dimanche 13 décembre 2009

La base

La base…c’est ce que je rabâche au boulot, à chaque fois que l’on monte de nouvelles équipes. Le coup du pot et des cailloux fait toujours sont effet. Imaginez un immense pot de verre ainsi qu’une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis. Je les place délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot est rempli jusqu'au bord sans qu'il soit possible d'y ajouter un caillou de plus, pensez vous que le pot est plein ? Indubitablement, vous me répondrez en cœur "Oui". Imaginez maintenant un sceau rempli de gravier. Que se passerait-t-il si je versais délicatement ce gravier sur les gros cailloux, en brassant légèrement le pot ? Et bien les morceaux de gravier s'infiltreront entre les cailloux... jusqu'au fond du pot. Devant votre yeux ébahis et médusé, invariablement, je reposerais la même la question : "Est-ce que ce pot est plein ?". Méfiants cette fois, vous me répondriez "Probablement pas !". "Bien", vous féliciterais-je alors en sortant de sous la table un seau de sable. En le versant dans le pot, le sable ira remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Une fois encore, je vous demanderais "Est-ce que ce pot est plein ?". Cette fois, à l’unisson j’entendrais "Non !". Je finirais alors avec un pichet d'eau en remplissant le pot jusqu'à ras bord. A chaque fois, je laisse un long silence, histoire que tous comprennent d’eux même que lorsqu’ils pensent avoir un agenda complètement rempli, et bien, en le voulant vraiment, ils pourraient toujours y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire…Après ce premier degré évident, je termine toujours en gardant la tête haute, en concluant que la grande vérité que démontre cette expérience est toute simple : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais faire rentrer tout le reste ensuite. Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de faire passer ses gros cailloux en premier…La base quoi, en somme…
C’est ce qu’on avait eu tendance un peu à oublier ces derniers temps en nous perdant en pays Vertaco. Il fallait rectifier le tir et revenir à des valeurs sures.

Espace comboire donc, et pour remettre les pendules à l’heure rien de tel qu’un bon vieux Peau de balle, simple 7a+ du secteur extrême gauche. Dépités par un départ des familles et par une fin subtile en dalle, Jean-Yves et Sylvain me broyèrent de rage ma toute nouvelle perche. Ils tentèrent ensuite de se rattraper avec la réjouissante perspective de piquer les premières réalisations du rebord du monde, 7a un superbe voyage initiatique en arc de cercle, au bout de la vire, dans un rocher gris parfaitement sculpté, et du Trou de balle, un 7b/7b+ dans le plus pur style Espace Comboirien, en léger dévers, court, sur plats, angles et rondeurs, à dynamiser, tout en douceur…Mais l’ordre des choses ne pouvait subitement s’inverser, et ces 2 FA revinrent finalement à l’éternel sumo, ermite équipeur du lieu. GrandLudo s’offrit les 2 premières répétitions au prix de biens beaux efforts, tandis que Bruno et Sylvain décrochèrent la 2eme et 3eme du Rebord du monde. Quant à Luca, il doit toujours, à l’heure qu’il est, s’acharner avec Richard pour empocher la 2eme et la 3eme du Trou de balle.Comme pour tant d’autres choses, la grimpe n’échappe pas à la règle. Certains voies se sont imposées d’elles mêmes, sans qu’on ait besoin d’en parler. Des sortes de rituels ancrés dans la mémoire collective, auquel il faut se soumettre pour passer à l’âge adulte. Pourtant, ce sont souvent ni les plus belles, ni les plus dures…mais elles recèlent ce brin de je ne sais quoi singulier, qui en ont fait des passages obligés. L’arme à l’œil par exemple pour le 7b. On ne peut se prétendre cuvettard sans avoir fait le 8a de la Poudre, aux Lames…n’est-ce pas Schnappi ?….Il faut avoir fait Strapper français, le 7a+ du mas d’Auris. On ne peut se soustraire à la redoutable fissure de l’Ampoule de jardinier à Voreppe, ni à Bouse maker, sa bien aimée voisine de droite, toutes deux 7c. Cette dernière s’est même vu parcourue en son temps, par Clém, un des mutants rioupéristes pourtant des plus réfractaires à l’usage de la corde. C’est ainsi que ces 2 voies ont fait l’objet de nombreuses visites ces dernières semaines. A commencer par Oliv, Luca et bientôt Sylvain pour Bouse maker, la bien nommée, suivis de Schnappi, Charlie et Pierrick pour le mythe en toit de l’Ampoule…lassés par trop de 8b dans le Vercors surement plus…conventionnels…et aux couchés de soleil moins exotiques.Avec Ludo, on se devait participer à la fête, en tentant nous aussi d’allumer l’Ampoule. On vit alors 2 écoles radicalement différentes, celle du guerrier insensible à la douleur et inconscient, avec Ludo qui coinça tout les parties protubérantes de son anatomie dans cette grosse fente gluante, opposée à celle de la fluidité de celui qui affleure avec douceur le rebord de la lèvre de cette magnifique fissure en toit, se contorsionnant avec souplesse et grâce pour épouser à merveilles les caprices de dame nature… Même topo dans Bouse maker entre la débauche hormonale d’Oliv qui tente de tout faire no foot et Luca qui se la joue fillette effarouchée à la calvitie naissante en tentant, carre externe, lolotte et prises intermédiaires… Mais la base ça reste bien de serrer les croutes, et si possible en dalle. C’est ainsi que Lol et Martin auraient été aperçus en plein ébats, le cul bien en arrière…dans Amour…toujours, le 8b dalleux et passage obligé des Lames. Autres lieux mais toujours une parfaite dalle grise avec Iaki qui revient aux sources de Saint Sulpice, dans Le maître décolle, élève la voie, un superbe 8a que l’on doit au grand monsieur FT. La base, c’est surtout de ne plus se poser de question, de suivre l’instinct primitif de l’espèce cuvettarde, celui là même qui nous sort du lit ces matins d’hiver gris et froids, juste pour le plaisir de se choper une onglée dans une de ces voies mythiques dont la simple évocation du nom suffit déjà à nourrir nos fantasmes…Comme la Foué famely’s qui rêva de trous et de monos, et qui le lendemain matin au réveil fit 500km pour se poser au pied des murs blancs du Saussois. Quelques instants plus tard, le sourire aux lèvres et le devoir accompli, les brothers clippaient le dernier point d’un monument de l’histoire de la grimpe, Chimpanzodrome, 7c+.

Bravo messieurs, c’est bien ça, avoir la foi !!

12 commentaires:

gaetan a dit…

L'escalade c'est la base du dry-tooling !

JMC a dit…

Ca fait plaisir de lire la petite prose de La Cuvette... avec une tournées des bases.
Au fait : y'a jamais de chaines aux relais au Saussois, ça aussi c'est une base ! Maintenant, le mythe est écorné par des double broches en haut des voies, mais y'a encore pas longtemps, c'était sortie sur le plateau obligatoire !!!

De vrais cuvettards a dit…

J'ai corrigé cet anachronisme malencontreux...quant aux bases, j'en ai surement oublié. Il nous faudrait établir une liste officielle LaCuvette !!

Foué a dit…

Quelques instants plus tard...

Quelques secondes lors du dernier essai mais quand même 3 petites séances de calage, glauquitude, averses et autres onglées...

C'est d'ailleurs bien plus bon comme ça, qu'une coche rapide et trop facile !!!

LaLa a dit…

Ludo qui coinça tout les parties protubérantes de son anatomie dans cette grosse fente gluante...
yush hmm hmm y'a des jeunes qui lisent ça !!!

MaitreYush a dit…

Chacun ses gouts...ce n'est nullement une critique...
Et encore bravo pour avoir enchainé aujourd'hui avec ton pull échancré et tes bas resilles fourrés pour pas avoir froid dans tes petits chaussons...

michel a dit…

Belles images,comme toujours.
Belle image aussi,que celle de cette "base",mais......
Si elle convient à un tonneau des
danaides qu'est tout grimpeur mort de faim qui se respecte,convient elle à l'image de la vie?
Y'a t'il un "ordre",un sens à tout cela,une obligation à toujours emmaganiser plus,y'a t'il valeurs sures.....
Telle la truie,je doute.
L'image n'en est pas moins belle.
Et puis....
Lorsque je lis ces folies passionnées,il semble que certains rituels aient été oubliées et que l'age adulte,ne soit jamais définitivement atteint...
Par chance!

Anonyme a dit…

un mot me choque dans cet article, c'est "lolotte", moi qui me sur-entrainé à la methode Grenobloise bien de face, je ne sais plus a quel saint me vouer...merci pour la tof ;) tu viens a noël?
iaki

MaitreYush a dit…

Ne t'inquiète pas...ca aussi c'est une base : toujours de face, si tu veux garder la face !!!
Sinon, pour noel, cette année j'ai fait décoré le sapin au pied d'interdit aux chiens sur la vire a espace comboire...j'y poserai mes souliers samedi...

Anonyme a dit…

espace comboire, l'une des plus belles falaises du monde, je ne parle pas de la vue, mais du "à vue" entre autre! françois

MaitreYush a dit…

pas une, mais LA !!

Anonyme a dit…

peut être.... haha! françois