Yves, c’est un peu notre Paul Emile Victor. Il nous bassinait depuis belle lurette avec ses récits de sa découverte d’une immense baume perdue aux confins de la frontière nord du pays LaCuvette. Un endroit qui pouvait se vanter de voir encore moins de soleil que notre Lolette et qui serait bordé d’une nationale qui ferait plus de bruit que Voreppe, les Vouillants et Espace Comboire réunis. Il n’en fallait pas moins pour égailler notre curiosité. Et puis, il y a fort longtemps, alors que beaucoup d’entre nous n’étions pas nés, Yves y fêtait ses 60 ans et enchainait ici son premier et toujours unique 7c, Mystic, sur la gauche de la falaise. Direction La Balme donc…qui par le plus grand des hasards, se trouve aussi couchée sur papier glacé dans le magazine qui occupe mes séjours prolongés sur le trône de mes toilettes.
Plus qu’une falaise, nous étions en quête de la rencontre de l’autochtone. Le local ici, répond au nom de balmeux…pire encore le balmeux savoyard. Il est d’un type plutôt grand, sec, musculeux, avec le poil dru et grisonnant. Une sorte de croisement entre Bruno et Oliv…à chacun de faire les rapprochements adéquats…. De prime abord, le balmeux semble sourd et muet car il ne détourne pas la tête sur notre passage. Il ne décroche pas un régard et ne lâche pas un mot. Et surtout pas un « bonjour », qui pourrait être interprété comme un message de bienvenu à l’étranger. Car il n’est pas là pour rire le blameux. Et ses longues ascensions dans les classiques de continuité du secteur, sont d’un ennui mortel pour son assureur, mais en font surtout un maitre incontesté dans cette filière que d’autres ont définitivement bannie de leur vocabulaire. Mais en le cherchant bien , lorsque vous le pousserez dans un ultime retranchement, vous aurez peut-être la chance, comme nous, de percevoir son chant discret et mélodieux. Le balmeux s’exprime par très brèves séquences, jamais guère plus de deux mots à la suite. Lorsqu’il daigne enfin ouvrir la bouche c’est souvent pour lâcher un amical « putain bordel »…pour manifester son agacement à l’égard d’un famille cuvettarde qui se dispute bruyamment la dernière tranche de sauc’ en contrebas, ou encore un « Non, je vais y aller»….comme une réponse mielleuse à quiconque osant lui demander s’il était possible de grimper en utilisant ses dégaines pendouillant dans son projet. Car le balmeux à toujours à projet à la Balme. Il y laisse d’ailleurs ses plus belles dégaines à demeure toute l’année, toutes les voies de gauche ressemblaient à une sorte d’exposition de tout ce qui peut se faire en terme de quincaillerie grimpesque. Le balmeux marque donc son territoire, et l'on n'est pas surpris de découvrir une auréole jaunatre et odorante au pied de sa voie, une pratique visant à éloigner tout autre prétendant. On est bien ici chez lui…mais on n’a pas été invité…
Au grand désespoir de Sylvain, le Balmeux est exclusivement masculin. Ce qui forcément limite sa prolifération pour le plus grand désespoir de… personne donc ! Mais pas de panique, fort heureusement, il existe des balmeux non savoyard, des savoyards non balmeux, voir même des non savoyards non balmeux….bref souvent plein de monde au pied des ces grands mur gris truffés de trous et de colonnettes, au point même de devoir faire la queue dans certaines classiques.
Si l’on vient ici, c’est pour faire du volume, trouver des grandes envolées d’une incroyable homogénéité. S’ouvrent alors deux options radicalement opposées : soit tomber complètement cramé dans du pauvre 3sup, le nez sous les relais… comme Luca, Oliv ou Sylvain dans la voie de Berhault superbe 7b+ dans le style, ou comme Bruno et ma pomme dans le 7c+ juste à droite ou alors comme Yves, dans un passé fort lointain, dans Cathédrale, le 7b+ classique des classique du lieu ; soit courir et se friser sans forcer comme Fabien dans la Berhault, Nico qui la fera à vue et randonnera au premier essai le 7c+ de droite,
ou Eric dans le sus nommé Mystic, 7c. Mais en cherchant bien on peut aussi trouver des sections bien bloc, comme le bombé des cinquantenaires rugissants, un 8a qui nous a donné du fil a retordre avec Nico ou bien dans quelques une des nouvelles voies plus faciles, le 7a+ de l’extrême droite



Et comment parler de dépaysement sans évoquer Parves. Un monument de falaise érigée par les Ducs, avec un tout nouveau secteur La Navire sur lequel nous étions partis naviguer avec Michel en beau milieu de semaine. Un travail de titan, un chantier de l’atlantique grandeur nature pour aménager une vire


Mais il est l'heure de rejoindre le port, de poser son paquetage et de reprendre les affaires quotidiennes...