondriez "Probablement pas !". "Bien", vous féliciterais-je alors en sortant de sous la table un seau de sable. En le versant dans le pot, le sable ira remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Une fois encore, je vous demanderais "Est-ce que ce pot est plein ?". Cette fois, à l’unisson j’entendrais "Non !". Je finirais alors avec un pichet d'eau en remplissant le pot jusqu'à ras bord. A chaque fois, je laisse un long silence, histoire que tous comprennent d’eux même que lorsqu’ils pensent avoir un agenda complètement rempli, et bien, en le voulant vraiment, ils pourraient toujours y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire…Après ce premier degré évident, je termine toujours en gardant la tête haute, en concluant que la grande vérité que démontre cette expérience est toute simple : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais faire rentrer tout le reste ensuite. Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de faire passer ses gros cailloux en premier…La base quoi, en somme…
C’est ce qu’on avait eu tendance un peu à oublier ces derniers temps en nous perdant en pays Vertaco. Il fallait rectifier le tir et revenir à des valeurs sures.

Espace comboire donc, et pour remettre les pendules à l’heure rien de tel qu’un bon vieux Peau de balle, simple 7a+ du secteur extrême gauche. Dépités par un départ des familles et par une fin subtile en dalle, Jean-Yves et Sylvain me broyèrent de rage ma toute nouvelle perche. Ils tentèrent ensuite de se rattraper avec la réjouissante perspective de piquer les premières réalisations du rebord du monde, 7a un superbe voyage initiatique en arc de cercle, au bout de la vire, dans un rocher gris parfaitement sculpté, et du Trou de balle, un 7b/7b+ dans le plus pur style Espace Comboirien, en léger dévers, court, sur plats, angles et rondeurs, à dynamiser, tout en douceur…Mais l’ordre des choses ne pouvait subitement s’inverser, et ces 2 FA revinrent finalement à l’éternel sumo, ermite équipeur du lieu. GrandLudo s’offrit les 2 premières répétitions au prix de biens beaux efforts, tandis que Bruno et Sylvain décrochèrent la 2eme et 3eme du Rebord du monde. Quant à Luca, il doit toujours, à l’heure qu’il est, s’acharner avec Richard pour empocher la 2eme et la 3eme du Trou de balle.Comme pour tant d’autres choses, la grimpe n’échappe pas à la règle. Certains voies se sont imposées d’elles mêmes, sans qu’on ait besoin d’en parler. Des sortes de rituels ancrés dans la mémoire collective, auquel il faut se soumettre pour passer à l’âge adulte. Pourtant, ce sont souvent ni les plus belles, ni les plus dures…mais elles recèlent ce brin de je ne sais quoi singulier, qui en ont fait des passages obligés. L’arme à l’œil par exemple pour le 7b. On ne peut se prétendre cuvettard sans avoir fait le 8a de la Poudre, aux Lames…n’est-ce pas Schnappi ?….Il faut avoir fait Strapper français, le 7a+ du mas d’Auris. On ne peut se soustraire à la redoutable fissure de l’Ampoule de jardinier à Voreppe, ni à Bouse maker, sa bien aimée voisine de droite, toutes deux 7c. Cette dernière s’est même vu parcourue en son temps, par Clém, un des mutants rioupéristes pourtant des plus réfractaires à l’usage de la corde. C’est ainsi que ces 2 voies ont fait l’objet de nombreuses visites ces dernières semaines. A commencer par Oliv, Luca et bientôt Sylvain pour Bouse maker, la bien nommée, suivis de Schnappi, Charlie et Pierrick pour le mythe en toit de l’Ampoule…lassés par trop de 8b dans le Vercors surement plus…conventionnels…et aux couchés de soleil moins exotiques.Avec Ludo, on se devait participer à la fête, en tentant nous aussi d’allumer l’Ampoule. On vit alors 2 écoles radicalement différentes, celle du guerrier insensible à la douleur et inconscient, avec Ludo qui coinça tout les parties protubérantes de son anatomie dans cette grosse fente gluante, opposée à celle de la fluidité de celui qui affleure avec douceur le rebord de la lèvre de cette magnifique fissure en toit, se contorsionnant avec souplesse et grâce pour épouser à merveilles les caprices de dame nature… Même topo dans Bouse maker entre la débauche hormonale d’Oliv qui tente de tout faire no foot et Luca qui se la joue fillette effarouchée à la calvitie naissante en tentant, carre externe, lolotte et prises intermédiaires… Mais la base ça reste bien de serrer les croutes, et si possible en dalle. C’est ainsi que Lol et Martin auraient été aperçus en plein ébats, le cul bien en arrière…dans Amour…toujours, le 8b dalleux et passage obligé des Lames. Autres lieux mais toujours une parfaite dalle grise avec Iaki qui revient aux sources de Saint Sulpice, dans Le maître décolle, élève la voie, un superbe 8a que l’on doit au grand monsieur FT. La base, c’est surtout de ne plus se poser de question, de suivre l’instinct primitif de l’espèce cuvettarde, celui là même qui nous sort du lit ces matins d’hiver gris et froids, juste pour le plaisir de se choper une onglée dans une de ces voies mythiques dont la simple évocation du nom suffit déjà à nourrir nos fantasmes…Comme la Foué famely’s qui rêva de trous et de monos, et qui le lendemain matin au réveil fit 500km pour se poser au pied des murs blancs du Saussois. Quelques instants plus tard, le sourire aux lèvres et le devoir accompli, les brothers clippaient le dernier point d’un monument de l’histoire de la grimpe, Chimpanzodrome, 7c+.

Bravo messieurs, c’est bien ça, avoir la foi !!