lundi 16 novembre 2009

Les jours...

...Se suivent mais ne se ressemblent pas. Pour le grand bonheur de ceux qui cherchent le frisson de l’inconnu, qui fuient l’angoisse de la routine et qui cachent leur névrose derrière une course effrénée contre le temps qui passent et qui leur échappe. Et pour le malheur des autres qui ne maîtrisent plus leur vie, contraints par tant imprévus quotidiens, les privant de sains plaisirs de monomaniaques. Du coté de LaCuvette, certains incontournables sont ainsi devenus légions. Comme le fameux samedi matin, départ 7h15…même si un certain esprit rebelle s’est subitement manifesté ces 15 derniers jours. Sylvain, fit mine une première fois de rater son réveil, alors que le devoir de mémoire aurait du le lever aux aurores pour célébrer nos héroïques aïeux du 11 Novembre. 3 jours plus tard, il s’embrouilla avec une litanie sur un ordinateur de bord mal initialisé bloquant le démarreur de sa vielle Clio du siècle dernier jusqu'à 8h. On le vit donc arriver en retard à Tinadalle et, contre toute attente se mettre à taper des essais, et ce, pour la première fois de sa vie dès la première séance et sans ses sempiternelle montées de calage et de repérage dans un 7cNever Trust. Une voie que Luca enchaina avec maestria, avalant sans broncher ces 3 sections blocs qui elles aussi se suivent mais ne se ressemblent pas. Après plusieurs mois d’abstinence, Oliv touchait enfin du caillou, renouant avec le plaisir de mettre des chaussons et de poser…ses pieds… presque atrophiés par de long mois d’inactivité. Même sur un pan à 60°, avec pourtant de gros plats à sensation, il n’est pas arrivé à s’en servir. Après la pluie donc, le beau temps…On avait commençé avec un avant gout de l’hiver arctique, accompagné de Martin, Luca et Yves, dans le brouillard, au milieu de lignes trempées et quasiment sous la neige. Ce qui nous assura une parfaite tranquillité au pied des voies…mise à part un passage éclair de SOS méthodes, Monsieur JMC, histoire de se convaincre du faible degrés de grimpabilité et surtout de nous rappeler qu’il ne servait à rien de s’obstiner dans le pas de bloc du départ de Hamac,7c+ sans le pied gauche placé exactement comme il me l’avait indiqué.Il avait encore une fois raison, même si je n'en reviens toujours pas d'avoir atteint cette satanée prise…sous le regard d'un Martin médusé…
3 jours plus tard, les caprices des cieux avaient enclenché une sorte de sèche cheveux géant, un vent du sud nous faisant gagner plus de de 10°. De quoi assécher la moindre prise. On se sentit alors subitement moins seul. Jean-Yves se lança sur les traces de Ludo dans Grain de poussière, 7c en tombant pour presque rien et par 2 fois dans le crux médian, sur ces 2 seules règles, perdues au milieu d’un immense océan de colos. Cette fois ci, la JMC’s famely daigna sortir son matos pour taper quelques essais toujours dans Octo-dictat, 8a+. L’occasion aussi de rappeler que l’escalade se conjugue bien mieux au féminin. D’ailleurs, mais si on dit UN bourrin ou UN bac, on dit surtout LA grimpe, LA cuvette, UNE voie, UNE règlette, UNE croix, UNE colo…Et ce n’est pas Madame JMC qui dira dans le contraire, en tapant des essais dans Sombre Héros, un long, très long 8b, auquel elle accède non pas par trapèze, le 8a…trop facile…mais plutôt par l’intégrale d’Angel le 8a+ de référence de la falaise. Même notre président était dans le Vercors. On ne pouvait faire autrement que de réaffirmer notre identité nationale et notre amour incommensurable à ses falaises sans qui nous ne serions pas. Ceci explique la foule rassemblée ce dimanche à Tamée coté cool…euh non, Tamée coté court… Plus d'enfants que de grimpeurs, une bonne dizaine de minots mais sans compter Schnappi. A peine remis de son humiliation au pan gullich par le sexe faible, il fut encore agacé par l’aisance de Madame JMC sur des prises si petites qu’elle seule ne peut les utiliser dans le 8a+ de Laisse béton. Bien remonté, il s’élança dans une véritable démonstration de force, broyant plus qu’il n’en faut chacune des prises, réalisant tous les mouv dynamiques de Cocaïne blues, incotable selon certaines mauvaises langues mais 8a+ sur le papier, en stat. Lol étala toute sa culture musicale en enchainant le 8a Alligator 324 ?, 272 ? 333 ? à moins que ce ne soit 427…y’a pas idée de trouver des noms si compliqués…Quant à Martin, il priva sa progéniture des joies d’un gouter chez mémé pour voir si les pas de bloc de ce coté ci du vercors lui conviendraient mieux que celui de Hamac….
Et l’identité Lacuvette dans tout ça ? Il paraîtrait que la jeune génération, même après une belle croix dans Smoke le 8c (8b+ selon l’intéressé) de Pierrot Beach, aurait été aperçu en flagrant délit de tentative de répétition d’une des bases de la grimpe locale…aux Lames, dans la très belle ligne de je grimpe donc je suis, le seul 8a+ déversant, perdu au milieu de redoutables dalles. Et Xav de me préciser…mais direct dans les points… évidement ajoutait-on coeur…On imaginait alors une certaine provocation, en équipant délibérément une variante, par les bacs de droite en bas et bien à gauche en haut pour prendre le repos…simplement pour le plaisir de contrer des chasseurs de croix peu scrupuleux. Mais bon, je suis rassuré, la tradition se perpétue.
Même si les jours se suivent sans se ressembler, l’esprit des anciens, des premiers découvreurs des lieux est intact…en bon papy vétéran d’anciens conflits, en ce mois du souvenir, je peux donc désormais m’en aller en paix….
Le reste des images >>ici<<

dimanche 8 novembre 2009

Voyage

Voyage… un des nombreux hymnes d’une des plus grandes décennies musicales du siècle dernier. Du temps où l’on osait tout, au second voir au triple degré, sans prétention aucune et surtout sans le moindre complexe…Une coiffure que j’ai longtemps essayé d’imiter, sans succès.
Voyage, c’est aussi la tendance pour ces vacances de la toussaint. Du moins pour ceux dont les études n’en finissent plus de durer ou pour ceux qui ont embrassé avec passion et dévouement une longue et éprouvante carrière dans l’éducation nationale. C’est ainsi que notre Schnappi a du ravaler son égo après son humiliation en règle par deux représentes de la gente féminine sur le pan gullich de la fac. Pour oublier, il s’est offert une brève incartade hors des frontières de Lacuvette, avec la croix dans la séance du 8a de la voie du milieu à la Piare, pourtant réputée comme étant une falaise estivale. De son coté Guigui poursuit sa quête des lignes les plus singulières. Après de longues errances dans l’approche sur les crêtes du Verdon, il parvient enfin à descendre le long de ces fabuleux rails de colos colorés…avant de prendre un immense bonheur à remonter la ligne magique de Tom et Je ris, le 8b+.

De quoi presque rivaliser, le cadre, l’ampleur et l’ambiance en moins, avec la merveille géologique cuvettarde qu’est la mono colo monumentale de Fading light, le 8a à Voreppe. Un peu moins loins, en pays Vertaco, Xav fut aperçu en flagrant délit de récup active dans En guerre et contre tous, un 8b récent de Ludo à Tinadalle. Le lendemain, profitant de la surcompensation il parvint à tordre le cou de l'un de ses projets en répétant le 8c de Smoke, dans l’impressionnant profil du secteur central de Pierrot Beach. Monsieur Tournois, lui, a quitté son trou lotois pour quelques jours pyrénéens. Il y réalisa quelques classiques du vieux secteur de la Tirounière. Ce nom rappellera aux plus anciens d’entres nous, des souvenirs de belles images de colonnes, déjà à la mode à l’époque, sur le papier glacé d’un des premiers numéros du magazine Vertical. La bande des acharnés de la Romanche, ainsi que le grand et regretté Phildar se sont exilés à Bleau, le seul site de bloc au monde capable de rivaliser avec Rioup. Et Martin a prolongé sa lune de miel avec vue sur la mer, en déroulant sur les fameuses stalactites de Kalymnos. Quant à Luca, le cuvettard du Grésivaudan, il est allé tâter de la stalactite aussi grosse, mais en pays niçois…


Puisque l’heure est aux pérégrinations, le noyau dur de LaCuvette s’est laissé aller en délaissant pour quelques temps la rigueur et l’exigence de la vire. Prétexte pour redécouvrir Tinadalle, son horizon dégagé, ce paysage de vacances et sa marche d’approche éprouvante. Ces quelques écarts pour attendre la collante et le temps des projets. De quoi aussi permettre à Sylvain de finir son cycle de préparation physique spécifique personnalisée, à Ludo de battre son record de 22 voies sans repos à Espace Vertical le temps de la pause repas du labo, au doigt de Jean-Yves de se remettre des traumatismes d’une overdose de résine, et à Oliv de faire ses aller retour sur les règles de son tout nouveau pan gullich, incliné à plus de 60°. Le temps aussi pour Yves de tenter, retenter, re-retenter, re-re-retenter et re-re-re-retenter ce fameux Voyage de noces, 7a+ dalleux du secteur…qu’il devrait d’ailleurs de nouveau re-re-re-re-retenter…Et dire que l’inspiration d’un jour pluvieux l’a conduit à tenter d’accéder au secteur des hauts lieux à St Egrève. Un sentier d’approche détruit par un l’éboulement, il y a deux ans. Des voies impratiquées depuis près de 15ans…un choix des plus judicieux…même si ce secteur oublié cache quelques bases de Lacuvette comme ce dévers coupé au couteau, aux faux airs de Cimaï, avec en son centre l’envers du décor, 7c+/7c…enchainé en 1983 par un certain Le Glaude, du temps ou le premier 8a venait à peine de voir le jour…
Sylvain prit enfin conscience, il n’est jamais trop tard, de son potentiel en marchant Coulée douce puis Coulée douce directe, respectivement 7a+ et 7b incontournables de la falaise. A moins que ce ne soit l'effet Estelle à l’assurage… A tel point qu’il ne m’entendit même plus l’appeler à venir essayer le 7c forçu de Never Trust, histoire de partager le chantier avec Luca. Ludo, après avoir découpé son gâteau, se sentit bizarrement beaucoup plus fatigué qu’après ses 22 longueurs de résine, en arrivant, au prix d’un beau combat, au relais de Grain de poussière, LE 7c de conti de la falaise. Bruno, chercha les voies les plus longues, celles qui n’en finissent plus et jeta son dévolu sur sang coulé, le 7b+ qui fait suite à Coulée douce et qui termine au somment de la falaise. Le prochain essai devrait être le bon…Forcé de suivre le mouvement, je fus contraint de lutter contre mes aversions, contre ces colonnes autour desquelles il faut se déhancher, ces voies de plus de 5m dans lesquelles il faut respirer, ses coincements de genoux et ses contorsions qui font mal. Je courbai l’échine et mettais du cœur à l’ouvrage dans Never trust, Never trust a Hamac et Coran alternatif, les 3 derniers 7c récemment ouverts par Ludo.Cette falaise populaire fut l’occasion de recroiser une des mémoires de LaCuvette. Une des seules véritables encyclopédies vivantes des crux de toutes les voies cuvettardes, du 3sup au 8c. Accessoirement redac chef, quand il a un peu de temps, d’une feuille de chou qui parle de varappe, notre JMC prouve qu’il serre encore bien les prises, comme dans Octo-Diktat, le 8a+ qui prolonge Trapèze, oeuvre encore de Ludo. Tout ça sous les yeux de sa jeune progéniture, à qui il transmet déjà tout son savoir, sa connaissance du moindre geste de la moindre voie locale. Tandis qui me regardait pendouiller dubitatif au bout de ma corde. Il me fit alors part des méthodes du pas de bloc du départ d’Hamac, 7c+. Une voie qu’il n’avait du faire qu’une fois, et ce, il y a surement plus de 20ans… : une espèce de croisé légèrement descendant suivi du balancier provoqué avec les pieds décalés, censé permettre d’atteindre dans l’élan une règle qui jusqu’alors me semblait complètement hors de porté.
Enfin, et pour varier les styles, on décida avec Sylvain d’aller explorer le secteur grande expérience du Mont Peney , au pays de la voie qui rouste et des cotations tassés qu’est la Savoie. Une sorte de Lolette, dans une baume bien plus large, un poil plus bucolique, et en altitude et aussi idéalement exposée. Malgré le profil, ici, point de colonnette ni de trou…uniquement des plats, des angles et des régles à serrer, en plein toit. Une véritable ode à la force…Que d’efforts pour venir à bout d’un court 7b, Tout l’or du monde, avec des premières phalanges indécemment sollicitées. Que d’agonies pour arriver à serrer l’angle plat et fuyant, qu'il resta ensuite à remonter sans partir en porte, dans le bas de A lez là, un simple 7b+ variée dans lequel je fus bien loin d’être vraiment à l’aise…
Voyage voyage, Ne t'arrêtes pas, Au d'ssus des barbeles, Des cœurs bombardes….Regarde l'océan...Ah mer**, demain je peux pas, le boss m'a collé une réunion de crise dès 8h...

lundi 2 novembre 2009

Grand et fort

Tu seras…
A partir d’un certain temps, il devient indélicat de se soucier du nombre de bougies à mettre sur le gâteau. On se contentera alors juste de trouver charmantes ces petites pattes d’oie qui pointent à l’extrémité de chaque œil. On fera remarquer que les premiers cheveux blancs rajoutent un coté Clooney, qui vaudra plein de nouvelles collègues de travail à l’heure de la pause, pour prendre un petit nespresso à la machine du boulot.
La première fois que je l’ai croisé, il se trouvait 10m au dessus de moi, pendouillant au bout d’une corde implorant et suppliant qu’un inconnu de passage daigne lui prodiguer quelques méthodes à adopter pour passer le crux. Je fis preuve de charité, et m’arrêtai quelques instants pour lui indiquer de bonnes ruses de cuvettards, l’encourageant à serrer les prises, à jeter sur le bac suivant et surtout à ne pas se soucier du clippage, qui apparemment et vu l’état de fraicheur serait impossible. En plus d’une taille hors norme, je remarquai tout de suite son esprit combatif, ce désespoir que le poussa jusqu’à un ultime jeté bien loin au dessus du point qu’il n’avait donc pu clipper. J’eus le temps de le voir défiler sur presque la totalité de la hauteur de la falaise et se retrouver presque au niveau de la vire. Il me sourit et lâcha un ‘’c’est trop bon, j’y retourne’’. C’était à Espace Comboire, il venait de tomber flash, complètement ouvert, en ayant sauté le dernier point, à 3cm du relais de Mourir pour des idées, un 7a+ mythique du secteur du mythique KGB, de la falaise mythique d’Espace Comboire.
Cet homme ne pouvait être là par hasard. La providence l’avait mis sur ma route. A se trouver là, c’est qu’il ne pouvait qu’être bon et sain. Je le compris lorsque que je croisai son regard, celui du cuvettard assoiffé et motivé qui à vie sera marqué au fer rouge de l’empreinte des falaises de Lacuvette.
C’est ainsi que démarra une longue histoire faite de traquenards, d’enchainements inespérés et improbables, de vrais combats dans les pires bouses locales, de perdition et d’errance sur tout bout de caillou équipé des alentours… Je ne me souviens pas de son premier 7c…c’est surement qu’il en a toujours fait, en tout cas, surement depuis bien plus longtemps que moi. Comme s’il s’agissait de son niveau de base, son niveau zéro. Par contre, je conserverai à jamais l’image de ce qui aurait du être son premier 8a. Cette base à coté de laquelle aucun vrai cuvettard ne doit passer. Ces murs lisses des Lames, ce pas de bloc au départ où je découvris tout l’éventail des possibles que dame nature pouvait accorder aux plus d’1m90. Il avait enquillé toute la section rési médiane, jusqu’à la traversée. Il en avait fini de caler ses pieds et de serrer ces yeux et ces cupules arrondies. Il ne lui restait plus qu’à tenir cette dernière prise et monter bien haut jusqu’à la première bonne règle de la rampe…et puis l’impossible, l’incompréhensible se produisit….je le vis se désunir, manquer la prise puis partir en arrière, plein de désespoir….ce jour là, il aurait du enchainer La poudre.Son premier 8a, il le fit par dépit à la DJ…ce qui confère aussi le respect. Quelques essais lui suffirent pour dompter la méthode du jeté de pied dans le dièdre étrange de Lost Higway to hell. Quant au premier 8b, ça ne saurait tarder puisqu’il s’est mis en tête cette année d’enfin se mettre à l’escalade…
Et puis, il y eut aussi tout ces records d’onglées, comme ce jour à St Egrève, en 3ème longueur. J’avais du tomber par hasard sur cette page de mon topo. La folie nous avait conduit là haut, au pied des murs déversants du secteur des gros surplombs, en plein hiver, sous la neige, vachés sur un vieux relais exposé aux caprices du vent du nord . Chacune des prises de ce 7c, la bête à bon dieu, n’était que glaçons et stalactites…Niant l’évidence, il s’élança, motivé comme jamais pour la faire à vue…Pour sa première fois à Tinadalle, j’avais réussi à la convaincre que la falaise était dans l’hémisphère sud, et que l’on grimperait torse nu. Il y fit si froid que même nos neurones furent anesthésiés. Et puis, je ne compte plus les envies subites, entre midi et 2, pendant la sieste des enfants ou en les amenant au parc, avant la tombée de la nuit, et j’en passe… pour courir au pied de nos projets, taper 1 essais chacun et repartir en courant, comme si de rien n’était, n’ayant même pas pris la peine de couper le moteur de la voiture, ni sortir les enfant de leur siège auto. J’oublie aussi quantité de traquenards dans lequel il me suivit les yeux fermés…se faire rouster dans les devers de Ludo en 3eme longueur à Comboire, cocher le 7a+ de Jimmy Cliff sous prétexte qu’il faut tout faire, marcher 3h pour faire l’antéchrist 7b+ ultime de Narbonne, faire le sanglier pour faire des premières à Sassenage, tester flash mes nouvelles voies, à peine finies, pour voir si les prises tiennent ou s’il fallait rajouter un point…
Bref, tant de perspectives d’expériences inoubliables qui font qu’il se lèvera encore en encore bien avant 7h le samedi matin, même en hiver, même sous 3m de neige…. Bon anniversaire Ludo !!!!!

Et une bise de notre perche humaine à ceux qui reconnaitront les voies en photos (indice : ce n'est ni le sud, ni l'espagne...même si ca y ressemble...)