mardi 13 avril 2010

Mythe ou réalité

Cela faisait près d’une demi-heure que j’avais quitté la nationale 20 pour m’embarquer sur une route des plus sinueuses. Je n’avais pas croisé âme qui vive depuis. Ce qui en soit fut plutôt une chance, car l’étroitesse de la route aurait rendu la manœuvre périlleuse. J’étais sûr d’être sur la bonne route, puisque de toute manière, il n’y en avait pas d’autre. Simplement quelques vieux sentiers caillouteux mal entretenus et parfaitement impraticables pour tout véhicule de notre siècle. Sur ma gauche, une interminable forêt de petits chênes encore tout groguis suite à un hiver rigoureux. Sur ma droite exactement la même chose. Derrière moi un vallon caillouteux, un peu comme celui que je voyais maintenant poindre au loin, droit devant moi. Sur le siège passager j’avais sorti la carte IGN du coin ainsi que le coupon d’invitation et le pass VIP reçus quelques semaines auparavant.
Ce devait être la rançon du succès, mais ça ne m’empêcha pas d’être surpris à l’ouverture de l’enveloppe. Et puis en y réfléchissant, pourquoi ne partager quelques unes de mes expériences. "Cher Monsieur, comme chaque année nous organisons un sommet international sur la place du Sumo dans le monde. Cette année une des thématiques tentera de répondre à une question essentielle : le sumo peut-il être un grimpeur comme les autres ?....". Je passe les autres détails et les formules de politesse. Ma curiosité malsaine et mon attirance déviante pour tout ce qui semble incongru m’avait poussé à accepter.
Bref, je roulais un direction du lieu dit Moulin de Cougnaguet. J’avais pris soin de faire quelques recherches sur le net pour en savoir plus sur cette dénomination si poétique. Mais je voyais déjà ce qui avait poussé les organisateurs. Une subtile petite pique comme pour dire que grimpe pour aussi rimer avec culture, histoire ou art, et pas uniquement avec décharge, zone commerciale ou autoroute périurbaine. Je sentis un frisson me parcourir le dos, ils semblaient savoir comment toucher une de mes cordes sensibles. Mon esprit souriait à l’idée de relever un tel défi. J’appuyai sur l’accélérateur et finis par arriver au lieu dit. Pas de surprise, il était tel que je l’imaginais. Un parking minuscule au milieu de nulle part, un cadre digne des plus beaux épisodes de la petite maison dans la prairie, une falaise à portée de main, et à peine à plus de 50m de la voiture, un caillou tout neuf avec des plaquettes dorées, scintillantes au soleil. Malgré l’accueil dépourvu d’hôtesses court vêtu, je trouvai rapidement ma loge. J’avais amené mon plus beau ruban pour nouer mes cheveux. Je confectionnai un superbe chignon et enfilai mon plus beau mawhisi, porté par des générations de sumos et hérité de mon père, qui lui-même l’avait hérité de son père, qui lui aussi l’avait…en résumé le string de toute une lignée d’hommes, remontant jusqu’à des temps immémoriaux.
Orné de mon plus bel apparat, je suivais l’ordre des ateliers, prêt à intervenir et surtout à faire démonstration des aptitudes insoupçonnées du Sumo dans ce monde qui lui est pourtant si hostile. La première table ronde posait la question récurrente : le sumo est-il un être doté d’intelligence ?. En guise de démonstration on m’avait préparé une dalle grise d’une trentaine de mètres, nommée Le tueur tournesol. Un rocher parfaitement compact, truffés de trous tous plus mauvais les uns que les autres. Un profil non sans rappeler certains murs des Lames, ce que personne n’avait du savoir ici. Je partais donc confiant, encouragé par des assureurs aux paroles rassurantes. "Ouais tu peux la faire, mais que si ca te fait rien de la rater à vue", "Euh, fais gaffe, les points sont mis n’importe comment, la voie passe jamais dans l’axe", "en plus, c’est jamais fait, tu verras aucune trace de cake ni de gomme" et enfin "fais la manip en haut, j’irai pas récupérer les paires, j’ai jamais réussi à enchainer ce p*t*in de 7a+". En pleine connaissance de cause, je parvins au crux, prenant soi de repérer 3 maigres prises de pied qu’il serait aisé de charger, vu la puissance de mes cuisses surdimensionnées. Avec un peu de chance, je travaillai quelques non prises alvéolées en inverse, pour parvenir au bac final et clipper la chaine. J’attendis un silence atteindre la foule, prenant subitement conscience de l’irrationalité de leur vision.
Fort de ce premier succès, je rejoignis le second thème : le sumo peut-il tenir des croutes ? Avant de commencer, j’avais envie de rajouter "et de les bloquer au genou avant de jeter sur le bac suivant", mais je me retins, de peur de vexer les organisateurs. Cette fois ci se dressait devant moi une petite baume déversante, plutôt pauvre en prises, suivie d’une dalle fissurée qui, je le savais ne serait qu’une histoire de placements, comme j’en avait déjà fait des milliers. Sniper 7c, un nom à se faire descendre au premier pas de bloc violent, et très à doigts. Quelques mauvaises règles pour atteindre 2 mauvais bi verticaux. Mes gros doigts boudinés les saisir dans l’élan, en tendu, dans la zone la plus renversée de la baume. A la limite de la rupture, j’entamai un rapide montée de pied à l’arrach, et jetai sur une rampe verticale. 2 gros talons plus tard, pour parvenir à faire les derniers gros blocages, j’avais atteint le repos. Ne restait plus que la dalle du haut, qui s’avéra aussi technique que prévue…Le sourire aux lèvres, j’étais miraculeusement parvenu au relais, sous les yeux ébahis de la foule. Je fermai les yeux, comme pour secrètement remercier Oliv et sa méthode d'entrainement révolutionnaire... Et à vue s’il vous plait, un vrai à vue, avec plein de petits points blancs préalablement placés sur les prises clés par un Mimichouchou dévoué, qui en plus de m’avoir laissé ses paires en place m’indiquait les pièges à éviter. Continuant sur cette lancée, il fallait maintenant montrer que le sumo pouvait aussi faire preuve de ruse. Qu’il était capable de capacités d’adaptation face aux situations les plus inattendues. Ca commenca avec le nom, aro snavi rutabaga. Je n’y comprenais strictement déjà rien. Quel sens pouvait donner un équipeur au nom de sa voie ? Je m’étais toujours posé la question, trouvant qu’il serait tellement plus simple d’utiliser des numéros.L’incompréhension s’amplifia, lorsque je découvris la ligne. Un départ dans une voie, une traversée quasiment à l’horizontale sur une vague rampe et une sortie dans une autre voie. Un profil quasiment inconnu, puisqu’en pays LaCuvette, cette pratique est strictement bannie depuis des lustres. Chaque ligne respectant ses congénères sans jamais en emprunter la moindre prise, laissant ainsi des œuvres originales intactes, que l’on pourra transmettre aux générations futures. Enfin, l’inconfortable perspective de piquer une FA en pays FT, rajoutait de quoi dupliquer mes facultés mentales et physiques. Alors que les mauvaises langues auraient rajoutées que 10 fois zéro, c’est toujours égal à zéro, j’étais déjà aux prises avec la rampe…quelques mouvements presque en redescente, une espèce d’esthétique reptation sans les mains au niveau du reta, un tatonnement à l’aveugle pour trouver le dernier bac caché derrière la rampe et me voilà fièrement au relais. Questionné par les spectateurs conquis, j’annoncai "p’être 7b" ce qui ne tarda pas à être confirmer par FT justement, et son fidèle ami Mimichouchou.
J’aurai du m’en douter, mais ca ne pouvait pas durer indéfiniment. Un des prochains thèmes aller finir par m’être fatal. Eclats multiples, 7b+ court, avec ces espèces de tris mal finis au perfo, de ceux typiques d’une salle de résine, avec lesquels il faut fermer le bras. Un de mes points les plus faibles. Le sumo n’a pas de force, c’est bien connu, depuis la nuit des temps. Je m’engageai de le crux, juste sous le relais, après plusieurs reculées en jetant sur les prises, la dernière allait signer le glas…incapable de lâcher une main pour clipper, je tentai un dernier jeté sur le trou, mais je ratai la préhension en semi verticale. Piégé par le profil surplombant, je n’eus pas le temps de réarmer. Et tout le poid de mon corps m’entraina irrésistiblement vers l’arrière. J’eus juste le temps de saluer la foule avant de choir au bout de ma corde. Le succès du premier essai, dans la foulée, suffit à briser la légende d’invincibilité, laissant transparaître ces plus terribles faiblesses ancestrales.
Le summum allait finir par arriver. En fin de séance, on m’obligea à me plier au supplice de la rési, dans la mort du nombre, un 7c étalon…Mon coté maso ne me fit pas courber l’échine. Plein d’espoir je me lançai dans la section finale. 15 mouvements, avec un crux tout en haut. Des mauvaises règles, des pieds inexistants pour amplifier la douleur et l’impossibilité totale de lâcher une main pour clipper ou pour souffler…Malgré tous mes efforts, j’explosai en vol, au 12eme mouvements, incapable de serrer la dernière règle…
La démonstration fut sans contestation possible. Le sumo n’en demeure finalement qu’un homme comme les autres, avec ses forces et surtout ses faiblesses. La vie lui semble possible, même dans un milieu aussi hostile que celui des humains. Il peut parfaitement s'adapter et feindre les mêmes sentiments, prendre les mêmes habitudes. C’est sur ce constat édifiant qu’une des plus grandes sommités locales, une élite de la société des érudits brivistes, au même titre que Patrick Sebastien, Mimichouchou me remit l’une des plus hautes distinctions internationales, le 1er prix sumo toutes catégories Sumo.Il ne me restait plus qu’à prendre congés de mes hotes, en particuliers du serviable et toujours très attentionné FT, aux initiatives toujours les plus inattendues et à l'infatiguable boulimie d'équipement de voies nouvelles. Je m'en retourne maintenant en pays LaCuvette tenter de convaincre que là bas aussi, le sumo peut avoir une place…

5 commentaires:

raymond a dit…

belle photo du moulin , tu aurai pu la pendre toi-meme .

MaitreYush a dit…

merci de souligner la flagrante photogénie du sumo...

Anonyme a dit…

hé bé mon yush, j'espere surtout que cette magnifique coupe sera sur ton étagere, entre ta reproduction au 1-10eme de Dark Vador, et ta bible illustrée usée jusqu'à la corde offerte par père Albert lui-même... françois Lotois

mimichouchou a dit…

Qu'ils sont beaux les
"go!"
les gogos,l'égo du sue mots!
Sayonara,"Zéro" tombeur de croix,tu as tout "atomisé".
A bientot te revoir et te relire.

LaLa a dit…

mais oui meme autour de la cuvette tu as ta place.........
vivement que tu te mette vraiment a grimper maintenantque t'es chaud pour du 7c a vue !!!