mercredi 13 juillet 2011

Il était une fois dans l'ouest

En version grand écran ou en version grattée par les doigts magiques de Mark et ses potes dans la dèche, dans les deux cas, un grand bonheur. Mais en était-il de même dans la réalité ? Je partis en quête de ces grands espaces vierges et colorés, en quête d’aventures. Chevauchant mon fidèle et robuste destrier, Oliv, je plongeai en direction du soleil couchant, en route pour le grand ouest. A première vue, d’interminables contrées impropres au moindre bout de rocher. Alors que nous pensions avoir droit à un mirage, guidé par notre instinct de survie, nous tombions presque par hasard sur la falaise de la Forge du diable, tout à l’ouest de la Dordogne. Le FT m’avait pourtant prévenu, insistant sur la route passante et sur la petite vire inconfortable. Mais pour qui connait le cuvettard, de telles mises en garde s’avèrent finalement une vraie incitation à venir visiter ce lieu au nom si évocateur. En guise de route passante, juste 3 voitures de touristes à la journée et pour ce qui est du vide impressionnant, une vire large comme un terrain de foot perchée à bien 2m50 au dessus de la route. Comme quoi, tout n’est qu’une question de référentiel…A peine arrivés, nous étions assaillis par la faune locale.Tels des chasseurs de primes, ils avaient commencé à encercler Oliv, connu comme l’homme qui tracte plus lourd que son ombre, grâce à une fameuse photo…
Mais je remarquais un détail qui allait nous permettre d’éviter le duel. Au pied de Guy, je reconnus une piètre imitation de la fameuse perche LaCuvette. Car oui, même perdus dans une ville fantôme du sud ouest, la légende du valeureux cuvettard fait toujours son effet. Depuis leur rencontre avec Nico, Franck et Guy ont donc vu leur vie basculer, découvrant les 2 secrets de lacuvette : la perche et l’échauffement directement dans son projet, en montant les paires. Démonstration faite ce jour dans le très athlétique et esthétique Jour de star 7b+, sur le champignon dominant la route.
Mais trêve de digression, car le fidèle lecteur n’a que faire que nos histoires cuvettardes. Il salive à l’idée de découvrir ce qu’est la grimpe de ce mauvais coté du monde. Passés les derniers contreforts du massif central, le paysage se vide et le caillou devient une denrée rare. Et parfois, aux entournures d’un petit cours d’eau insignifiant, se dressent quelques mystérieux champignons minéraux. Pas très hauts certes, mais toujours creusés en leur pied pour offrir des départs sacrément déversants.Comme aux Eaux-Claires on retrouve un mixte de caillou blanc lichéneux et de gris avec peu de grain, irrémédiablement truffé des trous. Ce qui réserve de nombreuses zipettes et une sensation de grimper en babouche. Ajoutez à cela une particularité locale, un rocher qui a la fâcheuse tendance à se mettre à « suer » lors des chaudes journées d’été… une excuse toute trouvée quand mes doigts..enfin mon doigt surtout, s’est fait littéralement éjecté d’un mono du départ du très redoutable 7c de Vieille canaille. Merci à Franck et Guy pour les méthodes, mais il faudra revenir pour l’enchainement.En parlant de trous, il faudra souvent faire preuve de ruse Buouxienne pour les travailler dans le bon sens et surtout bien les mémoriser pour ensuite tenter d’y glisser la pointe d’une babouche. Mais contrairement à Buoux, ici, l’absence de grain confère un touché étonnamment doux. En comparaison avec les Eaux-claires, on trouve ici toujours des monos, mais aussi des trous plus gros et surtout une falaise plus haute, frôlant les 20 mètres, soit un véritable temple de la conti.
Comme vous l’aurez compris un cocktail détonnant qui propose des a vue déroutants, souvent violents pour les doigts et jamais bien faciles….surtout si comme Oliv on choisit de s’échauffer cash dans la Dame de Shanghai 7a, Marasquine et Tornado deux 7a+ juste à droite ou encore L’eau à la bouche 7a+ au final dynamique du secteur de gauche
Passée la claque de l’acclimatation, Pomelos, 7b homogène s’avère un must du style local. 17m de mur gris légèrement déversant, que des bi et des monos…qui, si on oublie vite la méthode en carton d’Oliv, s’avère moins bloc que les précédents 7a/7a+ et se prête bien au à vue.Dans le genre bloc et tendineux, à éviter le 7b de Courou, coucou roploplo, ultra bloc et à doigts juste sous le relais. Juste à droite, l’une des rares voies en dalle du coin. Truc en vrac 7b+, supra technique aux dires d'ici, mais avec des règles et des monos qui feront plutôt sourire le cuvettard affuté !Après avoir mis les doigts et glissé des pieds dans quasiment tous les 7a-7b, il fut temps d’essayer un poil plus dur. La sus citée Vielle canaille avec sa proue qui aguiche le grimpeur, propose une très belle section sur bi…enfin mono pour moi... juste au dessous qu’il faudra négocier. Puis le court pour nous mais déjà bien rési pour le coinmi-ange mi démon, un 7c sur 4 dégaines avec deux sections bien physiques sur trous à bloquer bien bas.
En résumé, un caillou inédit, qu’il faudra prendre le temps d’apprivoiser et qui roustera tous les prétentieux qui pensent que le 7a c’est juste bon pour s’échauffer ! Mais une fois rodé à ce style, avec sa soixantaine de voies, la falaise réserve de bien joli morceaux dans une dominantes physique, un poil rési et toujours sur trous. Et comme ici plus qu’ailleurs la vie est tranquille, le cadre bucolique offre un petit ruisseau pour se rafraichir juste au pied, avec même quelques blocs nettoyés et tracés sur la rive…rajouter à cela des locaux qui se racontent les légendes cuvettardes du Nico qui tire et bloque sur tout ce qui bouge ou celle du Oliv qui tracte plus vite et plus lourd que son ombre…on se croirait presque à la maison !!

mercredi 15 juin 2011

El magnifico

Ca devait arriver. Plusieurs mois coincé entre deux tapis du Planète Bloc de la grande époque, sous le joug de Nico l’ex PB Master, forcément ça vous change un homme. Le néo-cuvettard qui a le plus la classe…et ce n’est pas une mince affaire quand on connait tous les autres prétendants…avec ses méthodes tirées à quatre épingles, son style sans faute de goût et sa manière bien à lui de dire « LaCouvette » en se passant la langue sur les lèvres, Luca allait finir par y arriver, à franchir la porte du 8ème degré. Chartousins de cœur, grimpeur méticuleux et appliqué, il partait pourtant de bien loin et peu nombreux sont ceux qui auraient misé un copeck sur sa réussite. Mais sa rencontre avec le style radical et efficace de LaCuvette lui ont finalement permis de décrocher le Graal : la semaine dernière et à deux jours d’intervalle, il enchaine Les précurseurs, 8a du col de Marocaz, puis La spirale du vandale, 8a aussi, à la cascade d’Alloix. Après La revanche de têtard à St Pancrasse et Big calm à la DJ l’année dernière, il faudra bientôt plus d’une main pour compter le nombre de 8 qu’il aura au compteur.

Avec l’accent donc, ses impressions tout en couleur et en nuance au travers d’une interview fleuve, à savourer confortablement assis, en terrasse, avec une pizza et un bon petit verre de Chianti.

Luca sans S, c’est comme LaCuvette sans Cu. C’est qu’il t’en manque vraiment une partie ?
Ce n'est pas ce que tu crois ! C’est juste les cheveux, comme mes filles aiment à me le rappeler tous les jours.
Alors qu’est ce que ça fait d’avoir fait quatre 8a et pas un seul dans le top 10 de ceux des vraies falaises de LaCuvette ?
J'en ai essayé un dans top 10 mais ça m’a pas réussi. J'en porte encore les marques !
Ah oui, c’est vrai, il parait que tu gardes un souvenir ému de tes essais dans La Poudre ?
Absolument! Jamais je n’avais fait un aussi gros vol, et en plus dans une section "facile"…comme le dis petit Nico : il ne se passe pourtant rien la haut. (NDLR : effectivement, on a pas idée de se la coller juste sous le relais, précisément là ou tous, on s'est dit qu'il ne fallait pas tomber).  J’avais pourtant bien tout repéré, mais ça n’a pas suffit. La prochaine fois que je passe par là en tête, ce sera juste une seule fois et juste pour enchainer…si jamais un jour je m'en sens capable.
En tout cas merci a Richard pour l'assurage et la remise en place des dégâts (NDLR : Si le dit Richard se propose spontanément pour vous masser le bas du dos, c’est bien sur en rapport avec certains de ses penchants inavouables, mais aussi et surtout, parce que ce torcheur de voie dures est aussi kiné…enfin seulement pendant les rares aprèm ou il ne grimpe pas)
Y-a-t-il un point commun à tes 4 premiers 8a ?
Elles ne sont ni trop physiques ni trop blocs…. Parfaitement adaptées aux vioques quoi!
Justement c’est quoi ton style de grimpe ?
Au taquet, comme beaucoup de monde ici d’ailleurs. Sauf que moi c’est toujours propre et avec du style. A noter aussi le manque systématique de voie d'échauffe, une bonne habitude que j'ai appris ici même.
Pour faire envie à toutes nos connaissances communes septcéplusogradistes, comment t’es tu préparé à cette ascension fulgurante depuis une année ?
En faisant beaucoup de VTT, même si ca n'a rien à voir. Et puis, de fulgurant, il y a eu que la dernière semaine: je suspecte du doping non volontaire ou un gros coup de chance.
Allez, tu peux nous le dire à nous, tout ça c’est un peu grâce a Tata LaCuvette et à Nico qui t’a séquestré pendant plusieurs mois au fin fond de sa salle de bloc ?
Va savoir.... mais, si c'est le cas, ca a été un effet très retardé ! La seule chose que j'ai hérité du PbMaster est un sac a corde "rosa shocking": j'aurais préféré le blocage au genou, mais je ne vais quand même pas me plaindre.
Merci d'avoir pensé à Tata…Y'a-t-il des voies que tu reverrais d'enchainer chez elle ?
Oh mais te vexe pas, ce que j’aime chez toi c’est ta densité de falaises, et aussi le fait qu'il y ait toujours quelqu’un pour grimper, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et par n’importe quel temps. Et puis y’a toujours une bonne ambiance chez toi Tata.
Sinon, pour les voies, non, je n’ai pas spécialement de grosses envies. J'essaie un peu tout et, les rares fois ou je ne bouge pas trop mal, ca devient un projet

Et qu’est ce qui tu manque alors pour devenir un vrai cuvettard ?
Surement de me lever tout les Samedi matin à 6h pour aller grimper sous la pluie au bord d’une nationale !!
On aura quand même la chance de te recroiser prochainement ou as tu encore d'autres projets ailleurs où ca compte pas vraiment ?
J'ai l'intention d'aller un peu plus vers les Bauges, mais la DJ ca reste incontournable, et sans doute aussi d'autres falaises de la Cuvette, il faut juste qu'on n'y risque pas sa vie sur un vire de 40cm de large.

Bon, c’est pas gagné alors....mais tu pense sérieusement qu’on peut faire de la vraie escalade en Chartreuse et pire en Savoie ?
Je te vois venir…Mais il faut juste un peu consolider le caillou avant, mais nous avons des bons spécialistes dans le coin.
Le caillou comme les chartrousins sont vraiment bizarres. Y’a qu’a voir La hache, le Foué, The Man, professeur Crolles, Guerrillous, Boui-Boui….c’est la consanguinité ?
Une bien belle population en effet, et te plains pas, tu ne les connais pas tous...

Mais ça me suffit déjà comme ça ! Et tes cousins mafieux, ils ont payé cher ton assureur, qu’il confirme que t’as bien tout enchainé ?
Ca, il faut le demander directement aux intéressés…mais s’ils veulent conserver tous leurs doigts pour pouvoir continuer à serrer les croutes…
D’habitude ce qui attire les italiens dans le sport, c’est le fric et les filles, alors qu’est ce qu’y t’as pris de te mettre à la grimpe ?
Je sais, je suis la honte de ma famille. Je suis un italien très atypique, d'ailleurs ca doit être pour ca qu'ils m'ont chassé.

Y parait que comme Bill Gates tu vas créer ta multinationale informatique et que par charité pour la communauté tu vas développer un LaCuvette.nu ?
Laisse tomber, je suis désormais proche de l'âge de la retraite.
Je ne vois pas le rapport…mais bon…Veux tu profiter de la tribune LaCuvette et des ses milliers de lecteurs quotidiens pour passer un petit message personnel ?
Cherche équipeur motivé pour rajouter des nouvelles voies dans un niveau pas trop élevé sur les spots prés de chez moi...
Laisse tomber, t’habites en Chartreuse, y'a aucune chance….Rien d'autre à ajouter ?
Ah si, cet été c'est Rodellar, donc Vengaaaa, j’invite toute ta famille tata !
Et puis j'attends toujours ma canne à pêche modèle « LaCouvette »
Et voilà les filles, je l'ai embrassé bien fort pour vous. Grazie mille monsignor Luca pour avoir joué le jeu.
Et comme d’hab dans les interviews, notre star du jour à décidé d’offrir une mèche gominée des rares cheveux qui lui restent,  au premier des lecteurs qui trouve les noms d'une des voies des photos…Un indice, il n'y a pas que des bouts de cairn chartrousins…


samedi 4 juin 2011

Nous ne sommes pas seuls

Telle était la conclusion à laquelle Mulder finissait toujours par arriver. Scully le regardait les yeux plein de désir, avant de tourner elle aussi le regard vers l’immensité habitée du ciel étoilé et partager son long silence, précédant le générique de fin.
C’est ce que j’ai cru à La Balme, sous le regard de Yves. Un froid samedi matin pluvieux de cette fin de mois de mai. Ce fut la seule fois de l’année où je chopai l’onglée, et sans y mettre de mauvaise volonté comme en étaient persuadés mes compagnons du jour. Après la formidable pub du post LaCuvette de la semaine dernière, je pensais de nouveau croiser, et surtout renouer le contact avec tous mes nouveaux amis. Mais non, absolument personne. Aucun témoin de mon flagrant délit de faiblesse, avec mes lolottes et plusieurs coincements de genoux dans KingKong, le 7c+ classique mais glauque. D’ailleurs, dans ses conditions, je me refusais à enchainer. Si peu d’éthique m’aurait été insupportable. Mais nous étions là pour les 68 printemps d’Yves, pour son pèlerinage annuel, qu’il puisse encore une fois fouler les traces de ses idoles et aller serrer les pinces de Cathédrale, 7b+…qu’il évitait encore soigneusement de (ré)enchainer, histoire de pouvoir nous refaire le même chantage affectif l’année prochaine.
Sans nouvelles des Ducs, nous étions enfin surs d'être pour une fois seuls sur leur terre, à Parves. Ca tombait plutôt bien, Sylvain rêvait de solitude, après avoir fait péter le serveur de Meetic plusieurs fois par semaine depuis la parution du recueil de ses plus belles photos de grimpe : Ze Topo de l’Isère, best seller dans toutes les bonnes crèmeries. Accompagnés de Michel comme troisième larron, nous rêvions déjà de pouvoir marquer de grands traits toutes les prises des voies que nous voulions essayer, de pouvoir poser culotte sur les jolis petits murets au pied des voies, de laisser trainer partout nos papier gras ou encore de beugler comme les vrais mutants à chacun des mouvements des crux de nos projets. Persuadés d’être enfin libérés du joug des autres, nous arrivions plein d’entrain, sur le petit parking, surpris d’y voir un van garer de si bonne heure...Mais notre bonheur allait être de courte durée. Alors que nous pensions avoir pour nous seuls le secteur Météo, voilà qu’on ne pouvait à peine poser notre sac, entre un parterre publicitaire pour King jouet d’une famille bruyante et envahissante


et un autre parterre publicitaire, pour la boite à outils, avec groupe électrogène, grue, treuil, tronçonneuse, souffleur, perfo, spits, et tous le nécessaire de ferraillages…Car, oui, la famille Nico était encore là, avec sa démo humiliante de gainages et de blocages au niveau du genou, ainsi bien pour Madame que pour Monsieur.
Comme quoi, on ne choisit pas famille…enfin surtout moi…. Et il a aussi fallu faire avec les Ducs, venus avec leur van, parce qu’il n’y a pas plus beau dépaysement qu'en restant près de chez soi. Aucun refus possible à leur hospitalité légendaire, obligés de se plier aux rites locaux et sacrifiant plusieurs 7c et 8a à vus, pour une simple bière…et sans cahuètes en plus….

Encore une fois des longueurs pleine de surprises comme Solstice 6c+ qui chauffe bien les bras à l’échauf justement,
Source claire, 7a+ en dièdre qui fait chauffer la gomme, En chêne, 7b sur mesure et sur physique pour Sylvain qui se refusa bêtement à enchainer…mais que les groupies se rassurent, j’ai mitraillé…. Cumulus et Mö dis moi, deux 7b au surplomb et réta désopilants.
Et enfin Entre les lignes un 7b court et jouissif sur rondeurs et aux équilibres précaires et pour Nico les très physiques premières chaleurs, 7b+ ….deux voies qui comme beaucoup d’autres ici nous rappellent qu’à l’heure de 8c+ à vue en conti, il subsiste encore des 7b bien retords même pour des cuvettards avertis !!
S’il y a bien un endroit où l’on pensait être seul, c’est bien Crossey 3. Loin des foules, Sylvain et Oliv vont bientôt, à leur tour, enchainer leur premier 7c+ avec 8ème art. Tandis que Bruno, persiste et signe presque dans la parfaite ligne rectiligne de…Persiste et signe justement, qui sera bientôt son 2ème 7c+. L’endroit rêvé pour équiper quelques voies exigeantes et bien à doigts, dans le 8, de quoi remonter mon score pitoyable sur 8a.nul et accessoirement avoir l’occasion de revenir ici assurer mes camarades septcéplusogradistes. De toutes manières, personnes ne viendra les essayer, personne pour confirmer et il aurait suffit de ma bonne foi pour que l’on me croit devenu mutant. Mais quelle surprise lorsque, remontant sur ma stat, je repérai une rallonge toute neuve, quelques traits de cake discrets et des traces de pneu sur les prises clés !! Surement une offrande d’admirateurs inconnus, avides de nouveautés et remerciant le messie équipeur que tout le monde attend et que je suis…mais vraisemblablement aussi très très très forts, quand je vois la taille des prises cakées !
Preuve en est que nous ne sommes définitivement pas seuls et que le cuvettard nombriliste doit partager sa folle passion des sites locaux, avec quelques autres dérangés du chaussons...

lundi 23 mai 2011

Rendez vous en terre inconnue

Cela va sans dire : le cuvettard est un éternel voyageur, avide de nouveaux horizons, curieux des richesses insoupçonnées des rencontres fortuites. C’est un polyglotte citoyen du monde, un amoureux des peuples, un adepte de la différence en quête d’ailleurs et de civilisations plus humaines. Il est toujours prêt à frotter à de nouvelle culture…avec précaution tout de même, surtout si cela doit se passer dans la suite VIP d’un Sofithel aux Etats-Unis.
Yves, c’est un peu notre Paul Emile Victor. Il nous bassinait depuis belle lurette avec ses récits de sa découverte d’une immense baume perdue aux confins de la frontière nord du pays LaCuvette. Un endroit qui pouvait se vanter de voir encore moins de soleil que notre Lolette et qui serait bordé d’une nationale qui ferait plus de bruit que Voreppe, les Vouillants et Espace Comboire réunis. Il n’en fallait pas moins pour égailler notre curiosité. Et puis, il y a fort longtemps, alors que beaucoup d’entre nous n’étions pas nés, Yves y fêtait ses 60 ans et enchainait ici son premier et toujours unique 7c, Mystic, sur la gauche de la falaise. Direction La Balme donc…qui par le plus grand des hasards, se trouve aussi couchée sur papier glacé dans le magazine qui occupe mes séjours prolongés sur le trône de mes toilettes.
Plus qu’une falaise, nous étions en quête de la rencontre de l’autochtone. Le local ici, répond au nom de balmeux…pire encore le balmeux savoyard. Il est d’un type plutôt grand, sec, musculeux, avec le poil dru et grisonnant. Une sorte de croisement entre Bruno et Oliv…à chacun de faire les rapprochements adéquats…. De prime abord, le balmeux semble sourd et muet car il ne détourne pas la tête sur notre passage. Il ne décroche pas un régard et ne lâche pas un mot. Et surtout pas un « bonjour », qui pourrait être interprété comme un message de bienvenu à l’étranger. Car il n’est pas là pour rire le blameux. Et ses longues ascensions dans les classiques de continuité du secteur, sont d’un ennui mortel pour son assureur, mais en font surtout un maitre incontesté dans cette filière que d’autres ont définitivement bannie de leur vocabulaire. Mais en le cherchant bien , lorsque vous le pousserez dans un ultime retranchement, vous aurez peut-être la chance, comme nous, de percevoir son chant discret et mélodieux. Le balmeux s’exprime par très brèves séquences, jamais guère plus de deux mots à la suite. Lorsqu’il daigne enfin ouvrir la bouche c’est souvent pour lâcher un amical « putain bordel »…pour manifester son agacement à l’égard d’un famille cuvettarde qui se dispute bruyamment la dernière tranche de sauc’ en contrebas, ou encore un « Non, je vais y aller»….comme une réponse mielleuse à quiconque osant lui demander s’il était possible de grimper en utilisant ses dégaines pendouillant dans son projet. Car le balmeux à toujours à projet à la Balme. Il y laisse d’ailleurs ses plus belles dégaines à demeure toute l’année, toutes les voies de gauche ressemblaient à une sorte d’exposition de tout ce qui peut se faire en terme de quincaillerie grimpesque. Le balmeux marque donc son territoire, et l'on n'est pas surpris de découvrir une auréole jaunatre et odorante au pied de sa voie, une pratique visant à éloigner tout autre prétendant. On est bien ici chez lui…mais on n’a pas été invité…
Au grand désespoir de Sylvain, le Balmeux est exclusivement masculin. Ce qui forcément limite sa prolifération pour le plus grand désespoir de… personne donc ! Mais pas de panique, fort heureusement, il existe des balmeux non savoyard, des savoyards non balmeux, voir même des non savoyards non balmeux….bref souvent plein de monde au pied des ces grands mur gris truffés de trous et de colonnettes, au point même de devoir faire la queue dans certaines classiques.
Si l’on vient ici, c’est pour faire du volume, trouver des grandes envolées d’une incroyable homogénéité. S’ouvrent alors deux options radicalement opposées : soit tomber complètement cramé dans du pauvre 3sup, le nez sous les relais… comme Luca, Oliv ou Sylvain dans la voie de Berhault superbe 7b+ dans le style, ou comme Bruno et ma pomme dans le 7c+ juste à droite ou alors comme Yves, dans un passé fort lointain, dans Cathédrale, le 7b+ classique des classique du lieu ; soit courir et se friser sans forcer comme Fabien dans la Berhault, Nico qui la fera à vue et randonnera au premier essai le 7c+ de droite,


ou Eric dans le sus nommé Mystic, 7c. Mais en cherchant bien on peut aussi trouver des sections bien bloc, comme le bombé des cinquantenaires rugissants, un 8a qui nous a donné du fil a retordre avec Nico ou bien dans quelques une des nouvelles voies plus faciles, le 7a+ de l’extrême droite ou les 7a courts et explosifs du centre de la falaise, pour Lucien et Yves…qui fêtait en ce jour ses 68 printemps…en pleine fleur de l’âge et bientôt prêt a faire l’intégrale de Cathédrale, son futur deuxième 7c…et l’occasion pour nous de tenter de renouer le contact avec quelques chaleureux balmeux…
Même la famille JMC est partie changer d’air…en explorant la jungle vertacorienne limitrophe de la taupinière, ou en se prélassant sur le caillou chaud de la plage. Quant à nos frontaliers de LaCombe, ils ont poussé jusqu’au pays oublié de la technique qui arque fort et qui fait fumer les pieds : Mouriès.
Et comment parler de dépaysement sans évoquer Parves. Un monument de falaise érigée par les Ducs, avec un tout nouveau secteur La Navire sur lequel nous étions partis naviguer avec Michel en beau milieu de semaine. Un travail de titan, un chantier de l’atlantique grandeur nature pour aménager une vire et ouvrir 6 lignes oscillants entre le 6c+/7a et le 7a+/7b, plutôt en dalle exigeante sur rondeurs pour Roc fort, Nain sistez pas et Non man’s land sur la gauche et plutôt en conti sur un beau caillou gris concrétionné et travaillé sur la droite avec L’inconnue, Canons de sauvetage et Hissez haut.
Mais il est l'heure de rejoindre le port, de poser son paquetage et de reprendre les affaires quotidiennes...

dimanche 8 mai 2011

On the road

Encore, encore…Même s’ils ne sont plus tous jeunes, ils n’en demeurent pas moins larges d’épaules. Même si la route est droite, la pente est raide. Et c’est ainsi qu’en ce printemps 2011, Jean-Yves et Bruno ont fait leur entrée dans le club très fermé des grimpeurs les plus forts du monde…non octogradistes... avec leur enchaînement, à quelques jours d’intervalle d’un chef d’œuvre de rési bien homogène, sur les grands murs gris à trous et rondeurs de Crossey 3, Le 8ème art, 7c+. Soit leur tout premier dans ce niveau, à tous les deux.
De quoi asseoir Yves et Sylvain qui avaient pensé faire une sortie plus rentable du coté de St Pancrasse, dont personne n’eut d’écho d’ailleurs. A ce propos, ces deux là semblent avoir disparus de la circulation, ne sachant plus quelle excuse trouver pour n’avoir pas fait partie du cortège d’encouragements qui nous valu, avec Oliv, d’être aphone pendant plus de trois jours.
Il est vrai qu’Yves était déjà sous le choc de la dernière sortie cycliste de Bruno avec ses 110km au travers de tous les cols les plus raides de la Chartreuses. Là encore, Mr inoxydable sait se montrer redoutablement rodé à ce type d’effort, devançant de beaucoup la plupart de ses prétendants. Quant à Sylvain, depuis qu’il a fait exploser le serveur de Meetic, forcément, il devient plus difficile de le sortir du lit le samedi matin, à 6h30. Mais quelle idée de glisser en légende de toutes ses sublimes photos dans Ze Topo : « Sylvain D., beau et riche célibataire, disposé aux aventures les plus folles »…et suivi de son numéro de téléphone. Nous aurions du faire jouer la censure LaCuvette….mais bon, trop tard, le coup, si l’on peut dire, est déjà parti…
Mais revenons à nos deux héros du mois. Bruno, fidèle à lui-même qui entamait une montée de repérage qu’il randonna littéralement…en moul’. En redescendant il lâcha un innocent « Ah, c’est marrant je me souvenais d’un truc extrême quand on avait essayé avec Ludo ». Mais oui, c’était avant que Ludo ne débute ses chantiers de bétons pharaoniques…depuis ces temps reculés, de l’eau a coulé sous les ponts. Et puis, la fin de séance arrivant, à force d’assurer un sumo en train de saucissonner dans un pauvre projet plus à droite, voila que j’entendis la traditionnelle fougue de mon Mister inoxydable. « Bon, je vais remonter une fois en moul repérer le haut, avant de rentrer et faire mes 350km de vélo ». Et là mon sang ne fit qu’un tour, je dus sortir mes plus belles tirades pour signifier un sincère atterrement. Et, feignant de me vautrer j’embarquais la corde dans ma chute…j’avais le coccyx demis, mais au moins la corde était tirée…Et voilà mon Bruno contraint de s’encorder, de faire crisser ces chaussons et de partir pour un effort de longue haleine comme il en a le secret. 30m en plus de 30min, soit moins d’1mètre à la minute. Une ascension à décorner les bœufs, en prenant un repos à chaque mouvement.A peine le temps pour moi de finir mon piquenique, de relire l’intégrale des guerres et paix et de passer une dizaine de coups de fil pour le boulot, que Bruno était en train de clipper le relais à grand coup de « j’y crois pas, j’y croix pas, j’y crois pas »….
Et ben si, et il va falloir commencer à t’y faire, car je sens que ce n’est que le début…
Une semaine plus tard, même heure, même falaise…et même absence d’Yves et Sylvain surement pour cause de vélo d’appartement pour l’un et de sport en chambre pour l’autre. Remonté par le succès de son ainé, Jean-Yves hésita entre se lancer de nouveau dans la voie ou coller aux basques de Bruno en essayant leur prochain 7c+ sur la liste, Persiste et signe, un peu plus a gauche, dans un style plus à doigt et plus dalleux. Encore une fois, tout un attirail de tirades de mauvaises fois pour le remettre sur le droit chemin. Et le voilà parti pour son 2ème essai.
Et quel fut ma surprise encore lorsqu’à partir du milieu de la voie, je l’entendis sangloter « Maman, j’suis complètement pété, j’en ai marre, viens me chercher, je veux rentrer à la maison ». Mais rien de telle que sa bonne vieille tata pour remonter le moral. Un gros câlin et ça repart !! Et voilà pour le deuxième…
La route vers le 8a est donc belle est bien ouverte…enfin, pour qui veut bien se donner la peine de l’emprunter !